Covid-19... et après ?
L'automobile, victime ou bénéficiaire de la crise ?

L'informatisation du monde accélérée par la crise sanitaire

 


 
 
Covid-19 est un cauchemar humain et économique. Mais grâce au recours à l’information temps réel et multi-canaux, nous pouvons éviter une catastrophe telle que l’humanité l’a connue avec la grippe espagnole. 50 millions de morts, en 1919, pour une population de la planète peuplée alors de 1,8 milliard d’habitants, cela pourrait signifier, aujourd’hui, 213 millions de morts !

La différence entre ces deux époques séparées d’un siècle, c’est bien évidemment le niveau scientifique et la qualité de l‘équipement sanitaire. L’informatisation y a largement contribué. Mais ce qui a changé profondément, c’est la capacité de communication. Nous sommes désormais dans un monde interconnecté. La communication unidirectionnelle d’hier, « broadcast », presse, radio, télévision, telle qu’elle était pratiquée avant le web, ne permettait pas, par construction, d’échanges bidirectionnels. Or la crise nous a conduit, sans préparation, à être physiquement isolés mais nous y faisons face car nous sommes socialement connectés. C’est cette capacité à dissocier le contact physique de la relation connectée qui est la grande leçon de cette crise. Toutefois tout le monde n’y parvient pas, ou ne peut simplement pas le faire compte tenu de la nature de l’activité. L’inégalité numérique apparait encore beaucoup plus crûment. Mais c’est aussi la confirmation que les propos des grands gourous du tout-numérique, méprisant la nécessité de l’intervention humaine, ne répondent pas aux exigences d’une société humaine aux multiples facettes.

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Vitesse de réaction

Si les leçons multiples de cette crise mondiale ne peuvent être traitées dès maintenant dans leur globalité, il ressort de ce premier mois de confinement deux constations immédiates. Cette méthode de confinement, inédite à cette échelle, donne des résultats visibles sur la maîtrise de la propagation de l’épidémie qui est entrée mi-avril en phase de régression. C’est la force du partage de l’information immédiate qui rend cette politique applicable. Le confinement, ensuite, conduit des milliards de terriens à organiser leur vie de façon profondément différente. Privés de ce qui est la marque de notre époque, la mobilité, nous avons été obligés de reconfigurer sans délai notre logiciel pour nous adapter à une situation inverse, l’immobilité. C’est donc, sur le plan anthropologique, un évènement unique par son ampleur et sa brutalité qui nous permet de mettre en relief les conditions du fonctionnement de notre société.

Après le choc initial de l’annonce du confinement, sidérante, chacun a dû s’organiser pour parer au plus pressé, regrouper les familles, sécuriser le fonctionnement quotidien autour de la logistique de base, comme la nourriture. Prendre des décisions rapides pour garantir l’essentiel avant de programmer la suite…

Très vite, la société s’est réorganisée autour de ces pratiques que sont le confinement et la distanciation sociale. Il a fallu s’y soumettre surtout lorsqu’il est indispensable de sortir pour continuer à assurer les besoins vitaux de la société et de chaque personne. Cette situation a permis de faire un tri rapide entre le vital et l’accessoire, les métiers essentiels et ceux qui peuvent attendre !  Mais une fois une nouvelle routine installée, on se heurte à une seconde série de problèmes : la société moderne ne peut vivre durablement sans contacts physiques qui sont la base de l’économie de l’échange. Or l’échange est le moteur du progrès et de la prospérité et c’est pour cela que nous sommes sortis de l’autosuffisance. L’effondrement économique qui menace la société en cas d’inactivité prolongée a des conséquences violentes qui font naître l’angoisse et la colère. Le stress, l’inconfort, la solitude et, de plus en plus, le sentiment d’inutilité, touchent tout le monde et révèlent des fractures profondes.

Plus que toute analyse théorique, la crise sanitaire est un révélateur de ce que la société savait, mais voulait ignorer, quant à ses multiples vulnérabilités qui suivent des lignes de fracture diverses. Elle révèle aussi une capacité de résilience préparée à bas bruit par la restructuration fondamentale que la société mondiale développe depuis trente ans autour de la puissance numérique. 

 

L’accès au potentiel du numérique, une inégalité fondamentale

La première inégalité est la nature de l’activité. Tout ce qui est physique et ne se stocke pas est vulnérable.  Le 17 mars, hôteliers et restaurateurs se sont retrouvés avec des réfrigérateurs pleins.  Qu’en faire ?  Certains ont eu l’idée de faire des plats cuisinés mais c’est un palliatif. Les agriculteurs ne peuvent ralentir le cycle végétatif et doivent abandonner sur pied leurs récoltes faute de main-d’oeuvre pour la ramasser.  Les spectacles et les grands, ou petits, évènements annulés. Cela peut être un salon de l’automobile ou les Jeux olympiques mais aussi les mariages ou réunions de famille, qui privent de ressources les opérateurs qui vivent de ces évènements, souvent saisonniers et non reportables. Les stations de ski qui ont dû brutalement fermer mi-mars ont renoncé à 5 à 6 semaines de recettes définitivement perdues pour les loueurs, les restaurants, les remontées mécaniques et toutes les personnes, permanentes ou saisonnières qui vivent de ces activités…tous les bords de mer qui ouvrent traditionnellement pour Pâques sont restes fermés. Tous ces acteurs, permanents et précaires, ont été brutalement confrontés à de la destruction de valeur nette.

La seconde inégalité touche les secteurs qui ne vivent que de la mobilité. Quelle que soit leur agilité numérique, largement développée dans ces secteurs leaders dans la numérisation de leurs processus, ils ne peuvent rien faire contre l’effondrement de demande. Les compagnies aériennes font face au plus grand problème économique de leur histoire et avec elles l’écosystème du déplacement lointain, chaines hôtelières, boutiques d’aéroports, loueurs de véhicules. Selon l’IATA, les 290 compagnies aériennes qui en sont membres vont perdre en 2020  314 milliards $ de chiffre d’affaires, soit 55% de leurs revenus 2019 car le redémarrage, pour respecter des règles de prudence sanitaire, ne pourra être que progressif.  Mais les opérateurs de transport de proximité sont aussi confrontés à une perte de leurs recettes avec la paralysie urbaine et la chute du trafic routier et autoroutier.

La troisième inégalité touche l’accès et la maîtrise des outils numériques. On dénombre en France une population de l’ordre de 11 millions de personnes frappés d’illectronisme. L’accès aux équipements indispensables pour se connecter aux réseaux d’enseignement à distance est très différencié selon les classes sociales : si 92% des enfants des milieux les plus aisés disposent d’un ordinateur, seuls 64% des autres milieux le peuvent. Sur 12 millions d’élèves, 5% n’ont pas d’ordinateur. Or travailler à distance pour un élève du primaire ou un collégien implique le passage par un ordinateur  ou une tablette et une connexion internet confortable. On observe aussi une grande inégalité face à l’accès à la télémédecine, essentielle en période de crise. A Wuhan, à Singapour, à Taïwan, toutes les personnes devaient transmettre aux autorités leur température deux fois par jour. Elles le faisaient par des outils aussi répandus que WeChat. Comment joindre en France les millions de personnes, de tous âges, isolées à leur domicile ?

 

La refonte des processus de travail 

 Dans un monde « phygital », physique et digital, la proportion du physique et du numérique varie de 10 à 90 %. Il n’y a plus d’activité qui se passe totalement du numérique. Mais leur degré d’implication et de maîtrise est encore très variable. Si toutes les activités impliquent a minimal’usage d’un téléphone numérique, ou smartphone, pour remplir certaines fonctions de base, un grand nombre de salariés vivent dans un monde où l’activité est pour l’essentiel purement physique. Et lorsqu’il n’est pas possible de produire dans le monde physique, l’activité cesse même si le recours massif au chômage partiel compense pour le plus grand nombre une partie des revenus. Toutes les professions que Robert Reich qualifiait de « manipulateurs de symboles » peuvent continuer à travailler à distance et à coopérer avec des outils qu’ils ont pour la plupart déjà expérimentés avant la crise.  Mais il s’agit d’un changement d’échelle. Car si le choix du télétravail peut répondre à des facteurs individuels d’optimisation du temps de transport et donc de confort de vie, la généralisation n’est plus un choix, mais une obligation. 

Or le télé « travail » n’est pas un cadeau. C’est un « travail » qui exige discipline et continuité.  C’est d’autant plus difficile que le confinement conduit tous les membres de la famille à vivre ensemble en permanence pour pratiquer leurs activités respectives, ce qui n’arrive en fait jamais et provoque des collisions dans la gestion de l’espace et du temps. 

Ce télétravail de crise ne va pas sans problèmes. Il faut être en mesure de conserver la cohérence du collectif et de lutter contre cette forme insidieuse d’intensification du travail que chacun a pu constater en enchainant les visioconférences qui sont exigeantes en matière d’attention. Il faut que le management soit en mesure de soutenir, appuyer, coacher les collaborateurs isolés et les entreprises les plus agiles ont rapidement mobilisé des ressources à cette fin. 

Cette crise constate, plus que ne provoque, le changement de nature du leadership. La question de la confiance, déjà largement posée, est au cœur des débats. Quand tous les repères vacillent chacun s’interroge sur la suite… Où allons-nous ? Les entreprises doivent à la fois rassurer sur leur pérennité et leur robustesse économiques pour écarter, autant que possible, la peur de la perte d’emploi. Mais elles doivent aussi réaffirmer leurs valeurs face aux questionnements que cette période soulève. La question est complexe. Les outils numériques peuvent beaucoup pour maintenir intact le lien entre les équipes. Mais encore faut-il éviter l’improvisation qui non seulement ne convainc pas mais contribue à inquiéter.

 

Le rôle de l’infrastructure 

Le premier constat est la remarquable robustesse de l’infrastructure de réseaux et de serveurs de la planète. La montée en puissance instantanée des installations numériques collectives ou des entreprises s’est déroulée sans rupture majeur de service. 

Ensuite, même les détracteurs et sceptiques du tout-numérique ont pu constater que les outils modernes permettent une continuité de la vie sociale et du travail. Les plus réticents pour organiser des visioconférences au travail y ont trouvé un grand charme pour organiser des apéros vidéo... Le numérique a toujours été un puissant moyen de lutte contre l’isolement social et géographique;  il démontre à très grande échelle sa pertinence. Jamais les outils de vidéo-conférences n’ont été autant utilisés sur la planète. C’est leur heure de gloire ; zoom a quadruplé sa valorisation boursière.

Pour tirer parti de cette situation sur le long terme, il faut s’y entrainer pour être capable de produire collectivement, en mode réparti, afin que cela devienne un mode de production naturel. Pour cela il faut des applications fiables et bien conçues, mais aussi des infrastructures de réseau capacitaires et sécurisées. COVID-19 a rendu intolérable ce qui était déjà en temps normal une injustice flagrante, l’inégalité des territoires face au haut-débit. Les communes rurales connaissent un débit internet de 43% inférieur à celui des communes de plus de 30 000 habitants. D’après la même étude de mars 2019 (UFC Que choisir) 6,8 millions de Français ne disposeraient pas d’un service internet de qualité minimale.

Enfin, la situation met en valeur l’extrême retard de la France en matière de paiement numérique et mobile. Même si les commerçants, artisans, agriculteurs, qui n’étaient pas des professionnels du service à distance, se sont mis rapidement à la commande par le web, les méthodes de paiement à distance sont déficientes. Il faut du temps pour enregistrer la création auprès d’une banque de l’IBAN d’un fournisseur occasionnel. Et ils n’utilisent pas nécessairement  l’alternative PayPal. Il a fallu la crise pour élever le plafond de paiement sans contact avec une carte de crédit de 30 à 50 €. Nous sommes loin des 600 millions de Chinois, et 92% des urbains, qui utilisent quotidiennement les outils de paiement mobile d’AliBaba, Alipay ou de Tencent, Wechat Pay, 

Enfin la maîtrise logistique est dans cette période un atout essentiel. Si Amazon domine le marché, Cdiscount, Boulanger ou la FNAC-Darty ont proposé un service de livraison gratuit pour faire face aux besoins du marché. D’après la FEVAD, au 30 mars, 92% des sites de e-commerce étaient ouverts mais 72% d’entre eux devaient faire face à une baisse du chiffre d’affaires. La distribution du dernier  kilomètre pose problème  que ce soit  par la poste ou les points relais. Mais là encore, avec une bonne dose d’improvisation et un sens réel de la solidarité territoriale, les petits fournisseurs locaux ont réussi à mettre en place des organisations opérationnelles. A l’instar des enseignes de distribution qui connaissent une explosion de leurs ventes dans les drive, des « drive fermiers » se sont mis en place pour permettre aux agriculteurs, souvent privés des marchés publics, de distribuer leurs produits.

Cette expérience durera car elle a initié beaucoup de PME et de très petites entreprises, longtemps hésitantes, à l’utilisation d’une chaîne numérique complète, de la commande au paiement, et fait émerger le besoin d’une professionnalisation des solutions de service de proximité. 

Un changement durable ?

Au fond, COVID-19 est un puissant vecteur de suppression des excuses, tant pour le dirigeants que pour chaque utilisateur : excuses de ne pas prendre en compte la situation de populations non qualifiés et sous-payées, excuses pour avoir retardé la mise à niveau des réseaux haut-débit sur tous les territoires, excuses de différer les investissements pour le confort et la sécurité de tous, excuses dans le manque de lucidité sur l’impact des différences d’éducation et d’accès au logement. Mais aussi excuses pour ne pas se former, s'équiper, s'organiser... Si les investissements dans le numérique ne peuvent résoudre tous ces problèmes, ils peuvent largement contribuer à leur résolution.

Enfin souhaitons que des applications comme StopCOVID-19 démontrent leur efficacité dans l’éradication de l’épidémie,. Ce sera une nouvelle démonstration de l’utilité du numérique pour la société et la disparition d’une excuse pour ne pas développer la e-santé à grande échelle.

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