Crises et châtiments 

L'internet des objets intelligents

Malgré les 43 kilomètres parcourus à pied en 5,5 jours, les 70 heures de travail, les dizaines de conférences, échanges sur les stands et discussions dans le monorail, autour d'un café et le soir avec le groupe de participants de la mission Sia partners, un résumé du CES est devenu tâche impossible tant le gigantisme de l'événement avec ses 4500 exposants rend l'exhaustivité inatteignable. Mais ce n'est pas l'objectif de nos missions, dont c'était cette année la 6e. Le but est de faciliter, en cinq jours seulement, une compréhension systémique de ce qu'est la révolution numérique pour en tirer des leçons pratiques : que faut-il faire dans nos entreprises et administrations publiques françaises ? Le CES n'est qu'un accélérateur de prise de conscience et de connaissance dont la lecture à travers ses multiples prismes offre, de façon condensée, une image globale.

Car bien évidemment un événement de cette taille, unique au monde, se prête à de multiples interprétations à partir de l'axe d'analyse choisi. Cette diversité est une richesse qui par elle-même illustre l'ampleur et la profondeur de la révolution numérique. Rappelons que créé en 1967 à New-York comme salon dédié à l'électronique grand public dont la transformation commençait avec la généralisation du transistor à la radio et à la télévision, le CES, installé à Las Vegas en 1978, a accompagné l'industrie de l'électronique grand public dans toutes ses innovations. Depuis 2000, le champ de la couverture de l'événement s'est progressivement élargi et en 2017 le terme "consumer" disparaissait de l'appellation officielle. Le CES 2020 renforce cette dynamique d'extension des thèmes traités, accompagnant l'extraordinaire expansion du monde numérique à tous les secteurs d'activité. Le CES se donne une vocation universelle pour rendre compte de l'utilisation de l'information numérique dans toutes les activités humaines, individuelles comme le sport et la santé, industrielles comme le manufacturing 4.0, collectives comme le transport, la logistique, l'habitat. Le CES montre des milliers de produits qui vont du nano-capteur de gaz aux gigantesque tracteur John Deere ou drones de transport Bell ou Hyundai. Mais il traite de sujets moins visuels comme la blockchain, les crypto monnaies ou l'informatique quantique. Car outre les stands, groupés par grand thèmes, ce qui en facilite la lecture, le CES propose de multiples conférences impliquant plus de mille conférenciers, acteurs de la transformation numérique comme innovateurs, régulateurs, entrepreneurs. C'est diversité pourrait être décourageante car elle incite à survoler tous les thèmes, mais en même temps elle présente un kaléidoscope chatoyant qui est une démonstration de l'ampleur du sujet, qui ne peut plus se résumer à quelques disciplines et quelques secteurs.

Le message est ainsi clair : le monde est numérique, tous les produits, tous les services, toutes les réglementations doivent intégrer ce fait incontournable. Mais en même temps ce monde numérique n'est qu'un prolongement du monde physique réel et ne s'y substitue pas. Nous nous déplaçons, travaillons, mangeons, dormons, apprenons, rencontrons dans un monde physique bien réel. Mais chacun de nos actes, chacun des produits que nous mettons en oeuvre est entouré d'une dimension informationnelle que nous exploitons pour prendre des décisions, comprendre, chercher, échanger et rendre compte dans notre vie professionnelle et sociale. Cette transformation est le propre de la société numérique et, formellement, la distingue de l'ère informatique plus spécifiquement dédiée au traitement de l'information transactionnelle ou au calcul. Elle utilise les mêmes outils - capture de l'information, traitement, stockage, restitution - mais en généralise l'usage à toutes les formes de l'activité humaine.

C'est ainsi que le concept de jumeau numérique, ou digital twin, est apparu récemment pour rassembler dans un concept unificateur les divers composants de la transformation numérique. Un jumeau numérique n'est pas simplement une image de la réalité, c'est un modèle dynamique qui allie la capture de l'information primaire - une température, une pression, une vitesse...- avec un traitement algorithmique de cette information pour assembler plusieurs types de données dans un modèle unique, capable d'illustrer des interactions multiples entre les composants d'un système et d'en représenter le fonctionnement. L'étape suivante est de prévoir les évolutions de ce modèle en utilisant tous des outils de calcul et de simulation, notamment ceux apportés par l'intelligence artificielle. La puissance du jumeau numérique permet de simuler le fonctionnement de systèmes, mais également de "systèmes de systèmes". Le premier exemple le plus abouti de cette vision est le travail effectué par Dassault Systems pour Singapour, présenté au CES 2018, qui est une modélisation du fonctionnement de la ville. Au CES 2020, l'approche de la ville de Séoul a fait sensation car elle illustre la capacité opérationnelle des outils numériques pour rendre compte de la complexité d'une cité et d'en tirer des enseignements pour prendre des décisions et faciliter le débat démocratique.

Le jumeau numérique se déploie dans divers environnements comme la simulation d'un produit industriel complexe, comme un réacteur d'avion, ou celle d'une installation ou d'un processus industriel, mais aussi en biologie, médecine, transports, logistique, agriculture... Cette exploitation des données a été rendue possible par des décennies de travaux sur la représentation 2 D, puis 3D, qui ont fait progresser des industries comme l'automobile et l'aéronautique. Elle a été accélérée par la multiplication et la démocratisation des capteurs de toutes tailles, toutes formes qui permettent de suivre inlassablement tout phénomène primaire. Les capteurs sont les composants de base de l'internet des objets, et l'iPhone en 2007 a créée la rupture dans leur usage en embarquant une série de capteurs qui permettent la multiplicité des applications que l'on trouve désormais dans tout "téléphone intelligent". La capacité de traiter toutes ces informations a bénéficié de la généralisation de l'informatique en nuage ( cloud computing) qui a rendu simple et financièrement accessibles les traitements en masse d'informations. Une tendance observée au CES est la capacité des capteurs à devenir intelligents en embarquant des possibilités de calcul et de stockage, ce qu'on appelle "edge computing". Cette architecture permet de rapprocher les capacités de traitement de l'utilisateur en diminuant le temps de latence et les coûts de communication. Enfin, ce sont les performances algorithmiques, utilisant notamment les techniques de l'intelligence artificielle, qui permettent désormais d'intégrer des fonctionnalités prédictives aux modèles numériques. Chacun de ces progrès techniques permet de renforcer la cohérence et la fidélité de ces systèmes. Enfin, la décennie 2020 sera celle de l'utilisation de la 5G, omniprésente au CES, comme système de communication fédérateur. La ville de Séoul a implanté 50 000 capteurs publics pour analyser le fonctionnement de la ville.

Cette montée en puissance du jumeau numérique met en évidence la transformation majeure

Malgré les 43 kilomètres parcourus à pied en 5,5 jours, les 70 heures de travail, les dizaines de conférences, échanges sur les stands et discussions dans le monorail, autour d'un café et le soir avec le groupe de participants de la mission Sia partners, un résumé du CES est devenu tâche impossible tant le gigantisme de l'événement avec ses 4500 exposants rend l'exhaustivité inatteignable. Mais ce n'est pas l'objectif de nos missions, dont c'était cette année la 6e. Le but est de faciliter, en cinq jours seulement, une compréhension systémique de ce qu'est la révolution numérique pour en tirer des leçons pratiques : que faut-il faire dans nos entreprises et administrations publiques françaises ? Le CES n'est qu'un accélérateur de prise de conscience et de connaissance dont la lecture à travers ses multiples prismes offre, de façon condensée, une image globale.

Car bien évidemment un événement de cette taille, unique au monde, se prête à de multiples interprétations à partir de l'axe d'analyse choisi. Cette diversité est une richesse qui par elle-même illustre l'ampleur et la profondeur de la révolution numérique. Rappelons que créé en 1967 à New-York comme salon dédié à l'électronique grand public dont la transformation commençait avec la généralisation du transistor à la radio et à la télévision, le CES, installé à Las Vegas en 1978, a accompagné l'industrie de l'électronique grand public dans toutes ses innovations. Depuis 2000, le champ de la couverture de l'événement s'est progressivement élargi et en 2017 le terme "consumer" disparaissait de l'appellation officielle. Le CES 2020 renforce cette dynamique d'extension des thèmes traités, accompagnant l'extraordinaire expansion du monde numérique à tous les secteurs d'activité. Le CES se donne une vocation universelle pour rendre compte de l'utilisation de l'information numérique dans toutes les activités humaines, individuelles comme le sport et la santé, industrielles comme le manufacturing 4.0, collectives comme le transport, la logistique, l'habitat. Le CES montre des milliers de produits qui vont du nano-capteur de gaz aux gigantesque tracteur John Deere ou drones de transport Bell ou Hyundai. Mais il traite de sujets moins visuels comme la blockchain, les crypto monnaies ou l'informatique quantique. Car outre les stands, groupés par grand thèmes, ce qui en facilite la lecture, le CES propose de multiples conférences impliquant plus de mille conférenciers, acteurs de la transformation numérique comme innovateurs, régulateurs, entrepreneurs. C'est diversité pourrait être décourageante car elle incite à survoler tous les thèmes, mais en même temps elle présente un kaléidoscope chatoyant qui est une démonstration de l'ampleur du sujet, qui ne peut plus se résumer à quelques disciplines et quelques secteurs.

Le message est ainsi clair : le monde est numérique, tous les produits, tous les services, toutes les réglementations doivent intégrer ce fait incontournable. Mais en même temps ce monde numérique n'est qu'un prolongement du monde physique réel et ne s'y substitue pas. Nous nous déplaçons, travaillons, mangeons, dormons, apprenons, rencontrons dans un monde physique bien réel. Mais chacun de nos actes, chacun des produits que nous mettons en oeuvre est entouré d'une dimension informationnelle que nous exploitons pour prendre des décisions, comprendre, chercher, échanger et rendre compte dans notre vie professionnelle et sociale. Cette transformation est le propre de la société numérique et, formellement, la distingue de l'ère informatique plus spécifiquement dédiée au traitement de l'information transactionnelle ou au calcul. Elle utilise les mêmes outils - capture de l'information, traitement, stockage, restitution - mais en généralise l'usage à toutes les formes de l'activité humaine, notamment l'image et le son.

C'est ainsi que le concept de jumeau numérique, ou digital twin, est apparu récemment pour rassembler dans un concept unificateur les divers composants de la transformation numérique. Un jumeau numérique n'est pas simplement une image de la réalité, c'est un modèle dynamique qui allie la capture de l'information primaire - une température, une pression, une vitesse...- avec un traitement algorithmique de cette information pour assembler plusieurs types de données dans un modèle unique, capable d'illustrer des interactions multiples entre les composants d'un système et d'en représenter le fonctionnement. L'étape suivante est de prévoir les évolutions de ce modèle en utilisant tous des outils de calcul et de simulation, notamment ceux apportés par l'intelligence artificielle. La puissance du jumeau numérique permet de simuler le fonctionnement de systèmes, mais également de "systèmes de systèmes". Le premier exemple le plus abouti de cette vision globale est le travail effectué par Dassault Systems pour Singapour, présenté au CES 2018, qui est une modélisation multi-critères du fonctionnement de la ville. Au CES 2020, l'approche de la ville de Séoul a fait sensation car elle illustre la capacité opérationnelle des outils numériques pour rendre compte de la complexité d'une cité et d'en tirer des enseignements pour prendre des décisions et faciliter le débat démocratique.

Le jumeau numérique se déploie dans divers environnements comme la simulation d'un produit industriel complexe, comme un réacteur d'avion, ou celle d'une installation ou d'un processus industriel, mais aussi en biologie, médecine, transports, logistique, agriculture... Cette exploitation des données a été rendue possible par des décennies de travaux sur la représentation 2 D, puis 3D, qui ont fait progresser des industries comme l'automobile et l'aéronautique. Elle a été accélérée par la multiplication et la démocratisation des capteurs de toutes tailles, toutes natures qui permettent de suivre inlassablement tout phénomène primaire. La ville de Séoul a implanté 50 000 capteurs publics pour analyser le fonctionnement de la ville.

Les capteurs sont les composants de base de l'internet des objets. L'iPhone en 2007 a créée la rupture dans leur usage en embarquant une série de capteurs qui permettent la multiplicité des applications que l'on trouve désormais dans tout "téléphone intelligent". La capacité de traiter toutes ces informations a bénéficié de la généralisation de l'informatique en nuage (cloud computing) qui a rendu simples et financièrement accessibles les traitements en masse d'informations. Une tendance observée au CES est la capacité des capteurs à devenir intelligents en embarquant des possibilités de calcul et de stockage, ce qu'on appelle "edge computing". Cette architecture permet de rapprocher les capacités de traitement de l'utilisateur en diminuant le temps de latence et les coûts de communication. Enfin, ce sont les performances algorithmiques, utilisant notamment les techniques de l'intelligence artificielle, qui permettent désormais d'intégrer des fonctionnalités prédictives aux modèles numériques. Chacun de ces progrès techniques permet de renforcer la cohérence et la fidélité de ces systèmes. Enfin, la décennie 2020 sera celle de l'utilisation de la 5G, omniprésente au CES, comme système de communication fédérateur couvrant la gamme complète des informations.

Cette montée en puissance du jumeau numérique met en évidence la transformation majeure du traitement informatique. Il s'agit désormais de construire des modèles réalistes de phénomènes complexes pour mieux les comprendre et pour agir de façon précise, fondée sur l'analyse et plus simplement sur l'intuition et l'expérience. Pour y parvenir, toute l'industrie doit coopérer pour rendre interopérables ses composants, du capteur de base aux outils sophistiqués de restitution des informations et d'aide à la prise de décision. Le CES 2020 a mis en évidence la démocratisation et la généralisation des capteurs dont la spectaculaire multiplication des LIDAR, technologie née dans les années 70 pour la conquête spatiale , mais encore très coûteuse en 2015. La généralisation de leur usage et les progrès technologiques ont permis une baisse de 90% de leur coût en 3 ans.

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Aussi, le CES se réinvente et permet de capter la diversité et la vitesse de la transformation numérique de la société. Il n'évite plus d'aborder les problèmes sociétaux que cette vitesse provoque et les débats dans les conférences rendent compte de sujets comme la dépendance de la société envers l'information numérique, la résilience des organisations complexes, le droit à l'intimité, la diversité. Il ne peut pas ignorer la dimension géopolitique de la révolution numérique et notamment le choc frontal entre les Etats-Unis et la Chine, dont on a pu mesurer dans les allées les conséquences immédiates par la réduction visible du nombre de stands chinois, dont l'absence d'acteurs majeurs comme Ali Baba ou Baidu. Par la diversité et complémentarité de ces approches, le CES est une manifestation complexe qui ne peut plus se résumer à la quête de la dernière innovation. Mais, si son ambition en rend la lecture de plus en plus pointue, elle justifie amplement cet investissement en attention concentrée de quelques jours. Le président du CES, Gary Shapiro, estime que le CES fait épargner à la planète 3,4 milliards de miles de transport aérien. Cette estimation est réaliste car la richesse des rencontres provoquée par cet événement unique est génératrice d'énergie !

 

Commentaires

Alain

Jean-Pierre, il y a une partie de votre article redondant - lié à un mauvais copier/coller de paragraphe qui rend la lecture pas simple.

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