Innovation : de Sumer au numérique !

Téléchargement Innovation_JPCorniou

 

Cette présentation a pour objet l'expliquer l'évolution de la représentation des connaissances et ses conséquences sur le système socio-technique.

NB : le chanrgement peut être long car il y a beaucoup d'images.. Un peu de patience, merci...


Contre la complexité du monde, repenser nos priorités !

 Si les parallèles entre 1914 et 2014 sont tentants  en cette année mémorielle, le contexte est, bien entendu, profondément différent.  On fête – si ce mot a ici un sens – le début d’une tragédie, cette terrible première guerre mondiale dont l’absurdité suicidaire n’en finit pas de surprendre, et les soixante-dix ans du débarquement qui allait accélérer fin d’une autre tragédie, la seconde guerre mondiale qui a ravagé la planète pour longtemps. Ces conflits, en fait, n’en font qu’un, une longue séquence de violences au nom du nationalisme et de l’idéologie qui commencent dans l’embrasement de l’été 14 et s’achèvent dans les soubresauts de la décolonisation.  On peut même dire que le communisme, comme le nazisme,  étant les produits de la première guerre mondiale, et sa consolidation ayant été amplifiée par la seconde, c’est bien en 1989 avec le chute du mur de Berlin que  s'achève cette longue séquence. C’est  donc  une  période de 75 ans  de guerre et de tensions  qui a été alimentée par la folie des Européens. Si la « construction » européenne, processus aléatoire, chaotique et par nature  inachevé, a bien servi à quelque chose, c’est d’avoir construit  en Europe, à partir de ces ruines,  un espace de paix prospère. Rien ne permet de penser que cela peut durer…

Le résultat de ces deux conflits est hélas sans appel : ils ont cassé l’idée de progrès et scellé l’irrémédiable déclin de l’Europe.  Or, malgré ses échecs et ses excès, l’Europe a toujours donné du sens à l’aventure humaine. Sa culture humaniste et universaliste ont aidé à construire un monde habité par l’idée de paix et de développement harmonieux. Si ce phare devient palot, le reste du monde en subira les conséquences.

Si la croyance dans le progrès avait cimenté l’opinion publique de la fin du XIXe siècle, c’est  l’angoisse du futur qui paralyse les « vieux pays » en ce début de XXIe siècle. On solde ainsi le XXe siècle, ses conflits, ses idéologies, ses succès aussi dont les trente glorieuses et l’état solidaire ne sont plus que des souvenirs enjolivés. Mais on est incapables d’inventer l’avenir. Les mythes refondateurs, comme l’Europe, sont sérieusement ébréchés et les élections européennes de mai risquent de confirmer que les opinions n’ont plus guère de foi en ce concept fourre-tout.

Mais si l’Europe n’a plus de confiance en son avenir – l’échec de l’agenda de Lisbonne en étant le pathétique symbole - qu’en est-il des pays en croissance ? Les Etats qui souhaitent mener le bal du XXIe siècle ne sont guère en meilleure santé, drogués par la corruption, incapables d’inventer de nouveaux mécanismes qui ne singent pas les modes et dogmes de la pensée occidentale triomphante dans sa quête d’enrichissement individuel au détriment de la solidarité et du long terme de la planète. On peut se réjouir à court terme pour l’industrie automobile que la Chine représente désormais le premier marché automobile de la planète avec plus de 21 millions de voitures vendues, on ne peut que frémir de l’impact à moyen terme de cette invasion dans un pays qui connaît une pollution sans précèdent aux conséquences sanitaires et politiques incalculables.

Les vieux pays sont ceux qui menaient le monde à l’orée du XXe siècle : Europe occidentale, Russie, Etats-Unis. Ils ont été rejoints par la Japon, naguère modèle de modernité, aujourd’hui encalminé depuis plus de vingt années par l’absence de perspective économique sinon un vieillissement insulaire fatal. Les Etats-Unis ont perdu toute vision du monde, et donc tout leadership, aveuglés par leur paranoïa anti-terroriste qui leur permet de conduire, avec l’arme du renseignement et son bras séculier, les drones, une guerre permanente, non dite, en dehors de toutes les règles.

Le bilan est sombre. On constate d’un côté l’affaiblissement culturel, scientifique et économique de l’occident, de l’autre une croissance sans but qui apporte un bien-être fragile et tellement dissymétrique qu’il en compromet les bases sociales et politiques. L’incapacité collective à définir une stratégie mondiale de  protection  des ressources naturelles n’en est que la conséquence, certainement tragique pour l’humanité.

Aussi pour satisfaire la demande de sens qui émane des jeunes générations, mais aussi pour répondre à l’angoisse de la majorité de la population qui pense que le futur sera plus sombre que le passé, il faudrait déployer beaucoup de pédagogie et d’enthousiasme pour faire naître la confiance en un futur indéterminé.

Trois idées sont de nature à dissiper ce brouillard :

-          Réinventer la démocratie

-          Réorienter la science

-          Reconstruire le travail

Réinventer la démocratie

La démocratie en Europe, qui l’a inventée,  n’est guère florissante, et ailleurs elle est bien pâle… Ce modèle en théorie enthousiasmant souffre de la médiocrité constante des dirigeants incapables de donner du sens à leur action au-delà d’une agitation médiatique aussi vaine qu’activiste.  Or la démocratie, c’est proposer des alternatives, construire dans la durée, rendre compte de façon objective, cultiver la rigueur et la probité, en commençant par la première étape, la probité matérielle… La démocratie, au service de la République, c’est à dire du bien commun, ce n’est pas fabriquer de l’illusion, mais pratiquer la lucidité, s’en tenir aux faits sans inventer avec les « conseillers en communication » dont on voit l’influence délétère un récit mythique et pathétiquement inconsistant, proposer un chemin souvent aride sans tirer des chèques sur un futur semé de cygnes noirs.

Nous avons besoin de démocratie pour, simplement, vivre ensemble. Et pour ça il faut de l’ordre et de l’équité. De la lucidité et de l’espoir. De la tolérance et de la fermeté.

Le régime représentatif ne satisfait plus guère à ces conditions. Il faut le tempérer par la démocratie directe avec des référendums aux effets tangibles sur des sujets clairs. Il faut également développer une information précise sur l’action des élus, en négligeant les grands cris d’orfraie de ces démocrates qui crient au voyeurisme quand on leur demande d’apporter la preuve que leur mandat ne les a pas enrichis illicitement. Coûts réels des projets, connaissance des rémunérations, analyse a posteriori de l’impact des décisions sont autant de données qui doivent être largement partagées pour être soumises à l’analyse des citoyens. Le web peut être cet outil de partage indispensable.  Il faut aussi que le parlement soit plus un organe d’investigation et de contrôle de l’exécutif qu’une machine à produire du texte législatif  sans consistance car mal construit et inapplicable. Référendums et open data sont deux contrepoisons efficaces à toutes les tentations de dérive. Ultimement, il faudra bien apprendre à dissoudre la classe politique pour ne prêter provisoirement l’exercice du pouvoir qu’à de citoyens intègres et peu soucieux de « faire carrière ». Utopique ?? Non, transparence, honnêteté et sanctions réelles doivent cimenter ce nouveau pacte social. Le risque à ne pas faire cette révolution est bien de laisser aux groupes animés par la rancoeur, la peur de l’autre, le plaisir d’occuper le devant de la scène avec leurs projets inconsistants mais attractifs dans leur simplification rassurante.

Réorienter la science

La science a déçu. Non pas l’idée de science, mais son application opérationnelle dans des disciplines qui touchent la vie au quotidien, le quotidien de la vie : santé, énergie, alimentation. Il n’y a pas de journée où on ne découvre les effets négatifs sur la santé et l’environnement de tel ou tel molécule. Les excellents documentaires de la 5 ou d’Arte, les articles  de Science &Vie, sont une longue série de catalogues déprimants de l’effet imprévu à long terme de découvertes primitivement miraculeuses…  L’évaluation scientifique doit être entourée de toutes les garanties de rigueur et d’objectivité en évitant que le financement des recherches scientifiques « indépendantes » ne se fasse par les heureux bénéficiaires  de ces découvertes.  Or la course aux financements conduit au compromis, et le compromis aux compromissions… Les exemples sont nombreux dans le monde médical, dans celui de l’agro-alimentaire. Les lobbies, puissants et efficaces,  auxquels une grande liberté est offerte arpentant les couloirs des Assemblées, et ont pignon sur rue au Parlement européen. Leur action publique vaut certainement mieux que les pressions clandestines, mais on doit clairement savoir qui ils rencontrent… les personnalités du monde de la médecine n’hésitent pas à confondre leur intérêt personnel et celui de leurs commanditaires. Les lobbyistes  ont réussi à persuader les Parlement européen que l’étiquetage informatif très clair qui a été adopté en Grande-Bretagne n’avait pas de sens…  en Europe continentale.

Reconstruire le travail

Le chômage mine la jeunesse, déprime les seniors, délite les banlieues, relègue les femmes dans des rôles domestiques non valorisés. Ce poison violent remet en cause la dignité humaine et détruit le sens de l’effort pour participer à la  construction de monde. Le chômage détruit l’image que les hommes ont d’eux-mêmes et comme le chantait Félix Leclerc «l ‘infaillible façon de tuer un homme,  c’est de le payer pour être chômeur ». Les dégâts d’un assistanat permanent sont considérables sur la santé, l’éducation, la cohérence du tissu social. Or le chômage ne cesse de progresser en Europe et dans le monde. Ce résultat heureux du progrès technique qui devrait réduire la pénibilité du travail se mue à court terme en fléau faute de capacité rapide d’adaptation.

Le coût social du non-travail est en fait  le principal facteur de non-compétitivité. Laisser en dehors des entreprises des millions d’actifs formés est un gaspillage considérable de talents et de propositions d’activités. Le travail n’est  pas un stock fini, qu’on se partage, mais un flux qui se recompose de façon dynamique. Plus il y a d’acteurs, plus il y a d’idées qui germent et réussissent. Il faut donc abattre toutes les barrières à l’entrée à l’activité en renforçant, avec un code du travail simplifié, l’efficacité des sanctions. Alors que les règles du jeu changent sous la poussée des techniques de communication et face à la transformation culturelle, il ne faut pas interdire a priori en matière de durée du travail, d’activité dominicale ou nocturne, de travail à la maison. Il faut en revanche punir sans pitié les exploiteurs et les escrocs.

Aussi mettre de façon volontariste les gens au travail non seulement leur redonne un revenu lié à une activité utile, mais fabrique de la confiance et donc induit une spirale vertueuse qui agit sur tous les paramètres de la vie sociale et économique. Seulement ce droit au travail est aujourd’hui nié au nom de la rentabilité immédiate.

 

Ceci représente un vaste chantier collectif. Car n'attendons d'aucun homme providentiel qu'il se risque à sortir des sentires battus pour lancer de tels changements qui sortent du cadre des "réformes". C'est aux citoyens de s'organiser pour réagir et créer un nouveau sens au bien commun. Et c'est par l'échange sur le web que se tissent les idées, les relations et se préparent les transformations.


Alstom... et autres renoncements !

La crise avait figé les mouvements stratégiques des entreprises. Mais après six ans d’attentisme, une nouvelle vague de rapprochements se dessine pour intégrer la nouvelle donne économique mondiale dans les structures industrielles.  Les facteurs économiques sont bien connus dans une économie mondiale dont plus de la moitié des consommateurs se situe désormais dans la zone Pacifique où émerge inexorablement la future première puissance économique mondiale, la Chine.

Tgv

La déformation de l’économie mondiale pousse les entreprises à s’organiser pour aborder dans les meilleures conditions les marchés considérables de ces nouveaux pays avides de biens d'équipement comme de produits de consommation avant que leurs entreprises ne deviennent de redoutables compétiteurs. C’est  vrai dans les métiers de base, comme le ciment qui motive le rapprochement de Lafarge et du suisse Holcim. C’est bien sûr vrai dans le domaine de l’énergie et du transport où un champion mondial résultant du rapprochement General Electric et Alstom trouverait  toute sa légitimité économique puisqu ‘il a été impossible de construire un « Airbus » européen du ferroviaire et du transport avec Siemens. La révolution numérique qui bouscule les lois de la publicité impose également aux acteurs de ce métier de se regrouper pour résister à la puissance des acteurs du web et c’est pourquoi Publicis et Omnicom ont décidé de se marier en 2013 pour s’installer… aux Pays-Bas.

Les projets, encore inconnus, d’un rapprochement entre Alstom et General Electric viennet ajouter une nouvelle menace à la vision d’une France industrielle capable de concevoir et réaliser tous les composants d’une économie moderne, ce qu'elel a réussi de façon assez remarquable jusqu'alors. Alstom a cet égard maîtrise les éléments indispensables à la construction des systèmes de transport collectif grâce à son offre de matériel roulant,  TGV, métros et tramways, mais aussi aux systèmes de signalisation les plus avancés et de gestion de trafic, comme ERTMS, qui assurent la performance de ces réseaux.  Il en est de même pour la production d’électricité où non seulement Alstom, dans sa division Alstom Power,  dispose d’une offre de turbines à gaz et systèmes d’énergie éolienne ou solaire mais aussi maitrise la gestion sophistiquée de ces réseaux avec Alstom Grid.

Il est évident que ces mouvements ne peuvent qu’inquiéter une France frileuse face à la mondialisation. Les récents épisodes ont démontré en effet que face à la logique industrielle les rodomontades des dirigeants politiques, quel que soit leur bord, n’ont guère d’effet. Les sites menacés qui ont vu défiler les leaders politiques frappant les capitalistes étrangers de leurs foudres en gardent un souvenir amer.

Arcelor-300x200
Cette situation oblige à nouveau à se réinterroger sur la réalité de la souveraineté économique dans un monde ouvert où le territoire européen, en dépit de ses atouts, échoue régulièrement à se construire comme une puissance économique à part entière. En dehors des exemples remarquables d'Arianespace et d'Airbus, la concurrence intra-européenne, chère à la Commission européenne, mine notre capacité collective de projection sur les nouveux marchés mondiaux.

Qu’est ce que la souveraineté économique ?  C’est la capacité d’un territoire à attirer des capitaux et des talents pour  faire prospérer des entreprises qui sauront, à parti de cette base territoriale féconde, construire une influence mondiale leur permettant de s’imposer dans la compétition par leurs produits et leurs services.  Dans un monde ouvert, elle n’est plus l’émanation de la volonté  des Etats et de leurs gouvernants mais résulte d’un équilibre des forces qui vont conduire les acteurs économiques à effectuer des choix  d’optimisation stratégique. Cette stratégie intègre de multiples paramètres qui vont déterminer les arbitrages dans la structuration des capitaux et dans la localisation des centres de décision, siège, centre de recherches et usines.  Choisir un territoire c’est  faire le pari que les conditions d’exercice de la gouvernance de l’entreprise  y seront les plus favorables compte tenu des multiples facteurs techniques, fiscaux, sociaux qui représentent la combinatoire des facteurs de performance d’une entreprise moderne.

Qu’est ce qu’un industriel « français » ? C’est une entreprise qui a décidé de prioriser la France comme base d’opérations internationale et d’y exercer le pouvoir de décision qui va déterminer ses choix stratégiques et opérationnels.  Il est clair que le principal facteur qui anime les industriels d’origine française à vocation mondiale est la géographie des marchés. Ils vont chercher à oprtimiser les flux logistiques pour se rapprocher des marchés en développant une image mondiale compétitive. La logique nationale n’est plus qu’un facteur parmi d’autres et rien n’oblige une entreprise à vocation mondiale de conserver une structure du capital qui privilégie des détenteurs de capitaux nationaux.

Cela fait longtemps que les capitaux des entreprises françaises de taille internationale ne sont pas français. Cela fait longtemps que les activités sont dispersées dans le monde mais la présence symbolique des dirigeants dans un siège situé en France rassure les gouvernants sur la réalité du caractère français de l’entreprise. Le fait que le PDG de Schneider Electric opère la direction du groupe à partir de Singapour n’a pas pour le moment remis en question  la francité de cette entreprise devenu de  fait multinationale, et plus précisément américano-chinoise par la polarité de ses activités. Que Renault soit une entreprise française, personne n’en disconvient alors même que 82 % de sa production se fait hors de France et que son PDG passe plus de temps dans son Gulfstream entre les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l’Inde que dans son bureau de Boulogne.

Le véritable problème commence quand la gouvernance échappe au territoire pour intégrer la vision globale de l’entreprise et effectuer des arbitrages qui n’ont plus aucune raison de privilégier la France comme territoire.  Le lien tenu entre l’activité mondiale d’un grand groupe, forcément polycentrique, et la territoire se distend alors et les  gouvernants n’ont qu’une hantise, c’est que la pression morale qui consiste à hésiter avant de ralentir l'activité en France quand les dirigeants y opérent et se font convoquer à l'Eysée ne vole en éclat pour ne laisser la place qu’au brutal calcul économique. C’est très exactement ce quoi s’est passé quand Mittal a pris le contrôle d’Arcelor.

Or ce calcul économique met à nu la réalité de l’attractivité de la France comme territoire où l’entreprise est valorisée. Et c’est bien là que l’inquiétude est fondée. La France par l’imprévisibilité de son système fiscal, par l’instabilité chronique des réactions de ses dirigeants vis-à-vis  de l’entreprise inquiète plus qu’elle ne rassure par son instabilité émotionnelle dans ses relations avec l'entreprise ! Cette allergie structurelle aux entrepreneurs et à l'entreprise, toujours entâchés d'une sorte de péché orginel dans un pays qui a toujours adoré les foncitonnaires et les rentiers, et dont trois des plus grandes écoles sont des écoles de foncitonnaires, est devenu un handicap qui conduit les entrepreneurs du monde entier a hésiter avant d'investir dans un pays qui est placé, selon les classements, entre les 20e et 30e pays pour leur capacité d'accueil économique.

Elle a toutefois de nombreux atouts, dont une main-d’œuvre de grande qualité, des ingénieurs internationalement reconnus, un système de formation initial de qualité, un système de soins unique. Vivre en France pour des cadres internationaux est agréable et ils ne s’en privent pas. Vendre la France comme territoire d’accueil des capitaux étrangers pour y fixer les activités à plus forte valeur ajoutée ne se fait pas trop difficilement dès lors qu’on sort de l’affectivité voire de la menace. Il faut que ce pays, dans toutes ses composantes, fasse savoir qu’il aime l’entreprise et n’apparaisse pas comme une sorte de père Fouettard bougon et repoussoir.

Dès lors le jeu naturel des alliances, des fusions et acquisitions, qu’il est impossible d’arrêter, pourra jouer dans les deux sens se fera non pas au détriment des intérêts nationaux mais dans une logique de coopération équilibrée. Ne plus gémir, agir !

 

Les indicateurs de l'attractivité d'un territoire selon l'INSEE

- Les flux d'investissements directs reçus de l'étranger

- les flux d'investissements directs en pourcentage du PIB

- Les flux d'invetissements "greenfield"

- La contribution des implantations étrangères à la valeur ajoutée

- Les emplois dans la R&D des entreprises étrangères

- Le nombre d'emplois dans les centres de décision des entreprises étrangères

- Le nombre de cadres étrangers en France

- Le nombre de chercheurs et enseignants étrangers

- La proportion d'étuddiants étrangers inscrits dans l'enseignement supérieur

- La proportion d'étudiants des pays de l'OCDE inscrits dans l'enseigenement supérieur


Année électorale, mais sans forme olympique...

Après une année calme sur le plan électoral, mais calamiteuse pour les dirigeants politiques et leurs partis, 2014 s’annonce riche en élections avec les municipales de mars et les européennes de juin. Mais ce programme copieux risque de faire un flop tant la crédibilité des institutions et des personnes qui les animent est au plus bas. Personne n’y croit plus. Le désenchantement pour les formes classiques de la démocratie n’atteint pas que la France. Un récent sondage démontre que les britanniques de moins de trente ans n’ont pour plus de 50% d’entre eux aucune envie de faire confiance à aucun parti, classique ou (encore) marginal. D’autres sondages, en Italie comme en Espagne, en France comme en Allemagne, démontrent que la population n’adhère plus à ces joutes oratoires qui ont fait le charme de la lutte politique. Elle ne croit même pas aux équipes qu’elles ont envoyé au pouvoir il y a 18 mois, comme en France, le Président étant crédité, selon les sondages, d’un taux de confiance arthritique et jamais vu de 20 %. Mais le problème se retrouve dans toutes les démocraties. Où aujourd’hui fait-on confiance à la classe politique pour contribuer à régler les problèmes quotidiens, sans même espérer régler les problèmes plus sérieux du futur de la race humaine sur cette planète elle aussi bien fatiguée ?  Quand les statistiques d’abstentions confirment au fond des urnes que ces sondages ne se trompent pas, force est de reconnaître que la politique est un art en déclin. Pourtant elle attire comme Danse avec les stars quelques célébrités qui tentent à nouveau de séduire leur public avec quelques nouveaux tours. Mais il faut bien reconnaitre que les acteurs sont usés, le chapiteau vide et les recettes au plus bas.

Alors que de tous les mauvais régimes politiques le moins pire reste la démocratie, il faut tenter de la restaurer de façon crédible. Cela passe par la restauration de la confiance des personnes qui sont choisies pour représenter le peuple dans l’exercice du pouvoir. Ceci passe également par la confiance dans l’impact des décisions qu’ils sont conduits à prendre en notre nom. Mais plus encore il faut s’interroger sur l’efficacité du régime représentatif à l’époque du temps réel. Pourquoi ? Peut-on en sortir ? Il faut empêcher qu’entre le peuple et le pouvoir ne s’interpose une classe politique qui accapare le pouvoir en trahissant de façon systématique et sans retenue ses promesses. Ce non-pacte démocratique tue toute confiance et conduit à la désespérance, au pire à la tentation d’aventures totalitaires. C’est un risque majeur et plus seulement un épouvantail tant en Europe les forces anti-démocratiques et populistes gagnent du terrain électoral. N’oublions jamais qu’Hitler et Pétain sont arrivés au pouvoir par un vote démocratique. Les dysfonctionnements répétés de l’exercice de la démocratie discréditent les institutions, minent la confiance des électeurs et créditent les tentations extrêmes. Cet enchainement néfaste associé à la perte d’influence des institutions de médiation sociale - syndicats, partis politiques, presse, associations - , qui ont contribué à la formation de la culture républicaine, conduit à un vide démocratique et à une ignorance répandue du rôle des institutions et de ceux qui les animent.

L’intercommunalité est un bon exemple de transformation partielle et incompréhensible qui se solde par la multiplication des mandats et des postes rémunérés pour des gens qui font à peu près la même chose… Si l’image de la commune reste encore assez précise dans la culture politique commune en France, obtenir une définition détaillée des missions de la commune et donc du champ exact de responsabilité des élus devient aujourd’hui difficile. Cette confusion est bien entendu accentuée quand on parle de département, de son nouveau conseil départemental, et de la région ? Le summum d’incompréhension revient aux institutions européennes, totalement méconnues et incomprises. Il faut être d’ailleurs bien informé pour comprendre ce que font Mme Ashton, M. Barroso et Van Rompuy, le Parlement européen et le Conseil des ministres, sans parler du Conseil de l’Europe ! Comment donner vie à un concept fourre-tout comme l’Europe à 28 membres quand rien ne permet de comprendre comment cela fonctionne…

La démocratie doit se nourrir de transparence et d’imputabilité claire. Faute de ces vertus de base, tout se mélange et se dégrade… L’exercice du droit de vote non informé ne peut que tourner au massacre médiatique où l’infime détail volatile éclipse totalement le projet. Il faut cesser de lancer dans la nature des twits insipides et inutilement dangereux tout en se plaignant qu'ils soient exploités par une presse avide de commentaires et de petites phases vaines.

Si les bonnes pratiques ne s'imposant pas par elles-mêmes, il faut que les institutions n'ajoutent pas à l'absence de morale individuelle la confusion des structures. Quitter l’impuissance de la démocratie actuelle pour permettre la libre expression de choix comme exprimer la sanction de ces choix est un impératif dont l’urgence s’impose face aux menaces contre la démocratie elle-même et contre notre prospérité qui en garantit les fondements. La multiplication des échelons de gouvernance, l'augmentation du nombre d'élus ne sont pas des facteurs de clarification. On ne sait jamais à qui on parle face à un élu : le parlementaire qui produit des lois et contrôle l'action de l'Etat, le conseiller général qui donne des subventions, le maire ou conseiller municipal soucieux de son image locale. Avec 577 députés et 348 sénateurs nous disposons de 925 parlementaires, soit un parlementaire pour 70000 habitants contre un pour 104000 en Allemagne. Nos 520000 élus nous qualifient comme un des peuples les plus riches en élus de la planète.

Les progrès de la démocratie ne peuvent parvenir d'un alourdissement des structures actuelles. Une clarification rapide et générale des institutions associée au renforcement de la responsabilité des élus s'imposent en même temps que de vraies innovations dans l'intervention directe du peuple dans les choix. Cela passe par la mulitplication des référendums  et le développement de la démocratie participative par le web.

Suisse

Aussi des institutions allégées et repensées oivent favoriser le durcissement des régles d'exercice de la démocratie en créeant les pare-feux nécessaires et en innovant dans les pratiques.

Osons quelques idées simples pour alimenter le débat :

- Introduire dans la constitution le non-renouvellement en fin de mandat actuel de tous les élus qui ont plus de deux mandats complets à leur actif (ou à leur passif)

- Autoriser le cumul de deux mandats maximum quels qu’ils soient, plafonnés donc à deux mandats complets

- Passer en mode régime présidentiel avec deux mandats de quatre ans complets et supprimer la fonction de Premier ministre, en supprimant une dyarchie d’autant plus inutile que le mandat des parlementaires est de fait impératif bien que cela soit interdit par la constitution

- Rendre gratuit l’exercice des mandats de maire de villes de moins de 10000 habitants et de conseiller général pour pousser à l’intercommunalité et à la région, les dépenses exposées au cours de ces mandats étant plafonnées et exonérées dans la limite de 50% de l’assiette de l’impôt sur le revenu

- Réduire le nombre des élus de 30%, soit 350000, donc un mandat pour 200 habitants.

- Ouvrir le choix des élus au tirage au sort (30% des conseils municipaux ?) pour réduire la sédimentation d’un classe politique qui défend ses positions et non pas celles de leurs mandants et donc ouvrir le jeu à des personnes nouvelles

- Développer l’usage du référendum pour résoudre des problèmes territoriaux ou nationaux

- Confier à un Office des statistiques indépendant la responsabilité de diffuser les informations officielles mises à disposition de tous en open data et valider les chiffres gouvernementaux, son président étant élu à la majorité des deux-tiers des deux assemblées.

Peu de mesures, rapides, lisibles et fortes pour redonner envie de croire à la politique ! Ce ne sont sûrement pas les seules. On peut critiquer à l'infini ces idées car depuis 1789 on a beaucoup essayé et épuisé de systèmes techniques pour inventer des méthodes permettant un pouvoir démocraique... Mais il faut redonner une implusion majeure à la démocratie. Il y a urgence. Mais aussi il faut exploiter un contexte culturel et technique fondé sur un accès beaucoup plus large à l'information. Qui osera ?

Avec respectivement 51 et 50 élus, New York (8,1 millions d’habitants) et Chicago (2,9 millions) réunissent le plus grand nombre de conseillers municipaux aux États-Unis. En Amérique du Nord seule Montréal dépasse ce chiffre en élisant 64 conseillers pour 1,6 millions d’habitants ; Paris en a 163 pour 2,1 millions d’habitants. source la Revue l'Espace politique


Sur l'innovation en France

L’innovation est le moteur de l’économie. C’est parce que nous innovons sans cesse avec un rythme qui ne cesse de s’accélérer depuis le début de la révolution industrielle que nous sommes capables aujourd’hui de vivre beaucoup mieux et beaucoup longtemps que par le passé. Sans disserter à l’infini sur la relativité de la notion de  progrès, on observe simplement que malgré de nombreuses insuffisances voire même de graves dégâts, la machine économique a été en mesure de changer en profondeur les conditions de vie non seulement dans les pays développés pionniers de la révolution industrielle, mais aussi, et c’est nouveau, sur l’ensemble de la planète comme en témoigne l’essor de la classe moyens dans de nombreux pays émergents.

Cette réussite est due à des femmes et à des hommes qui ont décidé de chercher de nouvelles voies dans tous les domaines qui influent sur notre cadre de vie. Ces savants, chercheurs, entrepreneurs ont créé les conditions scientifiques et techniques de la mise en œuvre de nouveaux procédés, de nouveaux produits et de nouveaux services. C’est une longue chaîne de talents qui affrontant les idées dominantes de leur époque ont osé sortir des chemins tous tracés de la routine pour affronter le risque du changement. Certains ont réussi, et ont pu laisser leur nom dans l’histoire et parfois même s’enrichir. D’autres, la plupart d’entre eux d’ailleurs, sont restés dans l’anonymat même si parfois leurs idées ont réussi à être reprises par d’autres et, finalement, se sont imposées. Dans cette longue galerie de portraits, illustres ou modestes, les Français ont largement tenu leur place et à toutes les époques les scientifiques et entrepreneurs français ont su ouvrir de nouvelles pistes prometteuses. Dans certains cas, ces prouesses individuelles ont trouvé un large succès public et ont quitté le laboratoire pour devenir des innovations sociétales. Sommes-nous capables de continuer à écrire l’histoire de la science, de la technique et de l’innovations comme nos prédécesseurs ont réussi à le faire depuis 250 ans ?

Juger d’un pays par sa capacité à innover est un exercice d’autant plus difficile que la globalisation numérique estompe les frontières géographiques et temporelles. Les produits se diffusent rapidement, les pratiques sont plus lentes à faire évoluer. Faut-il, pour être un peuple innovant, inventer l’iPhone ou l’utiliser dans toutes les sphères de la société pour bouleverser les processus de travail et d’accès à la connaissance ? La France est sixième au palmarès mondial des dépôts de brevets et quatrième pour les dépôts de brevets en Europe. Cette position suffit-elle à développer les marchés et créer les emplois nécessaires ?  La France en proie au doute ne se sent plus une nation innovante et remet en cause ses propres capacités de changement. L’histoire jugera. Mais il est intéressant de comprendre cette cloison bien fragile qui sépare le succès de l’échec.

Nation d’ingénieurs, adepte des Lumières, la France a su inventer les concepts et les machines propices à la transformation. N’oublions pas que le système métrique est une invention française, officialisée par le décret du 18 germinal an III,  qui a induit à un bouleversement majeur de la société et a connu un succès universel. Quelques années plus tard, sur les traces de Pascal, Charles-Xavier Thomas, de Colmar,  invente l’arithmomètre en 1820, première machine à calcul industrielle, et devient d’ailleurs riche. Pourquoi n’a-t-il pas fondé alors ce qui aurait pu devenir IBM ? Il a fallu attendre un siècle pour que les Américains le fassent. Pour réussir durablement, il faut réunir de nombreuses conditions : des produits attractifs, un marché solvable, une capacité de communication et de mise en marché, des équipes se remettant en cause, un souci constant de la qualité perçue. Ces vertus sont le propre d’entreprises à la fois innovantes et pérennes. Mais ses conditions sont difficiles à réunir dans la durée. Car pour réussir, il faut aussi être en phase avec l’époque. Ce synchronisme — ni trop tôt, ni trop tard — est un facteur largement lié au hasard et à la chance, pas seulement au talent.

L’histoire économique a démontré l’inventivité de la France dans tous les domaines structurants de la société : l’énergie, les transports, la santé. Nous sommes aujourd’hui un des rares pays au monde à maîtriser l’ensemble des composants d’un système moderne de défense. Dans chaque secteur d’activité, nous avons su créer des champions mondiaux. Les firmes du CAC 40 sont devenues mondiales et la plupart d’entre elles sont championnes prospères de leur secteur.

Mais certains échecs ont été cruels et apparaissent comme  des stigmates indélébiles de quelques graves erreurs stratégiques et de gâchis économiques et financiers.

1g78rhr6
Citation du Générale De Gaulle, le 11 mai 1960

" Le paquebot France est lancé. Il va épouser la mer. (...) Sa mission sera de transporter d'un bord à l'autre de l'atlantique des hommes, c'est à dire des pensées et des activités, des foyers de connaissance et des sources de travail, de l'art et de la richesse."

Dans le monde du transport, malgré notre expertise globale, nous avons enregistré de graves contre-performances. Mettre en service le paquebot France en 1962, acte de souveraineté sous le patronage du président de la République,  fut une décision trop tardive et rapidement condamnée à l’échec dès 1965 alors que le marché du transport transatlantique était déjà marqué par l’essor des jets commerciaux, le Boeing 707 étant en service sur l’Atlantique nord depuis 1958,.

I80_HV_1
L’épopée de l’Aérotrain est aussi intéressante. Est-ce que financer sur fonds publics en 1967 l’aérotrain de Jean  Bertin, système révolutionnaire de transport à grande vitesse en site propre sur coussin d’air, alternatif au système de transport sur voie ferrée, était  alors une bonne décision ? Ce système allait démontrer sa performance technique en atteignant 430 km/h, mais aussi son inefficacité énergétique après la crise du pétrole de 1974 pour être finalement abandonné en 1977. Il peut être considéré comme une innovation ratée même si  les recherches ont été poursuivies i dans le monde, mais avec une technologie différente, la sustentation magnétique comme à Shanghai.

Citons également Concorde. Magnifique projet technique et industriel, projetant les compétences aéronautiques de la France et de la Grande-Bretagne dans un domaine mythique, le transport de passager à vitesse supersonique, Concorde s’est heurté aussi bien au protectionnisme américain, agressé par ce produit qui n’avait pas été conçu par une firme américaine, qu’aux contraintes énergétiques et de sécurité.

Dans ces deux cas, la technique n’était probablement pas appropriée puisque personne n’a à ce jour repris les concepts. Le passage au marché est une étape difficile où l’idée brillante se confronte brutalement aux réalités économiques, coût de production et de maintenance, impact environnemental, compatibilité avec les contraintes d’exploitation de réseaux et de flottes. Mais on peut aussi penser que le succès du TGV et d’Airbus doit beaucoup à ces échecs commerciaux.

Plus graves sont les initiatives sans lendemain aucun. On peut citer le système SECAM de télévision en couleur, le  Minitel, lancé en 1982, mais aussi le Plan informatique pour tous de 1985 avec les fameux ordinateurs MO5 de Thomson. Dans ces trois cas, la technique n’était pas en cause, mais le refus obstiné et orgueilleux de s’inscrire dans une logique de standards de fait internationaux a coupé les industriels de tout espoir d’exportation. Innover seul dans une économie ouverte suppose une prise de risque considérable que le poids de l’Etat en France a permis d’absorber, mais au prix de dépenses sans lendemain et souvent même d’un retard pour rattraper les standards mondiaux. Minitel n’a pas préparé l’économie de l’internet, tant les modèles d’affaires étaient différents, même si quelques acteurs ont pu y trouver les bases de leurs ambitions. Mais le programme Télétel a été sans conteste une remarquable réussite technique et commerciale, avec neuf millions de terminaux, jusqu’au début des années 2000. L’expérience Teletel fut observée de très près par tous les autres pays, dont les Etats-Unis, alors que se préparaient les bases de l’internet qui très vite allait rendre désuets l’ergonomie, la rapidité, le caractère fermé du système  et la qualité de services du minitel. Finalement la France a abandonné le Minitel. Quel bilan établir de cette expérience ? Il n’est pas sûr que les entreprises françaises qui ont utilisé les services télétel  soient mieux préparées au monde du web que leurs concurrentes étrangères.

Mo5 _61219383_sncf

Innover suppose également pour des entreprises robustement  installées dans leur métier la difficile décision d’accepter de remettre en cause leurs choix et leur doctrine. On peut estimer que l’obstination légitime mise par Dassault Aviation à vendre son Rafale, produit complexe et coûteux au sommet de la technique, a retardé le développement de drones en France, l’armée étant contrainte d’acquérir aujourd’hui du matériel américain. Or les drones de surveillance et de combat, ultimement appelés à remplacer les chasseurs pilotés, représentant aujourd’hui une voie majeure de développement des flottes aériennes mondiales. Ayant la capacité technique de les développer, les industriels comme leur client public, ont refusé de le faire depuis vingt ans, laissant les Etats-Unis et Israël prendre une avance considérable sur ce marché prometteur. On peut également penser, comme le débat sur les échecs commerciaux des industriels l’a mis en évidence, que le choix de la filière française de centrales EPR n’a pas permis de développer d’autres filières plus économiques et plus accessibles. La France en revanche s’est dotée des moyens de développer une filière hydrolienne compétitive.

Ces exemples se situent tous dans des domaines pour lesquels l’action publique reste prépondérante, soit par ce qu’il s’agit de secteurs régaliens, liés à la souveraineté nationale, soit parce que la demande publique joue un rôle clef dans le mise en marché. La place de l’Etat en France comme stratège économique, la proximité de corps entre industriels et pouvoirs publics, le rôle de la recherche publique, comme le CEA, expliquent cette spécificité. Elle existe également dans d’autres pays dès lors qu’il s’agit de souveraineté nationale.

Mais il est aussi vrai que les marchés grands publics, qui ne font pas l’objet d’une même attention de l’Etat, n’échappent pas aux erreurs comme aux réussites à partir d’intuitions différentes sur l’évolution des marchés. Dans le domaine clef de l’électro-mobilité, l’histoire tranchera là encore sur la compétition de fait entre Bolloré et son système intégré d’auto-partage et Renault et la vente de voitures électriques. L’un propose une rupture globale dans l’usage de l’automobile, l’autre reste sur un modèle classique d’accession à la propriété individuelle, tempéré par la location des batteries. Car l’innovation n’est plus seulement technique, elle se situe désormais largement dans les modèles d’usage. On peut dans le domaine de la mobilité saluer le remarquable succès de l’organisation du covoiturage avec blabla.com qui s’affiche comme un leader mondial. Il faut aussi suivre avec intérêt la tentative de transformation des métiers des postiers avec la mise à disposition à chaque facteur d’un téléphone intelligent, Facteo, leur permettant de devenir des acteurs multi-services. Si un service public de cette taille confronté à une contraction de son marché historique, le courrier, peut se renouveler, ce sera une innovation sociétale marquante.

Il faudrait également citer pour être complet la pharmacie, la chimie et les matériaux pour lesquels des industriels préparent  le futur et qui s’inscrivent dans les 34 plans de la nouvelle France industrielle. N’en doutons pas, la France peut maîtriser l’innovation dans la grande majorité des secteurs économiques, y compris bien naturellement le service. Elle a les ressources intellectuelles, l’expertise et le tissu économique pour le faire. Certaines seront des succès, d’autres des échecs. Car innover c’est aussi reconnaître le droit à l’échec. Et donc admettre et même se féliciter de la rémunération du succès. C’est une culture de l’initiative qui doit être développée à tous les niveaux, dans toutes les entreprises, et dès l’école. Car si l’alchimie de la réussite de l’innovation a sa part de mystère, on sait que c’est en multipliant les initiatives, les prises de risque, sans relâche, que l’on verra germer les activités de demain.

Texte également publié sur Atlantico.fr


Retrouver les sources de la démocratie : la e-démocratie

Il ne suffit pas de comprendre le monde, si on reste impuissants à résoudre les problèmes du monde. Or le paysage actuel de la planète, tel que nous le livre en temps réel le web, est assez peu encourageant dans la capacité des dirigeants à faire émerger des solutions durables et crédibles. Cette crise de crédibilité crée un malaise général qui mine la confiance envers les solutions et les régimes démocratiques. Les tentations totalitaires, le pouvoir de la rue, la violence sous toutes ses formes s’infiltrent toujours dans ces situations de crise morale et de précarité économique. Il est pour le moins affligeant en France de voir réapparaître des mots que l’on croyait oubliés, fascistes et anti-fascistes, certes modernisés à la sauce SMS en « fa » et « antifa ». Mais ce symptôme renvoie à une cause unique, la perte de confiance envers la classe politique et les solutions démocratiques issues des urnes. Cette perte de confiance trouve sa source à la fois dans le comportement personnel des dirigeants et dans leur incapacité collective à faire émerger des solutions crédibles. Cette situation est dangereuse car elle ne permet pas aux peuples d’exercer sereinement leur responsabilité dans la recherche de solutions aux graves problèmes de notre planète.

Les dirigeants à la peine

 En France, un an seulement après la dernière élection présidentielle et les élections législatives qui ont donné une large majorité au Parti socialiste, l’accumulation de déconvenues mine l’exécutif au point que chaque élection partielle devient un calvaire pour le parti au pouvoir. La « faute morale impardonnable » dont a été coupable le ministre chargé de la probité financière, Jérôme Cahuzac, ouvre une brèche bien difficile à colmater  dans la crédibilité d’un pouvoir qui se voulait exemplaire. L’ancienne équipe dirigeante n’est pas en reste tant dans son incapacité à faire émerger une « chefferie » stable que dans les démêlés multiples avec la justice de quelques uns de ses leaders. Sur fond de chômage et de récession, cette série noire renforce le sentiment général dans l’opinion que le pouvoir est impuissant à contrôler la situation et s’enfonce d’échec en échec dans l’impuissance. La multiplication des révélations sur les conduites indignes d’acteurs clefs des clans au pouvoir alimente un rejet global de la classe politique, non seulement impuissante, mais de plus malhonnête. La cyclique tentation populiste devient alternative crédible. 

Cette situation n’est pas propre à la France. Tous les pays démocratiques vivent une crise de leur exécutif pour des motifs multiples qui tiennent soit à leurs décisions impopulaires soit à leur inconduite coupable. Julia Gillard, l’atypique premier ministre australienne vient d’être poussée à la démission par son propre parti, à la veille des élections générales, comme Margaret Thatcher en son temps. Son style carré a pu miner sa crédibilité au moins autant que la taxe carbone qu’elle a fait adopter dans un pays très hostile à ce type de mesure. Aux Etats-Unis, Barack Obama surfe entre les scandales et sa popularité est en chute libre. L’opposition à Angela Merkel se réveille pour stigmatiser la dureté de sa politique en des termes inédits et très durs.

L’exemple du Québec est intéressant. Il y a été crée en 2011 une commission, dirigée par la juge France Charbonneau, chargée d’enquêter sur les « possibles activités de collusion et de corruption dans l’octroi et la gestion de contrats publics dans l’industrie de la construction incluant, notamment, les organismes et les entreprises du gouvernement et les municipalités, incluant des liens possibles avec le financement des partis politiques et le crime organisé ». Ses travaux déstabilisent la classe politique. Quelques mois après la démission de son prédécesseur, Gerald Tremblay, pour liens supposés avec la mafia, c’est Michael Appelbaum, nouveau maire de Montréal élu en novembre 2012, qui démissionne à son tour accusé de « complot, abus de confiance et actes de corruption dans les affaires municipales" ! Pour faire bonne mesure le maire de la troisième ville du Québec, Laval, vient à son tour d’être rattrapé par un scandale sexuel et a démissionné. Comment dans un tel contexte faire confiance aux élus ?

 Au-delà des joutes électorales classiques, et de leurs jeux de coups bas et petites phrases assassines, le problème change en effet de dimension. Le peuple semble tellement désabusé qu’il consomme son personnel politique à belles dents. Il n’y a plus d’état de grâce... Mais changer ne conduit qu’à plus de la même chose avec un personnel politique usé et une gouvernance minée par les scandales et l’impuissance.

Crise de confiance sous le regard instantané du web

 Cette situation n’est peut-être pas nouvelle mais nous sommes dans un monde tellement différent avec la globalisation numérique qu’elle prend un tour beaucoup plus inquiétant. Tout se passe comme si la démocratie était en panne et ouvrait le champ à toutes les éruptions de violence soudaine qui démontrent chaque fois leur impuissance et leur stérilité nihiliste. La révolte des peuples est certes l’expression du refus des mesures d’austérité imposées par l’échec des dirigeants dans la gestion de la crise financière de 2008.  Les racines de cette réaction sont en fait beaucoup plus profondes. La classe dirigeante démontre son incapacité à comprendre les  causes profondes de cette crise qui dure depuis cinq ans et dont on ne voit aucune solution crédible. Les mesures annoncées, et âprement discutées entre dirigeants, comme la lutte contre la corruption et les paradis fiscaux, ne se concrétisent pas rapidement. Plus encore, les tensions entre les vieux pays démocratiques riverains du fleuve atlantique et leurs nouveaux rivaux asiatiques font planer une menace sur le maintien de la prospérité et de l’équilibre social de l’ouest alors que la démographie profite aux nouveaux pays « émergés » leur ouvrant de prometteuses perspectives. Et ce spectacle est désormais en temps réel, amplifié par les caméras de télévision et par le web.

Faire de la politique ou remplir une mission ?

 Nous sommes en train de constater que nous vivons sur un mythe, celui de la démocratie, qui veut bien dire le gouvernement par le peuple. Comme il n’est pas très commode de diriger avec la foule, on a inventé le système représentatif qui est supposé apporter par le jeu d’élections libres des représentants du peuple dans les instances d’élaboration de la loi, le législatif,  et de sa mise en oeuvre, l’exécutif. L’article 3 de la constitution  de la République française en rappelle les principes. « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. 

Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. » La voix du peuple est censée être protégée par les institutions qui assurent que les conditions de concurrence politique sans être pures et parfaites demeurent loyales. Ce bel édifice si tant est qu’il n’ait jamais fonctionné conformément à l’intention de ses concepteurs a été purement et simplement balayé par l’émergence d’une « classe politique » qui s’est interposée durablement entre le peuple et le pouvoir.  Elle désire tant le pouvoir qu’elle a fait le champ clos de ses ambitions, de sa quête de couverture médiatique et n’hésite plus à monnayer son rôle, comme de vulgaires footballeurs ou stars de téléréalité.

Dès lors la distinction entre « le » politique, champ de la réflexion et de l’action sur la conduite des affaires de la cité, et « la » politique, champ de batailles d’une oligarchie qui a fait de la conquête du pouvoir son obsession quotidienne devient impossible. La mauvaise monnaie chasse la bonne. La polis grecque définissait un lien étroit entre un territoire, son peuple et ses institutions, une capacité à vivre ensemble et à se projeter dans un avenir commun. Or dans nos sociétés modernes, ce lien s’est dissocié entre l’état, la nation et le peuple. Le pouvoir politique s’est affaissé derrière les exigences du marché. Si cette distinction  avait peu de conséquences pratiques pour le citoyen dans un monde de croissance économique et de redistribution sociale, elle devient cruciale alors qu’il n’y plus de croissance et que la redistribution se révèle à chaque instant de plus en plus problématique. L’attente de leadership des citoyens est de plus en plus exigeante face aux périls qui les menacent et  la désinvolture de la classe politique est particulièrement troublante. La tension est à son paroxysme quand la classe politique explique avec le naturel le plus stupéfiant que ses agissements sont « naturels ». Mentir est normal, comme est normal de dépenser en liquide quand on est payé en argent liquide...

La démocratie 2.0, seule solution ?

 Face aux tensions démographiques, économiques, écologiques, la qualité et la crédibilité de la réponse des gouvernants est majeure. Sans confiance, le système se déchire, les perspectives s’assombrissent, et la crise s’amplifie en se nourrissant d’elle-même dans une prédiction auto-réalisatrice.

Revenir aux bases pour arrêter cette dérive est une obligation pour les dirigeants. Or "le" politique, c’est défendre la cité, le territoire, et ceux qui l’habitent. La grande supercherie du citoyen du monde ne tient pas la route face aux besoins réels des peuples. Nous sommes tous ancrés dans un territoire, à la fois refuge et lieu d’épanouissement des talents.

La fin de l’histoire que nous promettait la chute du mur de Berlin, et Francis Fukuyama, se révèle en fait le retour aux vieilles tentations totalitaires et hégémoniques dans un climat de violence et de révolte. Le Brésil se réveille dans la douleur de son rêve de croissance. La Chine suffoque sous la pollution et connaît une vive tension intérieure. Le monde arabe ne se relève pas de son printemps bien trop prématurément loué par les intellectuels occidentaux. Et tout le monde se désintéresse du sort des peuples afghans et irakiens qui ne font plus la une des journaux télévisés dès lors que la vie des « boys » n’est plus en jeu.

 Réinventer la démocratie pour les pays qui en ont été le creuset est aujourd’hui une impérieuse nécessité. Au delà des enjeux de court terme, il faut en France, mais aussi aux Etats-Unis, autre république fondatrice, un sursaut national qui restaure leur dignité aux élus du peuple et ressoude le pacte républicain. Il y a certes beaucoup de travail. Mais le web qui permet le partage des problèmes peut faciliter l’émergence de solutions comme le peuple islandais l’a démontré. Mais en même temps dans ce XXIe siècle vacillant, cet effort de refondation est vital pour réussir la réconciliation entre efficacité et équité. 

5xBoz

http://www.coe.int/web/world-forum-democracy

http://www.opendemocracy.net/thorvaldur-gylfason/democracy-on-ice-post-mortem-of-icelandic-constitution


L'open data, arme naturelle de la transparence

Le débat sur le patrimoine des ministres met en lumière une des grandes difficultés de la démocratie française qui est de parler librement de l’argent.  Ce vieux tabou n’est plus compatible avec une des tendances les plus profondes de la société numérique, la libre circulation de l’information comme base du débat et de la décision. L’ère de l’internet et du web changent radicalement le mode de production et de distribution de l’information et imposent à tous une rigueur nouvelle dans le « rendre compte ». Cette transformation est puissante, perturbante et remet en cause beaucoup de pratiques qui sont dans notre pays héritées d’une culture du secret  qui est au fil du temps devenue une des grandes sources des blocages de la société française.

La classe politique n’a pas l’habitude de rendre des comptes

L’analyse de cette poussée fondamentale du désir de transparence ne se limite pas à la seule sphère de l’action publique. Elle y est encore plus légitime car il s’agit de l’argent public confié par le peuple souverain à ses représentants pour en faire le meilleur usage. Le droit de lever l’impôt dans la clarté est un des fondements du pouvoir démocratique et a été à l’origine de toutes les révolutions contre l'absolutisme royal. La Magna Carta de 1214 en est la source historique. Face à l’absolutisme royal le contrôle de la dépense et donc la légitimité des prélèvements obligatoires - le consentement à l'impôt - constituent la base existentielle du rôle du parlement. Que l’on attende des parlementaires à leur tour la plus grande transparence sur leurs revenus pour éviter toute suspicion à leur égard est un des fondements sacrés de la démocratie. Ce principe s’étend naturellement à tous ceux qui exercent une autorité publique. Il est curieux, dès lors, d’entendre parler de déballage ou de voyeurisme quand il ne s’agit que d’exercer un contrôle démocratique sur les représentants du peuple dans l’exercice de leur mission.  Il est en effet piquant de constater que deux ministres du budget, de deux appartenances politiques distinctes, ont pu être en quelques années suspectés de manque de probité et de transparence…

Il n’en reste pas moins vrai que même désirée ou controversée, cette information ne signifie… rien ! Il n’y a aucun lien naturel entre un niveau de patrimoine, fruit de l’histoire personnelle et familiale, et une aptitude quelconque à participer à la direction des affaires publiques. Un état de fortune, concept tout à fait relatif puisque selon la plupart des perceptions traduites par les enquêtes  est riche celui qui dispose de 50% de plus que soi, ne traduit ni le talent qu’un habile gestionnaire privé pourra transférer dans la sphère publique, ni une inquiétante  prodigalité. Le temps est révolu où la gestion en bon père de famille, à laquelle se référait le suffrage censitaire, apparaissait comme une garantie publique. En ces temps de divorces tempétueux, de paradis fiscaux, de spéculation, mais aussi de chômage, de carrière indécise, être riche ou pauvre, trop riche ou trop pauvre,  ne prouve rien. Au mieux, peut-on contrôler, en début et fin de mandat,  que l’exercice de la responsabilité publique ne génère pas un enrichissement personnel. Le seul mérite de cet exercice est de démystifier le tabou de  l’argent. Au fond savoir ce que chacun gagne, au-delà du décryptage hasardeux des signes de richesse, libère d’une interrogation et permet surtout de passer à autre chose. Après quelques jours de commentaires médiatiques, cette affaire ne suscitera plus d’intérêt majeur.

La vraie question est en effet ailleurs : quelles sont les qualités nécessaires pour  diriger un pays, une commune, une région, et, peut-on ajouter, une entreprise, dans un contexte socio-économique instable ? Il n’y a aucun réponse simple, sinon que les hommes apparemment les plus vertueux et qualifiés n’ont jamais vraiment réussi dans l’exercice du pouvoir. Pierre Mendes-France, qui en est un peu le symbole, n’est resté que 232 jours au pouvoir et laisse une trace d’intégrité et de compétence que peut-être une année supplémentaire aurait définitivement ternie… Jacques Delors, prudent et sage, a renoncé à la tentation présidentielle. Seule la rotation dans l’exercice du pouvoir assure une garantie contre les abus d’intérêt personnel et surtout d’exercice de l’incompétence qui est au fond la plus grand menace que font peser les quelques 500000 élus français sur le pays. Seule la diversité des expériences et des expertises peut offrir à un pays un corps de représentants aguerris capable de transposer pour partie dans l’exercice public une fraction de leurs talents car il ne s’agit au mieux que de présomption tant l’exercice du pouvoir est complexe dans un contexte général « d’impuissance démocratique ».

Ceci implique une vraie « démocratisation » de l’exercice du pouvoir qui ne peut plus être confié à une classe politique qui en a  abusivement fait un métier. Le seul vrai métier de gestionnaire est celui des fonctionnaires qui proposent et exécutent en fonction des règles techniques et du droit. Le responsable politique décide en fonction de sa conception de l’intérêt général. Sa légitimité provient du suffrage universel et est contrôlée politiquement par le corps électoral comme encadrée par le droit. Le retour espéré à plus de rigueur dans l’exercice du pouvoir ne passe pas seulement par la transparence, mais surtout par la démocratisation du processus de prise de décision. Le non-cumul des mandats, leur non-prolongement abusif dans le temps, associés au recours beaucoup plus large au référendum d’initiative populaire sont les outils classiques de la transparence. Mais on peut aussi explorer des voies nouvelles, comme par exemple le recours au tirage au sort pour une partie des élus locaux.

Mais c’est un partage général de l’information – qualifiée, certifiée, documentée – qui doit assurer la base fondamentale du débat démocratique prélude à la prise de décision motivée.

Une transparence élargie à la vie quotidienne

Mais le désir de transparence ne se limite pas à la sphère publique. Chacun d’entre nous dans ses différentes facettes - collaborateur, consommateur, voyageur, patient, lecteur, auditeur, téléspectateur… - souhaite désormais s’assurer que les informations qui lui sont transmises soient « libres et non faussées ». On a érigé la concurrence en dogme absolu de l’efficacité collective en négligeant que la concurrence sans information peut conduire à tous les excès du « renard libre dans le poulailler libre ».

 Cet appétit est d’autant plus légitime que les cas de manipulation de l’information sont légion, le mensonge et la dissimulation étant un des vecteurs majeurs de l’exercice de l’autorité de la connaissance dans une relation dissymétrique entre celui qui sait et qui recherche un avantage grâce à l’information qu’il détient et celui qui subit sans avoir les moyens de contrôler. L’histoire du Mediator ou de la viande de cheval ne sont que des exemples marquants par leur actualité. Le refus récent de l’industrie agro-alimentaire européenne de mettre en place un marquage simple (rouge, jaune, vert) des risques associés à la consommation abusive de ses produits traduit la résilience de la culture de l’information dissymétrique, dont on peut toujours suspecter qu’elle cache de noirs desseins. Dans un passé plus lointain les manipulations prouvées de l’information par l’industrie du tabac ou de l’amiante ont montré que sciemment des industries ont truqué et acheté l’information pour cacher un désastre sanitaire. Il est encore plus grave de cacher des informations vitales pour des millions de consommateurs que de dissimuler des revenus individuels…

Or le débat démocratique peut aujourd’hui s’appuyer sur la technologie. L'open data » ou, en français, les le libre accès aux données publiques, a pour but de rééquilibrer l’accès à l’information. Il s’agit bien en effet de rendre publiques toutes les données économiques, statistiques, scientifiques pour permettre à la société dans son ensemble de comprendre les enjeux. Ces données publiées sont analysées et mises en forme lisibles par le plus grand nombre afin de fournir une information exploitable dont chacun tire les enseignements et pratiques qu’il décide d’adopter en toute lucidité. Elle rend possible la détection de phénomènes cachés et permet la prévention, que ce soit en matière de santé publique, de risques naturels, d’environnement ou plus prosaïquement de dysfonctionnements dans la vie quotidienne comme le transport. Ainsi les pays scandinaves tirent un avantage majeur de leur connaissance approfondie et publique de leur population.

L’accès à ces données permet à des entrepreneurs d‘imaginer des services nouveaux pour faciliter l’exercice de cette liberté de choix que la technologie rend désormais possible.

Mais d’ores et déjà les consommateurs ont bien compris toute l’importance de cette mutation. La plupart des actes d’achat majeurs sont aujourd’hui préparés en concaténant de l’information sur le web. Cette émergence du consommateur expert est un défi pour la distribution et les industriels, mais aussi une formidable opportunité de travailler avec les consommateurs dans une relation de confiance mutuelle. Il en est de même en médecine où les praticiens ont intérêt au dialogue avec des personnes lucides seules gestionnaires  de leur capital-santé. Expliquer les faits de façon pédagogique ne peut que renforcer l’efficacité comme la dignité collectives.

Chaque acteur dans la chaîne de valeur a intérêt à partager une information authentique pour élever le niveau de conscience et de compétence. Les résistances initiales ne peuvent que se dissoudre face à cette poussée inéluctable qui va dans le sens du bien commun, dont aucune catégorie sociale ne peut se prévaloir avec exclusive.


Sortir de la crise en exploitant les ressorts de l'iconomie

Ce texte a servi de trame à une intervention que j'ai faite le 27 mars au deuxième colloque organisé par l'Insititut Xerfi sur "Iconomie et entrepreneuriat". L'objectif est de mettre en évidence le rôle des entreprenuers innovants dans la nouvelle dynamique  de la troisième révolution industrielle.

Notre enthousiasme pour la force des idées qui sous-tendent l’iconomie nous pousse à travailler sans cesse à réduire l’espace qui sépare cette vision globale, cohérente et séduisante, de la réalité économique quotidienne. Car, si les mauvaises nouvelles sont nombreuses, il faut avec encore plus d’intensité aller à la recherche des pistes qui vont permettre non seulement de sortir de la crise du système d’hier, mais surtout de construire le système de demain.

Nous voulons montrer que l’iconomie loin de n’être qu’une construction théorique, est devenue une réalité opérationnelle. Nourrie par internet et par l’audace d’entreprendre, l’innovation permet dès maintenant à des dirigeants avisés d’explorer avec succès ces voies nouvelles. Nous en avons identifié trois dont l’expérience nous donne tous les motifs de penser que, ici, dans cette France pessimiste, et maintenant,  la transformation de notre économie est en marche.

L’Iconomie révolutionne les objets du quotidien

Prenons un premier exemple de transition réussi vers l’Iconomie : celui de la start-up française Withings et de son pèse-personne. Il permet de comprendre que l’Iconomie ne concerne pas forcément des algorithmes sophistiqués et  des processus complexes. Non ! l’Iconomie concerne aussi des produits aussi simples et familiers qu’un pèse-personne, que tout le monde a dans sa salle de bains. Aujourd’hui, le pèse-personne de Withings figure parmi les plus belles réussites du prestigieux Consumer Electronic Show de Las Vegas qui chaque année sélectionne les innovations  les plus marquantes.

Alors voici l’histoire de Withings : l’entrepreneur Eric Carreel et son équipe produisaient il y a quelques années des box internet pour France Télécom. Ils ont ensuite exploité leur connaissance de l’électronique grand public, acquise grâce à cette activité dans les box, et ont doté le banal pèse-personne de fonctionnalités remarquables qui en font un auxiliaire de santé efficace. En connectant de façon ultra-simple en wi-fi cet outil à un site spécialisé, on dispose d’un suivi personnalisé de son poids et de son IMC accessible de tout ordinateur, tablette ou smartphone. On peut le partager avec son médecin ou un groupe engagé dans la réduction collective du surpoids.

Withings1

En quatre ans, Whitings est devenu un des symboles des entreprises françaises qui ont su séduire le difficile marché américain et figurer dans les meilleures ventes des magasins Apple. Et puis pour l’entreprise Withings, le pèse-personne  a ouvert la voie à une gamme de produits de santé personnelle, dont un tensiomètre, qui leur assure aujourd’hui un succès mondial.

L’Iconomie au service des industries 1.0

Vous allez me dire en entendant ce premier exemple : l’Iconomie ne concerne que les start-up de l’internet. Eh bien non, pas seulement. Vous allez le comprendre avec mon deuxième exemple. 

Il concerne Lippi, un industriel de Mouthiers en Charente spécialisé dans la production de clôture métallique. En 2008, Lippi se battait pour sa survie sur un marché particulièrement déprimé, coincé entre les prix de l’acier et les exigences économiques des donneurs d’ordre. Aujourd’hui, cette PME est une référence pour sa profession et pour l’industrie du bâtiment.

Alors comment s’est passée cette mutation ? Eh bien quand Frédéric Lippi récupère avec son frère   les clés de l’entreprise familiale de son père, il fait un pari : exploiter tout le potentiel de l’internet pour se donner l’oxygène dont a besoin l’entreprise pour reconstruire son futur. Et pour cela il choisit de faire confiance à chacun de ses trois-cents salariés. Tous seront formés à toutes les techniques de l’internet, faire un site web, exploiter les réseaux sociaux, construire un wi-ki, utiliser Twitter pour communiquer. En vingt-quatre mois, l’entreprise est transformée, le bureau d’études communique avec l’atelier, les commerciaux s’appuient sur la logistique pour conquérir des marchés nouveaux, le savoir est partagé dans un wiki public sur la clôture métallique qui est la référence de la profession. Plus encore, les collaborateurs sont fiers de cette expertise nouvelle qu’ils mettent au service d’un dynamisme de leur entreprise. Dans cette aventure, ce qui est le plus marquant c'est l'effet de percolation qu'a eu l’ initiative web sur des hommes et des femmes qui étaient bloqués dans le système "classique" et qui se sont révélés être des leaders. Pas des chefs, mais des leaders qui montrent aux autres, simplement, par leur engagement personnel, qu'une bifurcation dans sa vie est possible pour peu que l'on saisisse sa chance. Des leaders qui transforment le corps social. Des leaders qui rendent possible tout le reste, explorer toutes opportunités nouvelles offertes par la déstructuration/réorganisation en réseau de l'entreprise. Partager, concevoir en commun, communiquer sans échelon intermédiaire, mettre le client au cœur des processus de l’entreprise, ce sont parmi les facteurs clefs de succès de l’iconomie.

L’Iconomie concerne aussi les grandes entreprises !

Avec ces deux premiers exemples,  vous allez me dire: l’Iconomie ne concerne que des entreprises de taille réduite. Des start-up comme Withings ou des PME familiales comme Lippi. Eh bien avec mon troisième exemple, vous allez voir que les grands groupes n’échapperont pas non plus à cette transition, puisque cet exemple concerne à la fois l’équipementier sportif Décathlon et le spécialiste de la domotique Somfy.

En fait il concerne un homme, Serge Darrieumerlou, qui a travaillé au sein de ces deux entreprises. D’abord chez Oxylane, la maison mère des différentes marques distribuées par Décathlon. Il a démontré lors de ses années au sein de ce groupe que dans un secteur largement dominé par les grandes marques mondiales faisant fabriquer en Chine, il était possible de lancer des produits radicalement nouveaux sous des marques françaises, fabriquées en France et en Europe. Il est en effet à l’origine de l’élan d’innovation qui a propulsé Oxylane au premier rang des enseignes de produits pour le sport et le grand air. Il a avec ses équipes inventé des concepts, des produits  nouveaux comme la tente déployable automatiquement, la marque Quechua, les produits électroniques sportifs abordables, faciles à utiliser.

Window-Covering-Scene

Ces innovations pratiques et efficaces traduisent une inventivité dans les produits mais aussi dans l’approche du marché où le consommateur est guidé en confiance vers les solutions les mieux adaptées à leurs besoins réels.

Aujourd’hui, Serge Darrieumerlou apporte ce savoir-faire à Somfy, l’un des leaders sur le marché de la domotique. C’est une entreprise mondiale, dont le siège est à Cluses en Haute-Savoie et dont le plus récent fait d’arme est d’avoir racheté son concurrent… chinois.  Somfy est au cœur des nouveaux métiers de l’iconomie, la préservation des ressources rares par la régulation électronique.  Somfy est en effet le leader mondial de l’automatisation des ouvertures de la maison et a étendu cette expertise à la domotique. Rien à voir avec la domotique gadget dont on parlait il y a 20 ans… C'est une domotique intuitive, évolutive et accessible, réinventée à l’heure du numérique, une domotique utile qui contribue à l’amélioration des cadres de vie des habitants en apportant confort, sécurité et économie d’énergie. C'est aussi un cadre qui apporte une impulsion à la profession en faisant émerger des nouveaux métiers autour de l’accompagnement et des services.

Se battre avec les armes de demain

Trois exemples, trois secteurs, trois personnalités, mais une seule dynamique : l’innovation par tous, pour tous. Dans ces exemples, il y a certes des hommes qui ont su capter l’air du temps. Mais il y a aussi une solide conviction : il faut se battre, en équipe, non pas avec les armes d’hier, mais avec celles de demain. A l’écoute du marché, sensible aux préoccupations des clients, s’appuyant sur le talent de leurs équipes, sans arrogance ni défaitisme, ils explorent le champ du possible avec tenacité. L’iconomie, c’est bien la réinvention de notre économie avec des idées fortes, simples, pragmatiques exploitant tout le potentiel technique de l’époque et prêtes à  épouser sans délai les promesses du futur.

 

http://prezi.com/wrfxgblrobpi/copy-of-innovation2/?kw=view-wrfxgblrobpi&rc=ref-35519087

 

Pour en savoir plus : http://www.institutxerfi.org/


Voeux 2013, la sacralisation de l'optatif

Mon allergie à cette coutume ne fait que s'aggraver d'année en année. Je ne veux pas, certes, commencer l'année en schtroumpf râleur à casser l'ambiance, mais enfin on peut s'interroger sur la sacralisation républicaine de cette coutume. Il semble que le Président de la République s'interroge lui-même et tente de balayer "une sorte" de doute :

"A mon tour, je m’adresse à vous, ainsi qu’à votre gouvernement, pour vous présenter mes vœux les plus chaleureux pour l’année qui commence.Nous respectons là un usage. Une sorte de civilité républicaine. Nous partageons aussi un moment de cordialité. J’y attache du prix."*

Certes c'est un moyen agréable, cordial donc, de renouer avec des amis et connaissances éloignés, mais aujourd'hui les réseaux sociaux en donnent heureusement l'opportunité régulière sans cèder au rituel forcé de l'annualité... Ce qui m'agaçe c'est le caractère officiel, solennel, compassé, que prennent les cérémonies de voeux dans les collectivités, les entreprises et au plus haut sommet de l'Etat... Pendant tout le mois de janvier on va voir notre monarque républicain fêter chaque communauté en lui apportant son lot de flatteries et de souhaits sucrés... Cet exercice me paraît au XXIe siècle  aussi vain qu'inutile... Les voeux, cela devrait durer trois jours, en un milliard de SMS et MMS, et puis on passerait aux choses sérieuses, aborder les problèmes de front et tenter de les résoudre. 

La politique française a réinventé un mode grammatical que notre langue n'a pas retenu du grec, l'optatif. Ce n'est pas récent, mais d'année en année avec la dureté des temps la lumière diffusée en janvier est de plus en plus intense, sûrement pour dissiper les démons. On devrait rééssayer la bave de crapaud mélangée au clair de lune avec une bonne 1664...

L'optatif c'est le mode du souhait et du désir. Pas celui de l'action. On s'en remet donc à des forces externes pour tenter de conjurer le mauvais sort. Plût aux dieux que la croissance revienne, que le chomâge régresse "coûte que coûte", que la pauvreté recule, que le déficit s'efface, que la solidarité vienne, que les impôts soient librement acceptés. Le plus curieux, voire baroque, des voeux du Président de la République est "la préparation de l'avenir"... Que peut-on souhaiter en le matière, sinon l'essence même de l'action des pouvoirs publics ?? 

Et ceci se termine par cette belle démonstration : "Une année dense nous attend. J’ai la conviction que la politique de votre gouvernement portera ses fruits. Il y faudra de la patience. Mais j’ai confiance."*

Allez ! J'arrête de maugréer, je vous souhaite de bosser fort, de bien dormir, d'éviter les méidements inutiles, de ne pas croire à tout ce qu'on vous raconte, d'échapper aux maladies et aux calamités naturelles, d'éviter le chômage et le surendettement, de cesser de fumer (ça peut aider...), de regarder en traversant la rue, de ne pas dépasser les limitations de vitesse. Essayez de devenir "anti-fragiles" ** car de toute façon le futur n'existant pas, il n'est que probabilité... L'année aura 365 jours, ça c'est à peu près acquis. J'ai confiance. Soyez patients pour attendre mon billet d'humeur de janvier 2014...

* http://www.elysee.fr/declarations/article/v-ux-du-president-de-la-republique-au-gouvernement/

** Sur l'antifragilité, je parlerai ici abondamment du dernier livre de Nassim Nicholas Taleb, "Antifragile"


Lire "Thinking, Fast and Slow" de David Kahneman !

Je savoure à intervalles réguliers "Thinking, Fast and Slow" de David Kahneman.

Thinking,_Fast_and_Slow

Lire et relire ce texte passionnant est un exercice indispensable pour ceux qui essayent de comprendre pourquoi les décisions sont rarement suivies d'effet.  En effet, la faiblesse du jugement humain est la base de nos soucis. Il faut s'en convaincre, c'est le premier pas vers le début de la sagesse et de l'efficacité... Un critique du Guardian traduit ainsi l'essence du livre de Kahneman, qui intégre trente années de travaux sur le comportement, qui lui ont valu en 2002 le Prix Nobel d'économie : "We don't know who we are or what we're like, we don't know what we're really doing and we don't know why we're doing it. "

Certes le constat peut être assez démoralisant. Notre cerveau marche à deux vitesses, l'intuition, rapide, instinctive et émotionnelle, qu'il appelle le System 1, et la logique, rationnelle, réfléchie et plus lente, le System 2. Nous sousestimons en permanence les difficultés, nous sommes trompés par les statistiques mal comprises et mal traitées, nous utilisons mal les données qui nous entourent et on cherche en permanence à retrouver dans une situation nouvelle ce que l'on a déjà connu.Ces erreurs de jugement permanentes s'accroissent dans des situations complexes, celles que doivent précisement traiter dirigeants d'entreprise et responsables politiques, mais pas seulement eux, cibles commodes car viisbles. Juges, ingénieurs, médecins, pilotes d'avion sont aussi soumis à des biais cognitifs qui les conduisent à faire des erreurs... savamment !
Quand on le sait, ça va mieux et on prend un peu plus de temps ( System 2) pour réfléchir et être moins influencé par tous les biais cognitifs qui nous menacent. Pensée unique, idéologie, dogmatisme ou plus simplement marketing font que notre vie est sous influence constante et que de plus nos décisions, même prises avec soin n'éliminent pas cet invité indésirable, le hasard. A lire sans modération entre deux relectures du "Cygne noir" de Nassim Nicholas Taleb...
Je conseille ces deux livres à tous ceux qui pensent qu'il suffit de s'agiter pour obtenir des résultats, à tous les spécialistes du grand coup de menton en avant qui se sentent des décideurs nés...et se plaignent de constater que la réalité ne leur donne pas raison. Je donne aussi comme traitement ce livre à tous les commentateurs, notamment politiques, qui n'étant pas dans l'action, ont l'infini privilège de ne pas pouvoir démontrer ce qu'ils seraient capables de faire.
http://en.wikipedia.org/wiki/Thinking,_Fast_and_Slow