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05 février 2009

Zoom, un livre fort...

Zoom Comment  l’industrie automobile a-t-elle pu sombrer aussi profondément dans le marasme et la médiocrité ? Pourquoi les compagnies pétrolières n’ont-elles pas préparé l’inévitable déclin de la ressource pétrolière ? Comment les politiciens n’ont rien vu venir et se sont accrochés désespérément au maintien du statu quo ? C’est aux Etats-Unis que ces erreurs ont été commises et ce sont les questions auxquelles tentent de répondre Iain Carson et Vijay V. Vaitheeswaran. 

Ce ne sont pas de dangereux provocateurs, mais deux brillants journalistes du très sérieux The Economist qui ont plongé au cœur de l’évolution parallèle des Big Three, General Motors, Ford et Chrysler et de Big Oil, les grandes compagnies américaines. Au-delà de ce bilan sans fard du déclin de l’alliance séculaire entre le pétrole et l’automobile aux Etats-Unis, et des profondes conséquences géo-politiques, ce livre ouvre de nouvelles perspectives pour l’industrie automobile mondiale et la recherche de nouvelles solutions énergétiques.

Leur credo est simple : le problème n’est pas la voiture, mais le pétrole. Et ils cherchent à en effectuer la démonstration la plus rigoureuse. Zoom, dont le sous-titre est « The global race to fuel the car of the future », publié en novembre 2007 sonnait le tocsin avant même que l’industrie automobile américaine, mais plus largement l’industrie automobile mondiale, ait totalement perdu ses repères. Aussi frappée que la banque par la crise, l’industrie automobile fait face à une double remise en cause : effondrement de ses ventes ( -38% en janvier 2009 aux Etats-Unis) ,crise de la demande compte tenu de la désaffection du consommateur américain pour les véhicules lourds et gourmands.

 Leur jugement est sans appel : « Les big Three sont devenues toutes de plus en plus faibles car elles n’ont pas accordé suffisamment d’attention aux nouvelles technologies, au développement de nouveaux véhicules innovants et au niveau de qualité de leurs produits», ce qui pour des industriels constitue une troublante accumulation d’erreurs. En se concentrant sur le seul marché lucratif des SUV (Sport Utility Vehicule), en multipliant de façon illisible pour le consommateur marques, modèles et réseaux, en blâmant la concurrence supposée déloyale de leurs compétiteurs japonais et coréens, les constructeurs américains n’ont pas vu venir la fin de leur monde, celui de l’addiction des américains au pétrole.


Toutefois les auteurs rappellent que les avertissements des crises précédentes n’ont pas été entendus. L’industrie a empoché 1,5 milliard $ de subventions fédérales sous Clinton, en 1993, avec la PNGV ( Parnership for a New Generation of Vehicles) dont sont issus trois concepts car sans lendemain industriel. Ils rappelent aussi que GM a lancé en 1996 un programme expérimental de véhicule électrique, l’EV1, assez concluant, mais qui a rencontré des problèmes de fiabilité avant d’être finalement arrêté. Les auteurs sont aussi sévères avec la politique pétrolière américaine. La seconde guerre mondiale a mis en évidence l’absolue nécessité pour les grands états de maîtriser leur approvisionnement en pétrole. Après cinquante d’exploitation de leurs champs domestiques, les Etats-Unis n’avaient dans les années quarante plus de réserve suffisante, ce qui a conduit leurs gouvernements successifs à sécuriser à tout prix leurs approvisionnements en pétrole du Moyen Orient par un accord de soutien militaire à l’Arabie saoudite, qui contient un quart des réseves mondiale connues, et aux états du Golfe. Cette addiction des Etats-Unis au pétrole, qui consomment 25% de la production mondiale de pétrole et près de 50% de la consommation d’essence, qui n’en payent pas le vrai prix, mais n’ont plus que 3% des réserves, est une constante de « l’Axe du pétrole ». Or cette dépendance géo-politique envers des partenaires fragiles et dont la fiabilité est suspectée est une grande faiblesse des Etats-Unis. 

On n’en mesure d’autant la portée, et la difficulté, des déclarations du président Obama qui veut « guérir l’addiction des américains au pétrole ». Si les Etats-Unis, leurs gouvernements comme leurs entreprises, tant automobiles que pétrolières, ont pu longtemps sous-estimer, voire railler, les menaces environnementales dues au réchauffement de la planète, s’affranchir des contraintes du Protocole de Kyoto et déclarer comme G. Bush que rien jamais ne fera changer le mode de vie américain, le désastre de la Nouvelle-Orléans en 2006 a commencé à faire changer l’opinion. Comme le 11 septembre, l’ouragan Katrina a été un révélateur de l’exposition des Etats-Unis à des menaces nouvelles et totalement ignorées . Seule une toute petite minorité californienne, aisée et adepte de la Prius avait jusqu’alors porté cette prise de conscience. Toutefois, le changement de culture est très lent et difficile. Ecrit en 2007, le livre met en évidence la persistance de compagnies comme ExxonMobil à nier la nécessité de réduire la place du pétrole dans l’économie américaine, son président, jusqu’en 2006, Lee Raymond déclarant que l’investissement dans les énergies renouvelables était« un complet gaspillage d’argent » . 

Toutefois, les auteurs ne se bornent pas à dénoncer le manque de vision des dinosaures de l’industrie pétrolière et automobile américaines, et leur alliance objective avec l’Arabie Saoudite. Ils analysent de façon complète les perspectives concrètes de changement. Leur première conclusion estque la rupture pourra venir d’Asie, les pays asiatiques ne pouvant pour leur développement suivre le même chemin « carboné » que les Etats-Unis. La question centrale est bien la capacité de la Chine, et de l’Inde , de s’affranchir d’un futur pollué et carboné par l’automobile à essence et les centrales électriques au charbon, pour faire le saut vers des technologies efficaces, novatrices et respectueuses des grands équilibres sans priver leurs populations des bénéfices du progrès matériel. L'issue de ce débat n'est pas facile à prévoir tant les contraintes socio-économiques qui pésent sur ces deux pays sont fortes. 
La rupture peut venir des Etats-Unis eux-mêmes, sur le modèle de la Californie qui a adapté des mesures sévères de réduction de la pollution automobile et où le républicain Schwarzenegger, qui n’a rien d’un vert natif, s’est toutefois converti à la logique environnementale par pragmatisme en même temps qu’il fait rouler son Hummer à l’hydrogène. Le front uni des lobbies commence à se lézarder, les menaces de Big Oil et des Big Three ne font plus peur, les activistes de l’environnement trouvent un écho auprès des venture capitalists qui voient dans l’environnement la prochaine vague de prospérité économique et les tycoons de la Silicon valley endossent sans nuance la croisade environnementaliste.

Sans faire de prédiction entre les technologies alternatives, électricité, pile à combustible, hyrogène, éthanol, qui prendront chacune leur part de marché avant que les techniques ne se restabilisent à nouveau dans une vingtaine d’années, et l'hydrogène reste un candidat crédible, les auteurs concluent que la course est cette fois bien engagée, que les solutions vont sortir des laboratoires et que la décennie 2010 sera celle du début de la transformation de l’industrie automobile. Ce livre synthétique et clair qui permet de comprendre que l’alliance historique entre l’automobile et le pétrole, qui non seulement a façonné le paysage américain, mais aussi conditionné la politique internationale pendant près d’un siècle, risque bien, cette fois de prendre fin.

La crise automobile de 2008-2009 et l’élection de Barrack Obama ne font que conforter les thèses des auteurs. La capacité de rebond des Etats-Unis est considérable et il ne serait pas surprenant qu’ils prennent le leadership de la nouvelle économie « verte ». Néanmoins, le fermier de l’Oklhahoma ne sera pas facile à convaincre…Images

Autres lectures sur le même sujet :
 - "L'économie hydrogène",  Jeremy Rifkin, La découverte, 2002
- "The Clean Tech Revolution", Ron Pernick, Collins Business, 2007
- "Hydrogène, l'avenir de la voiture", Pierre Beuzit et Laurent Meillaud, Archipel, 2007

18 mars 2007

La République de l'internet

Je ne me suis pas éloigné des travaux d'écriture et de communication depuis que j'ai abordé le métier du conseil ! Bien qu'absorbé par ce nouveau métier et mes charges d'enseignement, je prépare activement plusieurs textes pour ce blog, inspirés notamment de l'actualité politique. Mais plus encore je viens de lancer l'écriture d'un ouvrage qui s'appelle -provisoirement- "La république de l'internet" et qui sera publié, si tout va bien, chez Dunod au début de l'année prochaine.

L'idèe, ancienne, de cet ouvrage est venue de l'analyse du traitement par la classe dirigeante en France, mais pas seulement, de l'Internet. La campagne électorale pour les élections présidentielles consacre très peu de temps et de place aux réflexions sociétales sur l’impact de l’internet sur le fonctionnement des institutions, et plus encore, sur l’économie en général. Tout se passe pour les candidats, semble-t-il, comme si le monde n’avait pas vraiment changé et qu'il fallait pour tout remettre en ordre, ajouter une dose supplémentaire de la même potion magique que celle utilisée avec plus ou moins de bonheur depuis des décennies. Ils pensent qu’il suffit de mettre en valeur un site participatif ou d’entretenir un blog pour entrer de plain-pied dans la modernité de la société de l’information. Ces démarches, si elles ne sont pas inutiles, restent instrumentales, elles n’intègrent pas d’analyse sur la transformation de la société, à la fois mondiale et numérique. La compréhension de l’ampleur de cette transformation par les candidats paraît lointaine.

Cette approche superficielle de l’internet est hélas largement répandue dans les cercles de pouvoir en France, faute de pratique personnelle, faute de recul face aux événements du quotidien, faute également d’une pédagogie adaptée de la part des technologues qui laissent penser que l’internet est encore de « l’informatique ». Cette absence de compréhension pourrait continuer à désespérer les militants de l’internet pendant des lustres dans l’indifférence générale s’il n’y avait pas urgence.

« C’est une révolte ? Non, Sire, c’est une révolution ! ». Or la révolution Internet ressemble par maints aspects à ce qui s'est produit au milieu du XVIIIe siècle avec la publication de l'Encyclopédie, ou "dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers".

Le siècle des lumières a ouvert la voie à la profonde transformation économique et sociale du XIXe siècle. L’humanité s’est libérée en brisant des tabous ancestraux, en s’ouvrant à sa propre réalité en mettant l’homme au cœur de l’histoire. Les principes fondateurs de la modernité ont été forgé par ces philosophes qui ont fait prendre conscience à l’homme que le progrès était le résultat de l’analyse, de l’expérience et de la science et non plus de forces surnaturelles. La diffusion des connaissances en est le levier vital ! L’encyclopédie était le projet fédérateur qui permettait de formaliser toutes les connaissances acquises dans une seule source. Avec ses dix-sept volumes de texte et onze volumes de planches, 18000 pages de textes, et plus de vingt millions de mots, cette somme unique, à la fois philosophique et technique, a permis d’établir un socle culturel commun pour tous ceux qui voulaient d’affranchir des dogmes et croire à l'idèe de progrés. 25000 exemplaires ont été vendus entre 1751 et 1782, malgré l’interdiction laquelle l’Encyclopédie a été condamnée en 1759. Interactive, méthodique, dynamique, critique l’Encyclopédie ouvrait un nouveau chapitre de la connaissance dont Internet est aujourd’hui l’héritier légitime.

Mais si l’Encyclopédie est en soit un aboutissement remarquable dans le contexte et avec les moyens de l’époque, la voie qu’elle a tracée est encore plus impressionnante. La notion de liberté, la créativité scientifique, la démocratie sociale de marché ont été imaginées, inspirées, alimentées par le mouvement lancé par Diderot et d'Alembert. Certes il n'étaient pas seuls, et rappelons que l'Encyclopédie est un ouvrage collectif, rassemblant plus de 150 auteurs. Il n'étaient pas les premiers, s'inspirant de la Cyclopaedia britannique d'Ephraim Chambers parue en 1728 . Mais Diderot fut sûrement le plus visionnaire et le plus opiniâtre de tous.

On peut dire que si Diderot et les encyclopédistes en ont rêvé, notre époque l’a réalisé !

Internet s’est insinué dans nos vies depuis maintenant plus de dix ans pour toucher dorénavant plus de 1,1 milliard de personnes sur notre planète. L’Asie avec 400 millions d’utilisateurs, l’Europe avec 314 millions ont dépassé les Etats-Unis qui ont inventé Internet. Cette transformation n’est plus liée au développement de la technique : elle touche profondément les usages pour embrasser tous les aspects de la vie sociale et économique. Mais cette capacité collective nouvelle est de nature à répondre aux urgences du temps. Il y a urgence car la complexité systémique des questions que l'humanité doit traiter excède la capacité des individus, aussi "brillants" soient-ils. Or Internet permet précisément de co-construire, de façon massivement parallèle, un savoir efficace, mondial, multi-langues à la hauteur des enjeux.
L'impact de l'internet sur les sciences, les techniques, les pratiques, les politiques induit une transformation profonde des rapports au savoir.
Mais au-delà des cette accumulation de connaissances, Internet permet-il d'enrichir le sens de l'expérience humaine ? 180pxenc_1na5_600px

26 février 2006

Promotion !

Looking Back and Going Forward in IT
Jean-Pierre Corniou
ISBN: 1905209584
Publication Date: January 2006 Hardback 200 pp.
35.00 GPB, 55.00 EUR, 58.00 USD


Description
Information technology now possesses an all-pervading influence in society: all areas of the social and corporate worlds use IT. However, despite its integral importance in society today, its development and future is often overlooked. This book places IT in perspective by tracing its development through time, covering its origins in business, the massive expansion of the role of IT at the end of the 20th century, the growth of the internet, and the successes and failures of companies involved in this development.
Despite its ubiquity in the modern world, the author highlights that efficient use of IT by businesses can only be gained by a good understanding of its potentials and pitfalls, highlighting how its informed use in practice is essential for companies to succeed. Finally, questions are raised concerning the future of IT: who will reap the benefits and why? Will IT continue to provide solutions and will it always deliver on its promise? Will it cease to advance and thus cease to be studied or will it continue to develop and thus provide new opportunities and challenges to users?
Contents
1. The First Information Revolution. 2. From Electromechanics to Electronics. 3. The Dawn of the Digital Era. 4. Light and Shade in the Digital World. 5. The Promise and Reality of Technology. 6. IT Policies in Efficient Enterprises. 7. New Instructions for CIOs. 8. New Vision(s)?

NB : Cet ouvrage est la version anglaise de "La société de la connaissance", paru chez Hermès Lavoisier