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03 février 2009

Du bon usage du progrès...

J'appartiens, je le confesse, à cette catégorie de consommateurs passionnés que l'on nomme les "adopteurs précoces" ou "early adopters". J'ai toujours aimé me documenter sur les nouveautés du vaste domaine de biens de consommation électroniques. Cet exercice apporte le plaisir de comprendre et de suivre les évolutions techniques, qui repoussent les limites de ce que l’industrie est capable de relever comme défi. J’aime surtout cette excitation particulière qui consiste à explorer de nouveaux territoires et à découvrir de nouvelles sensations. Des images de plus en plus fidèles, un son de plus en plus réaliste, une capacité de création sans limite, avec le micro-ordinateur, puis de communication, grâce à internet, ont été pour moi à chaque étape à la fois un émerveillement technique et la source de grands plaisirs. La grande convergence entre l'informatique et l'électronique de loisirs, convertie au numérique, a été pour nous tous, "immigrants numériques", une formidable aventure qui nous permettait de "faire converger" nos passions. Nous n'avions plus à choisir entre l'informatique et la photographie, le son et l'image ! Depuis que j'ai vraiment commencé à m'intéresser, adolescent passionné d'image,  à l'innovation, au début des années soixante, ces motivations ont été suffisamment puissantes pour régulièrement, bien que raisonnablement, casser ma propre tirelire sous forme d’appareils photo, chaînes hi-fi, micro-ordinateurs et téléphones portables, passant aisément, et sans grand complexe pour un gadgetomane frénétique.  Que tous ceux de ma génération qui ont connu ces plaisirs l'avouent franchement sans se cacher !

Mais il faut aussi reconnaître au-delà du plaisir que ces objets nous ont considérablement aidés à travailler. Le micro-ordinateur et le web m'ont permis de décupler ma productivité personnelle, de travailler à distance, d'être en permanence informé et réactif. Je n’aurai jamais autant écrit, notamment les quatre derniers livres, sans internet. L'aventure du blog est le fruit direct de ces innovations.

Cet aveu devait être fait. Mais sans chercher à me disculper, je dois aussi dire que si la technique m'intéresse toujours autant, ce sont ses usages potentiels qui, aujourd’hui, me motivent plus encore... Nous avons déjà atteint un seuil de performance, de confort et de plaisir remarquable. Ceci ne va certes pas s'arrêter. Si on repousse sans cesse les limites de l’hyper-réalisme de l’image et du son, si on rend tous ces supports mobiles et interconnectés, en faisant disparaître tous ces fils qui nous encombrent, on aura sûrement plus de plaisir et d’émotion, mais progressera-t-on pour autant dans la résolution des grands problèmes de notre époque ?  

La réponse n’est certainement pas facile à faire émerger, tant les industries du contenant et celles du contenu progressent aujourd’hui de concert. Il serait particulièrement arrogant d'exercer a priori un jugement moral sur ce qui est bien et sur ce qui est futile. Non, la haute résolution de nos téléviseurs HD n'est pas un exercice inutile car les progrès rendus accessibles vont permettre de démocratiser l'imagerie médicale. Non, les réseaux de fibre optique à haut débit ne permettront pas seulement de regarder un match de foot en 3D, mais aussi de faire de la télésurveillance médicale et du co-design sur maquette numérique. Nous sommes entrés dans l’ère du « et » et nous avons cette infinie liberté qui est justement de ne plus devoir faire de choix. Encore faut-il que les usages ne se limitent pas à la sphère des loisirs pour vraiment s'attaquer aux problèmes de fond.

 

Avec mes amis, également à l'affût des innovations concoctées par les laboratoires de recherche des grandes firmes informatiques et électroniques, arpentant les immenses halls du centre du Convention center de Las Vegas, je me suis attaché à ne pas me laisser entraîner par le sens de la performance techniques mais surtout par la valeur d'usage. Qu'allons nous faire de tous ces objets intelligents que nos semblables imaginent sans cesse ?

Armé de cette ferme intention de ne pas me laisser illusionner par le mirage technique, je me suis concentré sur deux sujets qui indiscutablement, sans être exclusifs, vont façonner notre avenir collectif :

- comment les technologies de l'électronique, de l'informatique et de la communication vont-elles nous aider à résoudre le problème énergétique ?

- comment ces outils vont aider l'humanité à faire face à l'inéluctable vieillissement de la population de la planète, et pas seulement dans les pays industriels matures, mais aussi dans les pays neufs ?

Sur l'énergie, il est d'abord évident que l'industrie a pris conscience de sa responsabilité.  ce qui n'était qu'embryonnaire lors de ma précédente visite en janvier 2007 apparaît avec une éclatante visibilité. Tous les stands des grandes firmes démontrent les progrès de réduction de consommation d'énergie sont massifs et immédiatement accessibles avec les nouveaux produits. Partout les produits s’allégent et se miniaturisent utilisant pour être fabriqués moins de matériaux et produisant moins de volume et de poids pour être distribués. Les télévisions à tube cathodique apparaissent des monstres archaïques face aux écrans OLED. Il est clair que le renouvellement du marché des tubes cathodiques représente un formidable intérêt pour la consommation d’électricité mondiale.

Mais plus encore l’électronique et l’informatique vont être déployés pour apporter de l’intelligence dans la gestion de tous les appareils domestiques qui se développent dans  les maisons. La vraie finalité de la domotique sera bien de gérer de façon dynamique ces appareils en fonction des usages, du contexte climatique, du coût instantané du Kwh. Le réseau domestique intelligent contribuera directement à l’optimisation de la production électrique, s’intégrant dans un réseau global intelligent. L’offre commence à être abondante, d’autant plus que les fournisseurs ont commencé à harmoniser leurs normes pour assurer une complète interopérabilité. 

Sur les produits destinés à la santé, l’offre est en plein essor. Le but est d’aider le malade, ou la personne progressivement dépendante, à contribuer à son autonomie. En lui permettant de déclencher une série d'actes simples et d'en rendre compte à distance en centralisant les résultats en un point de contrôle unique, qui peut être le médecin généraliste, on apporte une réponse pratique aux contraintes de surveillance médicale. Se peser, prendre sa tension, son pouls, assurer une bonne observance de la prise de médicaments  sont autant d’actes qui peuvent être délégués sous surveillance et pour lesquels le praticien à distance saura tirer des enseignements et réagir en cas de besoin. Environ 80% des dépenses de santé sont consacrés à des maladies chroniques. Pour apporter un service fiable et de qualité à cette population aujourd’hui peu sensibilisée à la manipulation d’objets techniques, il faut admettre que se posent des problèmes sérieux de conception de ces matériels. La fiabilité, l’absence d’erreur de manipulation, l’ergonomie doivent être absolument irréprochables. L’industrie commence à relever ce défi, mais les premiers produits identifiés au CES 2009 ne sont que l'avant garde d'un marché considérable pour lequel l'imagination des concepteurs et des praticiens devra être sollicitée.

Alors, bien sûr, si l'image est de plus en plus belle, en relief, en hologramme, nous pourrons nous en réjouir. Mais si nous rendons, grâce à l'intelligence mise dans ces objets, notre planète plus vivable et si nous permettons aux hommes d'avoir une vie plus sereine et plus confortable, nous aurons fait oeuvre utile. 

18 janvier 2009

CES 2009 : hyper-réalisme, mobiquité et énergie... tout vert !


L’industrie de l’électronique grand public se donne rendez-vous pour débuter chaque nouvelle année à Las Vegas au Consumer Electronic Show. Cette immense manifestation qui rassemble 2700 exposants et plus de 130000 visiteurs constitue la fête mondiale de l’électronique grand public où désormais s’impliquent  les grands noms de l’informatique et des télécommunications. La convergence numérique est une réalité technique et économique qui bouleverse cette industrie qui grâce à sa transformation profonde  a su attirer de plus en plus de clients, faisant de ce marché un puissant vecteur de croissance pour les pays consommateurs comme pour les pays producteurs.

La crise économique semble devoir épargner ce secteur à l’échelle mondiale car les professionnels tablent sur une croissance zéro, ce qui serait une performance honorable. Les consommateurs, inquiets pour l'avenir et manquant de liquidités sont de plus en plus soucieux de la valeur de leurs achats et souhaitent qu'ils contribuent à la baisse de leurs coûts, notamment par l'économie d'énergie. C'est pourquoi en ces temps de rigueur et de lucidité, la qualité de l'offre est absolument essentielle pour déclencher un acte d'achat.

La nature des produits mis en valeur à Las Vegas permet de comprendre l’attrait pour les clients de la consommation de bien électroniques. D’une part les coûts ont constamment baissé depuis des années alors que les performances n’ont cessé de progresser. La valeur visible dont bénéficie le consommateur est en progrès, rendant accessibles des solutions attractives et valorisantes pour le client.

Les CES 2009 confirme avec éclat ces tendances lourdes en renforçant les trois vecteurs qui ont su attirer les consommateurs :

-       Nous sommes entrés dans l’ère de  l’hyper-réalisme, ouverte déjà par les jeux vidéo dont les consoles offrent depuis plusieurs années une démonstration éblouissante. Les fournisseurs rivalisent de talent pour proposer des écrans haute-définition LCD et maintenant OLED aux couleurs de plus en plus vives, à la fréquence de rafraîchissement de plus en plus élevée ( 240 Hz). Le son, un peu délaissé par la numérisation est également de plus en plus soigné, on parle de son « haute définition » et le home cinéma  assure une synthèse des ces progrès. Se profile la télévision en relief, qui est désormais au point, et renforce l’expérience émotionnelle.

3D   

Téléviseur 3D sans lunette

Ecrans2

-       La simplicité d’usage progresse, chacun des composants de la chaîne de production et de restitution d’images s’affranchissant des multiples câbles inesthétiques et détestés par le maîtresse de maison. Caméras vidéo, appareils photo, cadre photos, écrans  communiquent désormais  en WiFi ou par le courant électrique.

HD-PLC

-       La mobilité est totalement insérée dans cette chaîne numérique. Tous les appareils ont une composante mobile. Le téléphone portable devient appareil de photo à 8 millions de pixels, le projecteur vidéo tient dans la poche, le micro-ordinateur se miniaturise et tient dans une pochette, on peut envoyer en MMS  la photo de petit dernier directement sur le cadre photo des grands parents. La géolocalisation est disponible sur chaque appareil et on peut situer sur Google maps ses photos et ses films. Rester en contact étroit avec la famille, les amis, le groupe est une donnée majeure du comportement social et ces objets assurent cette continuité numérique indispensable aux blogueurs et fans de  Face Book. Le néo-cocooning sera aussi mobile.

Mais la prise de conscience du réchauffement climatique et de la contribution de l’électronique à la consommation énergétique a poussé tous les constructeurs à réduire l’empreinte environnementale de leurs produits, de la conception à l’exploitation et au recyclage. L’industrie affiche sans complexe sur chaque stand ses progrès rapides en consommation énergétique. De plus  la nouvelle convergence entre courants faibles et courants forts conduit à connecter en réseau par le réseau électrique chacun de ces appareils pour en mesurer la consommation en temps réel et la piloter de façon efficace.

L’industrie a pris conscience des dangers qui la menace et engagé un vaste programme de renouvellement de son offre. Le CES 2009 en donne une image prometteuse. Faudra-t-il instaurer une prime à la casse des vieux appareil électroniques pour en bénéficier au plus vite ?

11 janvier 2009

CES 2009 premières images

Las Vegas, chaque début du mois de janvier, et avant le Salon de l'automobile de Detroit, rassemble des dizaines de milliers de professionnels pour célébrer les performances d'un marché jusqu'alors en progression continue, l'électronique grand public, symbole de l'innovation et de la croissance depuis des décennies. Alors que les Etats-Unis constatent avec effroi que les subprimes et l'éclatement de la bulle financière ont non seulement détruit 25000 milliards de dollars dans le monde, mais 2,5 millions d'emploi dans les seuls Etats-Unis, il pourrait paraître décalé de célébrer les charmes des écrans plats et de la télévision en 3D. En fait le CES 2009 illustre parfaitement le phénomène détecté depuis plusieurs trimestres aux Etats-unis, c'est à dire la protection par les consommateurs de leurs budgets dédiés à la communication au détriment des voyages, de l'habillement et de l'automobile. Aussi, plus que jamais, avoir chez soi des équipements sophistiqués pour se distraire ou produire, communiquer avec ses proches, constitue un choix fort. Qui bénéficiera de ce nouveau coccooning, plus respectueux de l'environnement ? Sans aucun doute les opérateurs de télécommunications et les constructeurs de matériel coréens... A suivre !

17 décembre 2008

L'alignement métier des SI est-il encore un problème ?

Dans cette phase de brutale contraction économique, amplifiée par un degré d’incertitude très élevé dans tous les secteurs, alors que le bouclage des budgets se révèle un exercice improbable, il peut paraître hors de saison de réactiver cette problématique ancienne à laquelle n'échappe aucun débat entre DSI, l’alignement du système d'information sur les objectifs métiers de l'entreprise.

L'occasion m'en a été offerte par le CIO Symposium qui s'est tenu au cours de la très importante rencontre des experts mondiaux de l'informatique et des systèmes d'information, l'ICIS, rassemblés à Paris en décembre.  

Si le débat entre experts académiques et DSI du CIGREF était une initiative stimulante, de très bonne tenue, il m'est apparu encore décalé par rapport aux souffles qui balayent actuellement la planète informatique et systèmes d'information. Si la crise économique mondiale touche même le secteur des technologies de l'information, si les budgets informatiques et SI vont être fortement contraints en 2009, je suis convaincu que c’est bien dans les périodes de crise qu’il faut faire avancer le débat de façon décapante pour rompre définitivement avec les idées du passé.

Le moment est venu de tourner la page qui s’est ouverte au début des années cinquante avec le développement de l’informatisation des entreprises.Aujourd'hui l'informatique d'entreprise doit se repenser grâce aux acquis du web. Depuis quinze ans, internet et le web se sont imposés par leur efficcaité et leur universalité à 1,5 milliard d'utilisateurs dans le monde. Mais ils restent encore aux portes de l'entreprise, qui s'appuient encore pour l'essentiel de leurs fonctions sur des outils conçus avant le web. L'alignement business passe aujourd'hui par un alignement des techniques informatiques professionnelles sur celles de l'internet et du web.

En effet, parler d’alignement business, c’est encore distinguer le piano du tabouret.  Faut-il rapprocher le tabouret IT du piano « business » ? Bien sûr ! Mais se pose-t-on encore la question pour les fonctions finances, achats, ressources humaines, logistique ? Car la question fondamentale me semble devoir être posée en termes plus radicaux  : doit-il  encore exister un « tabouret IT », qui se révèle n'être souvent d'ailleurs qu'un strapontin, dans les entreprises?

On ne peut pas répondre à cette question  sans revenir aux sources historiques du développement de la fonction informatique dans les entreprises.

Quand l’informatique était un objet rare, cher, complexe, il était indispensable de déléguer à une équipe de spécialistes internes le choix des solutions techniques tant les décisions impliquaient une connaissance intime des offres techniques, des fournisseurs et des risques. Quelques très rares dirigeants d’entreprise, président et directeurs métiers, pouvaient eux-mêmes comprendre la nature des enjeux et des décisions à prendre. Le directeur informatique ne pouvait être qu’un spécialiste doté d’une solide culture technique, orthogonale à la culture de l’entreprise qui l’employait, dirigeant une équipe de spécialistes eux-mêmes très loin des métiers de l’entreprise. Ces hommes de talent ont construit une culture propre, fondée sur le culte de l’effort forgée dans les longues nuits héroïques pour résoudre les problèmes causés par des techniques fragiles ou les changements de version. A leur corps défendant, cet effort de découverte et de domestication de l’informatique pionnière les éloignaient des rythmes, langages, problèmes du reste de leur entreprise, créant un véritable isolement culturel qui s’est accentué avec l’émergence du PC, des réseaux et bien sûr de l’internet, autant de techniques qui ont été, au moins dans leur phase initiale,  plus combattues par les informaticiens professionnels que soutenues. N'oublions pas qu'ils ont préféré l'IBM PC, plus proche de l'informatique classique, au Macintosh trop fermé mais tellement apprécié par les utilisateurs.

Ce système a construit, années après années, des silos, étanches et complexes à l’intérieur de chaque entreprise et bien entendu entre entreprises. Les notions d'urbanisation et d'architecture n'étaient pas maîtrisées. Les choix techniques changeaient entre chaque génération de système, faute de norme, ou même standard, technique. Ce manque de cohérence native obligeait les informaticiens à construire des ponts et interfaces entre systèmes pour donner une cohérence acceptable à l'utilisateur final. Cette inexorable progression de la complexité a rendu l'informatique professionnelle de moins en moins agile, de plus en plus coûteuse, et fragilisé ce savant assemblage d'outils et de techniques érigé au fil du temps.

Pendant que le monde des professionnels de l'informatique s'enlisait dans sa complexité, sans parvenir à améliorer  significativement les performances des projets et sans gagner la confiance des dirigeants, qui malgré les efforts de transparence et la rigueur de la gouvernance des SI persistent à ne voir dans "leur" informatique qu'un centre de coût, se répandait à grande vitesse l'usage de l'internet dans toutes les couches de la société et dans tous les pays.

En quinze ans le monde a basculé et l’informatique s’est dissoute dans les usages, sauf dans le monde des entreprises. Les pionniers sont devenus conservateurs des systèmes anciens, qu’ils estiment être les seuls capables de comprendre. Ils se sont érigés en gardiens du temple de l'informatique d'autrefois pour, à leurs yeux, mille bonnes raisons : les exigences de fiabilité, la sécurité, la confidentialité des données, la valeur du patrimoine applicatif, les habitudes des utilisateurs... Ils n'ont pas vu venir la génération des natifs numériques, naturellement connectés en réseaux, naturellement ouverts sur les innovations. Ils n'ont surtout pas compris que la fiabilité et la rigueur se trouvaient désormais chez les grands acteurs de l'internet capables de gérer des centaines de millions de boîtes aux lettres, de retrouver une information enfouie au milieu de centaines de téra-octets en une fraction de seconde, de gérer des documents complexes sans les... perdre, et surtout de proposer aux entreprises des performances qu'ils n'étaient, eux, les garants de l'orthodoxie de l'informatique, plus capables de fournir dans des condtions technqiues et économiques satisfaisantes.

Et la fracture entre l'informatique dite professionnelle et celle née et choisie par le grand public s'est ouverte de plus en plus largement...

La problématique de l'alignement business a changé de visage. Proposer aux entreprises des systèmes flexibles, rapides à mettre en place, pour des prix largement inférieurs, n'est plus un rêve ni une publicité mensongère. Il est désormais possible de déployer des outils modernes et efficaces dans tous les segments du système d'information, dans une échelle de temps inférieure de moitié pour les sujets les plus complexes par rapport aux solutions traditionnelles. Dans certains cas, l'utilisation des outils du web, comme les moteurs de recherche, changent radicalement les échelles de temps et de coût...

 Aujourd'hui, il faut remettre les principes en cause, rouvrir les vieux dossiers, comme les méthodes, la gestion de projet, la distinction maîtrise d'oeuvre maîtrise d'ouvrage, repenser l'informatique pour en faire un outil indissociable du business comme pour Amazon ou eBay. Pourquoi encore séparer les plateformes techniques, les applications et les données ?

Pour ma part je considère que la plupart des applications peuvent désormais se confondre avec l’infrastructure. Les grands systèmes transactionnels ne sont plus des facteurs de compétitivité ou même de productivité. Ils sont indispensables pour piloter la production, gérer les commandes et factures, construire la comptabilité, payer les fournisseurs et le personne. Oracle ou SAP, le résultat sera peu différent. Il faut enfouir les grands systèmes transactionnels, qui sont l'acquis des trente glorieuses de l'informatique, dans une nouvelle conception des couches d'infrastructure.

Changer aujourd’hui, c’est vraiment banaliser et industrialiser ces couches applicatives de base. Le bon moyen est de les externaliser en les confiant avec exigence aux entreprises professionnelles comme on demande à EDF de fabriquer son courant.

Renoncer à ce que l’on sait bien faire c’est progresser pour consacrer du temps, de la réflexion aux nouveaux usages. Ils sont innombrables, mais délaissés.

Développer la communication entre les équipes internes, celles des fournisseurs et le client final, créer du sens, inventer de nouveaux produits, de nouveaux services, de nouveaux usages, explorer de nouveaux territoires cognitifs sont les défis auxquels doivent s'attaquer ensemble les acteurs des métiers et les architectes des solutions. L'alignement business prend tout son sens dés lors qu'il s'agit de créer les "formes" que seules les technologies de l'information permettent d'imaginer et de réaliser. Il n'y aura plus dès lors deux équipes face à face, celle du "métier" et celle de "l'informatique", mais une seule entité unie par l'innovation.

Résoudre par les systèmes d'information les problèmes de l'environnement et de l'énergie, de la santé, de l'éducation, en inventant les produits marchands comme non marchands de demain me paraît être une tâche plus exaltante pour les jeunes informaticiens que de raccommoder les vieilles chaînes COBOL. Le travail ne manque pas. Ne soyons surtout pas malthusiens !

Certes, ce travail de mutation prendra du temps. Mais il faut l'engager dès maintenant en rompant avec les habitudes confortables de "plus de la même chose". L'époque, dure, s'y prête. Oublions les dogmes, réenchantons l'informatique pour en faire un très bel outil de sortie de crise.

18 mars 2008

Innover au quotidien

Les réflexions sur la création d’un ministère chargé de l’internet et des nouvelles technologies viennent de connaître une conclusion provisoire par l’extension à l’économie numérique des responsabilités du secrétaire d’Etat à la prospective et aux politiques publiques, Eric Besson. Le débat reste ouvert sur les attributions et missions de ce nouveau ministre.
Il est clair que l’économie numérique n’a rien de prospectif puisque nous sommes, et depuis plusieurs années, totalement immergés dans une économie mondiale de la connaissance numérisée… Il est temps de s’en rendre compte et de cesser de considérer qu’il y a là un sujet de prospective. Comme je l’écris souvent, au risque de me répéter, les technologies ne sont nouvelles que pour ceux qui ne les utilisent pas… Néanmoins, il faut aussi reconnaître que la transformation induite par les technologies de l'information ne fait que commencer tant les conséquences culturelles, économiques, sociales sont intenses.

La question demeure bien celle de la croissance, qui seule crée des emplois et de la richesse, et ceci désormais dans un monde fini dont a compris que les ressources dites naturelles n’étaient pas illimitées et nécessitaient une utilisation plus économe et plus rationnelle. Dans Le Monde du 19 mars, Jacques Attali revient sur la nécessité de mettre en œuvre les propositions du rapport sur la Commission pour la libération de la croissance française dont il a animé la rédaction. Il a raison de persister car il serait regrettable d’enterrer ce rapport qui contient de nombreuses pistes de transformation, que toutefois une certaine arrogance a pu rendre encore plus indigestes pour ceux qui depuis le rapport Rueff-Armand de 1959 continuent à exploiter de confortables « rentes » monopolistiques.

Il se propose, dans cet article, de regrouper en trois blocs plus consensuels, ce qui les affadit toutefois, l’essentiel de ses propositions.
« 1. La France a les moyens de profiter de la mondialisation, en se focalisant sur l'économie de la connaissance et sur l'ensemble des secteurs qui y concourent, de la maternelle aux laboratoires, des petites entreprises au numérique et aux biotechnologies.
2. Pour que chacun en profite, il faut accroître les mobilités sociales, professionnelles, économiques et géographiques et sécuriser, par une négociation beaucoup plus approfondie entre les partenaires sociaux, ceux qui pourraient avoir à y perdre : chômeurs, jeunes, femmes, petits commerçants, fournisseurs indépendants, minorités diverses.
3. Pour que la société avance d'un même pas, il faut enfin revoir radicalement l'organisation des institutions publiques, de l'Etat à la commune, du département à l'hôpital, de la chambre de commerce à l'office d'HLM : même si cela semble parfois le moins urgent à ceux qui sont les premiers concernés... »

Sous cette forme, les oppositions devraient se calmer et le débat s'instaurer sans invective. Depuis cinquante ans, les rapports se multiplient, les bonnes idées fusent dans les dîners en ville – et maintenant sur les blogs :-) - sans que la France ne saisisse pleinement les avantages, dans une première étape, du marché commun, puis maintenant de la mondialisation. Ces blocages subsistent alors qu’il n’y a aucune fatalité à condamner ce pays à devenir la Venise du XXIe sicèle alors même que la qualité de vie et le sens de l’innovation n’y sont pas incompatibles. Comment faire sans sombrer dans la mélancolie et le passéisme, sans tout attendre de l’Etat, sans continuer à râler contre la vie chère et les petites retraites ?

Chacun peut et doit contribuer au changement par une lecture positive de l’innovation, dans la vie quotidienne, au travail, dans les systèmes publics – éducation, santé, sécurité – et par un désir immense et inassouvi d’apprendre. Transformer sa capacité d’indignation en proposition d’action recommence chaque matin !

1/ Il nous faut combler le vide abyssal qui existe entre les très petites entreprises, un million, fragiles et peu créatrices d'emploi et d'innovations faute de taille critique et d'exposition au marché mondial, et les grandes du CAC 40 qui ont, et c'est bien ainsi, un destin mondial qui ne peut pas faire du territoire français une base d'emplois durables. Comment créer des entreprises de 200 à 500/1000 personnes, innovantes, compétitives et créatrices d'emploi ? 63 des 100 plus grandes entreprises aux USA ont moins de 30 ans, contre aucune en France. Or on ne "naît" pas avec 500 salariés... Il faut croître à partir d’une petite structure, vulnérable dans les premières années, et/ou scinder les grandes entités en sous-ensemble dynamiques. Ainsi EDF, ou Saint-Gobain pourraient parfaitement essaimer dans le secteur des énergies nouvelles pour croître. La création d'entreprise reste donc un premier objectif incontournable de toute politiques publique, mais aussi de tout acteur responsable.

2/ Il faut arrêter de penser que l'innovation est l'apanage des "grands", laboratoires des grandes entreprises, organismes publics comme  le CNRS, l'INRIA, l'INSERM... Il y a une intelligence de marché qui doit être développée quelque soit la taille. L'innovation vient de l'usage comme des percées scientifiques. La cocotte minute de SEB (aujourd'hui la friteuse sans huile !) est aussi importante pour la vie quotidienne que le pneu radial ou le vaccin contre le SIDA. L’innovation est un processus complexe, itératif et l'histoire des techniques démontre que RIEN ne se passe comme prévu ! C'est bien l'écoute du marché qui fait la différence, et cela passe par des entrepreneurs avisés qui comprennent les signaux faibles, prennent et acceptent les risques, et sont équitablement rémunérés ! Ces entrepreneurs doivent travailler en réseaux, jouant de leurs complémentarités pour construire une offre imaginative. L'émergence des réseaux sociaux est un catalyseur de cette transformation de l'entreprise "citadelle" en entreprise archipel.
Il faut clairement pour cela encourager l'investissement par l'incitation a priori et la fiscalité a posteriori. Les pôles de compétitivité pourraient être, par exemple, un cadre pertinent pour rassembler tous les acteurs dans une dynamique collective ( les fameux "cluster") , dès lors qu'il s'agit de construire ensemble sans se borner à demander... des subventions publiques.

3/ Il faut alléger le coût des "frais généraux collectifs" en utilisant le reflux naturel des personnels publics grâce à la démographie pour changer en profondeur les processus de back office ... simplifier, rationaliser, automatiser et mettre tous les services publics, comme toute la connaissance publique, gratuitement, sur internet ! La décentralisation a conduit à accroître le nombre d'emplois publics d’un million et à multiplier les structures physiques. L’empilage des collectivités multiplie les niveaux de décision, les compromis de court terme, encourage le manque de courage et donc dilue la portée d'une gouvernance de proximité ! Il faut donc simplifier et apporter tous les services publics sur l’écran d’ordinateur ou le téléphone portable 24 heures sur 24.

4/ Enfin, il faut arrêter de raisonner à la mode 35 heures ou heures supplémentaires, mesures qui traduisent encore l ‘idée malthusienne que le travail est une quantité finie qu’il suffit de répartir. Or dans l’économie de la connaissance, la matière grise est une matière première infiniment renouvelable et dont l’activité s’exerce sans interruption même en dehors des heures légales.

Les métiers et produits de demain n'existent pas. Ce n'est que par une formation robuste, diversifiée, ouverte à la créativité et au travail de groupe, que l'on préparera les acteurs de demain à détecter, amplifier et généraliser les produits et usages nouveaux qui permettront de créer les emplois futurs...

L'innovation est d'abord dans les têtes avant d'être sur les marchés.

14 janvier 2008

De l'innovation en informatique

En rangeant mon disque dur, exercice passionnant qui permet d'exhumer quelques vieux textes patinés par le temps, j'ai trouvé cette réflexion qui date du début de 2004 et a été publiée dans la défunte revue "L'informatique professionnelle" . Je ne résiste pas au plaisir de la jeter en pâture au lecteur en ce début d'année pur nous rendre plus lucides sur l'innovation, mais aussi plus exigeants.

"Il y a encore quelques temps, il aurait pu paraître curieux, voire même provocateur, de s’interroger sur les relations entre informatique et innovation tant l’informatique a longtemps été porteuse dans la représentation collective d’une image sans tache de modernité et de progrès. Il y a en effet très peu de secteurs économiques qui peuvent s’enorgueillir de repousser sans cesse depuis si longtemps leurs limites technologiques, à l’image de l’emblématique loi de Moore, et de célébrer avec tant d’éclat leurs performances. Depuis un siècle, et surtout depuis les années cinquante, tout réussit à l’informatique, propulsée par quatre puissantes vagues d’innovation matérielles et logicielles. Dans les années soixante IBM et le BUNCH inventent les ordinateurs centraux, puis au début des années soixante dix DEC lance les ordinateurs départementaux. En quatre vingt apparaît le révolutionnaire micro-ordinateur, vite relié en réseau, puis connecté mondialement grâce au web en 1993. Mais après la frénésie d’investissements justifiés par le passage de l’an 2000 et l’éclatement de la bulle le monde informatique semble patiner. L’informatique serait-elle en panne d’inspiration ? Aurait-elle perdu son aura et sa magie ?

Pour qui sonne(ra) le glas ?

Industrie écologiquement bien pensante, composée de personnel qualifié, à l’image moderniste, l’informatique n’a guère suscité de rejet, tout au plus de l’indifférence. Le marketing et les relations publiques de l’industrie de l’informatique et des télécommunications se sont chargés d’entretenir la flamme et se sont toujours révélés prodigieusement efficaces pour focaliser l’attention sur les nouvelles prouesses de leurs produits. Toutefois, l’industrie informatique traverse une crise de désenchantement qui amène tous les acteurs à s’interroger sur les perspectives réelles de cette industrie. Et tout porte à croire que ce n’est pas une baisse de forme passagère. L’article de Nicolas Carr paru en mai 2003 dans la Harvard Business Review, « IT doesn’t matter », a sonné bruyamment la première charge contre l’informatique toute puissante, ouvrant une brèche dans laquelle se sont engouffrés tous ceux que l’arrogance de l’informatique a pu agacer et qui finalement se sont révélés plus nombreux que prévu ! La question, nouvelle, est désormais posée : l’industrie informatique va-t-elle définitivement se banaliser et rejoindre dans l’anonymat de la routine quotidienne d’autres industries stars qui, en leur temps, ont révolutionné notre appréhension du monde avant de succomber à la fatalité de la courbe en S ? Ou bien va-t-elle continuer son essor vers de nouvelles perspectives de transformation en se réinventant grâce à une nouvelle alchimie composée de rêve, de réussite économique et d’appropriation collective ? Qui pourrait gagner, qui pourrait perdre, parmi les acteurs de l’écosystème informatique : éditeurs, consultants, intégrateurs, fabricants de matériel, sociétés de télécommunications, informaticiens d’entreprise, direction des systèmes d’information d’entreprises ? A quelles évolutions de la localisation des compétences va-t-on assister ?

De l’innovation

L’innovation technologique ne provient pas d’un monde extérieur désincarné en percutant nos sociétés telle une météorite. Les innovations naissent au sein de nos sociétés et sont le fruit de l’interaction dynamique de trois vecteurs : les hommes qui les imaginent, les conçoivent, les réalisent, les structures qui les financent et les propagent, les utilisateurs qui s’en emparent et se les approprient. Elle s’inscrit dans une logique sociétale où s’arbitrent en permanence ce qui est techniquement possible et ce qui est socialement accepté. C’est à travers cette mécanique complexe d’acteurs que, dans le temps et dans l’espace, se joue le sort des innovations technologiques.

La production d’innovation vient enrichir le stock de ce qui est utilisable, alors que les logiques économiques, l’acceptabilité sociale et la capacité d’apprentissage font un tri pour choisir ce qui est utilisé, et en définitive c’est l’usage qui finit par consacrer ce qui est vraiment utile.

Le déplacement des vagues de l’innovation se fait ainsi à partir du cœur de la recherche scientifique, dont les recherches sont transformées par la maîtrise industrielle, vers la périphérie de l’usage. Plus une technologie est adoptée, plus elle se dissout dans la banalisation qui a fait son succès et perd son aura. C’est ce qui se passe avec l’informatique. Le modèle de Von Neuman qui a formalisé la structure de base de l’informatique et permis l’essor de cette industrie n’a pas changé. Mais qui sait qu’une calculette à 2 euros ou un téléphone portable sont des ordinateurs. Même les grands ordinateurs scientifiques ont laissé la place à des fermes de serveurs banalisés. Qui s’en soucie désormais dès lors que la rareté a disparu ? Des produits souvent banals intègrent des technologies sophistiquées, un des meilleurs exemples étant le DVD, réussite de l’intégration de l’optique, de l’électronique et des algorithmes de compression de l’information. Dans cet exemple l‘adoption rapide du service rendu a fait baisser les prix au point où un lecteur DVD est aujourd’hui vendu le prix de deux disques DVD !

Ce qui fait de l’informatique un objet désormais banal est précisément ce qui a fait son succès : accélération de la vitesse, augmentation de la fiabilité, miniaturisation, autonomie en énergie croissante, facilité d’accès grâce à des logiciels de plus en plus simples – le navigateur web est devenu l’outil universel d’accès – mobilité et interopérabilité et surtout baisse des prix. Non seulement les outils sont plus performants, mais l’utilisation de l’informatique se répand dans tous les secteurs de l’activité, des plus classiques comme le commerce de détail aux plus sophistiqués comme la chirurgie ou les bio-technologies. Ce mouvement se poursuivra. Ceci signifie nullement la fin de l’histoire informatique car il se prépare bien sûr dans les laboratoires d’autres innovations qui vont permettre d’élargir l’usage en enrichissant les contenus et rendant encore attractifs les contenants. Mais l’addition de techniques ne suffit plus à alimenter le mythe quand la magie est dissipée.

La banalisation démocratique

Au milieu du XIXéme siècle, l’électricité statique était une attraction de foire. Comme le cinéma. Puis ces prouesses individuelles ont donné naissance à de puissantes industries qui ont mis quelques décennies à trouver leur taille adulte. L’exposition universelle de Paris en 1881 consacrait le statut industriel de l’électricité, mais l’électrification de la France a pris des décennies. Un immeuble sur trois seulement était électrifié à Paris dans les quartiers riches, en 1914, mais seulement un sur vingt dans les quartiers populaires. La photographie a mis des décennies pour sortir du domaine de la découverte et se démocratiser. Il est paradoxal que la numérisation rattrape pour la déstabiliser une firme aussi robuste que Kodak qui avait innové en contribuant à rendre la photographie facile et populaire dès 1900 avec ses célèbres appareils Brownie à 1$.
L’informatique, elle, est née adulte et mondiale, sérieuse et coûteuse. Elle ne s’adressait qu’aux grandes entreprises et aux puissantes organisations publiques. Et même si la mise au point de cette technique s’est révélée complexe et coûteuse, tout allait bien pour la poignée de spécialistes qui en avaient la charge. Au grand dam de ces experts, l’informatique a commencé à quitter le champ des grandes organisations pour percer dans le grand public avec le micro-ordinateur et c’est la généralisation de la micro-informatique propulsée par le Web qui en quelques années lui a donné le statut d’industrie de masse désacralisée. Il y a désormais un milliard de micro-ordinateurs dans le monde. En quatre ans, un tiers des 22 millions d’internautes français se sont connectés au web par des lignes à haut débit ADSL usage qui était absolument inimaginable pour les informaticiens d’entreprise… comme pour les sociétés de télécommunications.

Depuis lors, cette industrie portée à célébrer le culte de la technologie assiste à sa propre banalisation. Qui se soucie désormais de la puissance de son micro-ordinateur ? Le langage codé des systèmes d’exploitation, des gigabytes et des méga-octets ne fait plus recette. De plus cette transformation ne se limite plus au grand public, mais concerne aussi maintenant les infrastructures des grandes entreprises. Il n’est plus nécessaire de posséder avec fierté ses grands ordinateurs, car la banalisation, appelée ici « utility computing », - fiabilisation, puissance et économie d’usage - concerne aussi les composants centraux des systèmes d’information des entreprises. Certes la technicité y demeure forte, le poids de l’héritage applicatif est encore lourd, mais les méthodes et les outils industriels mis au point au cours des dernières années permettent de gérer l’énergie informatique de façon industrielle. Cette révolution s’est faite en quelques années et brutalement l’industrie informatique a accédée à la maturité, c’est à dire à la baisse des prix et donc des profits. Ce qui compte désormais c’est l’usage, pour tous, de la puissance, de la fiabilité, de la bande passante et de l’ergonomie. La discrimination dans les choix se fait désormais plus sur des critères consuméristes que sur les performances techniques intrinsèques.

Les télécommunications en panne ?

L’histoire récente du téléphone préfigure assez largement le sort de l’informatique, au moins dans ses couches d’infrastructure. L’ère du 22 à Asnières est définitivement révolue dans nos pays. Tous les habitants des pays développés utilisent un téléphone même s’il ne faut pas oublier que près de deux habitants de la planète sur trois ne passeront jamais de coup de téléphone de leur vie. Ce qui laisse un bel avenir à l’industrie du mobile qui relègue les vieilles dames du fixe au statut d’icônes préhistoriques, devenues des mamies Bell. Le téléphone vocal a longtemps été une machine magique, un objet de désir. Aujourd’hui ce n’est qu’un objet banal qu’on jette rapidement au gré des modes. La grande force de l’industrie du mobile est de se renouveler par l’usage, certains futiles comme le téléchargement des fonds d’écran ou des sonneries, mais aussi par de vraies trouvailles sociologiques comme le SMS et peut-être l’image. Mais c’est une industrie sous pression des coûts, avec des marges laminées et une concurrence féroce entre les grands anciens comme Motorola ou Nokia et les nouveaux venus agressifs comme Samsung et LG avant que n’entrent en scène à grande échelle les producteurs chinois.

La convergence

Depuis plusieurs années, l’utilisation de composants et de logiciels informatiques dans les appareils électroniques conduisait à prédire la convergence des industries informatiques et des industries électroniques. De fait, la numérisation des informations conduit à ce rapprochement sans toutefois que les deux familles industrielles se confondent, chacune conservant son indépendance. Cette hésitation semble révolue, la convergence gagne du terrain à travers des industries comme celle des écrans plats qui servent aussi bien l’informatique que la télévision, ou la numérisation complète des supports audio et vidéo. Dès lors les fournisseurs informatiques n’ont pas de difficulté à franchir le pas pour investir le domaine des écrans de télévision que les grands fabricants d’ordinateur commencent à attaquer. L’industrie du disque, autant support physique que contenu, vit cette transformation dans la douleur, alors que les acteurs de l’informatique excellent, comme Apple, dans la captation de ce marché de la musique numérique à consommer plutôt qu’à posséder.

Nouveau produit cherche service

Les revues et séminaires informatiques bruissent des innovations qui vont à nouveau faire faire un bond en avant à l’industrie. La question se pose de savoir si ces innovations vont générer de nouveaux usages attractifs, justifiant ces nouveaux investissements, ou simplement entretenir le renouvellement du parc applicatif et des infrastructures. Car pour les utilisateurs professionnels il faut des motifs sérieux pour investir dans des techniques nouvelles plus perturbatrices que génératrices de gains.
Le champ majeur de développement restera la poursuite de la numérisation complète des informations et donc des processus de création, d’industrialisation, de commercialisation et d’échanges entre acteurs économiques. Autour d’Internet, se développeront les échanges entre les acteurs des mêmes écosystèmes pour créer de vastes entreprises étendues, comme se développera entre les personnes d’une même entreprise, d’une même communauté d’intérêt un tissu de relations économiques, culturelle et sociales. Les usages collectifs d’Internet sont encore limités par l’insuffisant équipement des ménages et les difficultés d’apprentissage, obstacle qui se diluera dans les jeunes générations du « chat » et de Kazaa.
La mobilité des personnes et des objets est un vecteur majeur d’innovation annoncée. L’utilisation de la voix sur IP, qui n’en fait qu’un cas particulier de flux de données, à travers un micro-ordinateur connecté en Wi Fi semble ouvrir une ère nouvelle de connectivité, l’extension des capacités du WI-FI vers le WIMAX (802.16) d’une portée de 50 km à 70 M bit/sec et l’UWB(ultra wide band) pour les courtes distances compromettant même les chances, déjà fragiles, de l’UMTS au moins dans les zones denses. Les étiquettes électroniques ( RFID : radio frequency identification) vont permettre de relier les objets, sans contact, aux systèmes d’information de façon plus facile et généralisable que les étiquettes à code à barres, fluidifiant la chaîne d’approvisionnement.
Enfin l’informatique continuera à repousser les limites de la modélisation dans les applications de santé, de bio-technologie, dans le développement industriel, dans la compréhension de la matière et de l’univers.
Ces nouveaux produits enrichiront les services existants dans une société plus avide de connaissance et de rapidité. Elles pourront continuer à laisser au bord de la route tous les exclus de la société numérique, ou, peut-on espérer, contribuer à leur réintégration dans la société tout court.

La course off shore

Si l’innovation dans les couches techniques va graduellement enrichir ce qui est possible, c’est par la capacité de mettre en œuvre ces outils par des logiciels appropriés que les changements se concrétiseront dans les processus métier. Les logiciels représentent donc la voie royale du changement. Il reste que la production de code applicatif demeure une activité consommatrice de ressources pour les éditeurs dont c’est le métier mais aussi pour beaucoup d’entreprises utilisatrices qui doivent gérer la transformation de leur parc applicatif. Le cœur applicatif des grandes entreprises est en effet composé d’applications anciennes mêlées de façon souvent inextricable, sans urbanisme d’ensemble, sans cohérence technique. Ces couches historiques sont coûteuses en entretien technique et en modifications, parfois simplement pour des raisons légales et sans création de valeur. Toute insertion d’innovation perturbe l’équilibre souvent instable des applications antérieures, et coûte cher en création d’interfaces nouvelles..
Pour accomplir les tâches informatiques répétitives de maintenance ou de conversion de codes anciens, les entreprises ont engagé la recherche de solutions plus économiques que l’emploi de techniciens et de cadres de pays développés. Elles se sont orientés en premier lieu vers l’industrialisation et l’automatisation des tâches de réalisation de logiciels. Ces méthodes et outils ont toutefois trouvé leurs limites dans les technologies classiques, mais, de plus, les innovations confortables pour les utilisateurs, comme les interfaces web, se sont révélés contre-productives pour les développeurs. Puis dans une deuxième étape, les « producteurs » de code ont cherché des solutions moins onéreuses en coût de main d’œuvre dans des pays aux salaires plus compétitifs.
Ce mouvement vers l’externalisation off-shore a commencé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne au début des années quatre-vingt dix. L’exploitation des ressources informatiques mondiales trouve son origine dans la même démarche économique que pour les métiers industriels. Elle a été beaucoup plus rapide dans les pays anglo-saxons qu’ailleurs pour des raisons culturelles, linguistiques, légales. Ceci a clairement favorisé l’essor de l’Inde dans ce secteur. Mais le problème n’est pas seulement économique. Les firmes indiennes ont développé une compétence rare dans la gestion des processus, sont devenus champions du niveau 5 du CMMI, et vont sans aucun doute étendre leurs compétences vers la gestion complète de processus. S’il s’agissait de simplement trouver une main d’œuvre meilleure marché, bien que formée, pour « faire du code », l’Inde se verrait elle-même dépassée par des pays plus compétitifs, comme les Philippines. Mais l’Inde est en train de construire une véritable usine informatique puissante qui sert tous les acteurs mondiaux de l’informatique et pose un énorme défi aux Etats-Unis, qui risquent de perdre des centaines de milliers d’emplois en informatique, ce qui devient un problème politique majeur aux USA.

La course off-shore se joue non seulement sur les coûts mais désormais de plus en plus sur l’expertise. C’est un défi considérable pour les pays développés qui se croyaient mieux protégés dans les métiers de la « manipulation de symboles » que dans ceux utilisant la seule main d’œuvre.


Le monde de l’informatique et des informaticiens est instable. Si l’innovation ne gagne pas les couches les plus importantes de la population, dans les entreprises comme dans la société, pour s’intégrer de façon harmonieuse dans les pratiques courantes de la vie, l’informatique n’aura pas remplie sa mission de transformation. Si elle réussit, elle perdra en grande partie son identité. Les informaticiens ont cette redoutable charge de transformer une formidable réussite collective en banalisation de leur métier tout en conservant leur professionnalisme et leur rigueur. "

Un peu moins de quatre années plus tard, le diagnostic n'a pas changé. Nous avons certes de nouveaux outils, plus beaux, plus performants, mais la créativité dans l'usage, surtout professionnel, reste en panne. Le monde du bureau peut sans craindre de pertes de performance continuer à fonctionner avec des outils anciens... Nous attendons vraiment la "killer app", celle qui va donner un vrai coup de vieux à nos applications. Il faut pour cela balayer les inhibitions, exploiter pleinement internet changer le management pour donner aux acteurs de terrain plus de pouvoir, et faire confiance aux outils pour rendre compte intelligemment et automatiquement à notre place... Il faut aussi s'engager dans l'internet des objets pour faire - enfin - toutes les choses inutiles à notre place, trouver et classer les courriels, ou les dépenses, mettre de l'ordre dans le disque dur, créer de l'information contextuelle... Il faut vraiment exploiter puissance et bande passante pour nous aider à mieux vivre notre quotidien pour faire des choses vraiment nouvelles, éducation, santé, économie d'énergie, sécurité, mieux vivre... Cela prend du temps !

13 septembre 2007

Les TIC vont-elles guérir la sécurité sociale ?

Comme une épidémie cyclique, le douloureux déficit de la sécurité sociale se rappelle régulièrement à nos bons souvenirs. Les Echos du 5 septembre titrent « Le gouvernement à la recherche de recettes pour la sécurité sociale ». Mais de quelle année s’agit-il ? Cette année, 2007, l’épidémie sera forte, un déficit de 12 milliards d’euros, s’exclame la presse, préparez vos porte-monnaies. Le ministre déclare « si la maîtrise des dépenses et la qualité des soins sont le fil rouge des réformes à venir, il faudra également se pencher sur la question des recettes de l’assurance maladie ». Mais quel ministre ? Ce discours se répète à l'infini, d'année en année et de gouvernement en gouvernement.

N’en doutons pas, l’alerte sera immédiatement suivie des « difficiles-mesures-qui-s’imposent », les experts se penchant sur le malade pour lui administrer une potion qui se résume à une combinaison de quelques molécules bien connues : réduction du montant des remboursements, exclusion de la liste des médicaments remboursés pour manque d’efficacité thérapeutique ( il est assez fascinant de constater qu’on en trouve toujours de nouveaux…), création de seuils, plafonds, talons de toute nature, par jour, par ordonnance, par médecin, par maladie, tout ceci pour éviter le plus douloureux des remèdes, l’augmentation des cotisations.

Et puis, la pilule avalée, non sans quelques hauts le cœur bien dosés des mêmes acteurs indignés sur l'ingérence de l'Etat dans le domaine de la médecine libérale ou sur le nouveau mauvais coup fait à la recherche, malades et producteurs de soins retournent se préparer pour la prochaine attaque du virus.

Depuis vingt-cinq ans se sont succédés pratiquement un plan d’économie de la sécurité sociale par an. La loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie avait l’ambition d’apporter des réponses structurelles. Elle se révèlent insuffisantes même si la création d'un nouveau cadre permet de mieux identifier les problèmes et d'anticiper leurs solutions. Si cette thérapie se révèle ainsi inefficace, il ne faut pas faire mine de s’en étonner. En effet elle ne traite que les symptômes sans pouvoir s’attaquer aux causes. Le déficit le la branche assurance maladie de la sécurité sociale est en effet structurel. Il traduit l’inadaptation historique d’un mécanisme de financement conçu il y a plus de soixante ans dans un contexte socio-économique radicalement différent et d’une demande influencée par l'environnement social et technique qui élève sans cesse son niveau d’exigence qualitative.

Revenons aux bases… En France, depuis 1945, le financement de la branche maladie de la sécurité sociale est assuré par un prélèvement obligatoire sur les personnes et sur les entreprises, établi en pourcentage d’un revenu, salaire ou retraite. Ce n’est pas un impôt au sens technique du terme, mais une cotisation obligatoire à un système d’assurance qui redistribue la totalité de ses ressources, après déduction de charges de gestion, aux assurés. Le principe de solidarité est de répondre aux besoins de chacun, la contribution étant assise en pourcentage des rémunérations. Cette redistribution se fait sur la base de la consommation qui ouvre des « droits à remboursement » d’actes médicaux sur la base d’un barème technique et financier.

Ce système a été certes raffiné depuis ses origines mais répond à la même ambition d’équité en cherchant à établir un équilibre prévisionnel entre deux masses, les recettes et les dépenses, qu’aucun mécanisme automatique de régulation ne relie. En effet le marché dont c’est la fonction habituelle est jugé inopérant en matière de santé. Il s’agit donc d’une régulation administrée par un organisme, la Caisse nationale d’Assurance Maladie, placé sous la tutelle de l’Etat. Or l’offre et la demande cherchent l’une et l’autre à échapper aux tentatives réitérées du « régulateur » de les enserrer dans un cadre contraignant, qualifié dédaigneusement de « maîtrise comptable des dépenses de santé »…

Tous les pays modernes sont confrontés au même problème : comment faire face à la demande de santé en maîtrisant le montant globale de ressources allouées aux réponses à cette demande. S’il y a plusieurs systèmes, il se résument à gérer trois modèles de base : contingentement de la demande et pilotage par le rationnement et les files d’attente (Grande-Bretagne), recours aux assurances privées et exclusion de la protection sociale d’une partie de la population (Etats-Unis), mécanismes de remboursement de dépenses sur la base de régles d’équilbre prévisionnel sans cesse ajustées au coût global dont la France est le modèle.

La demande de santé est par nature illimitée. Elle est alimentée par le désir intense de vivre aussi longtemps que possible et dans un état de santé permettant de profiter pleinement de ces années supplémentaires arrachées à l’issue fatale. Cette demande est amplifiée par une évolution culturelle qui valorise l’état de jeunesse comme étant un état naturel dont on refuse qu’il se dégrade avec l’âge biologique. Or tout bien portant est un malade qui s’ignore. Nietsche disait : « la santé est le degré de maladie qui me permet encore de vaquer à mes affaires les plus importantes ». Le vieillissement de la population, qui est la conséquence directe de l’amélioration des conditions de vie et de la technicité des soins aggrave cette situation, puisque les personnes en âge d’exiger une performance supérieure du système de soins sont de plus en plus nombreuses, de mieux en mieux informées grâce à internet et à une abondante presse spécialisée sur l’existence de solutions à leurs problèmes.

Rien ne peut entraver cette dynamique. Aux Etats-Unis les dépenses de santé sont passées de 5% du PIB en 1950 à 15% en 2006, et devraient atteindre 30% en 2050. En France, elles ont crû de plus de 1% du PIB en dix ans : 9,4 % en 1994, 10,5 % en 2006. Sur plus de 25 ans (1979-2006) on constate une croissance annuelle de 1,3 point supérieure à celle du PIB en moyenne. Les années 90 se caractérisent par une augmentation progressive des dépenses d’assurance maladie et une forte aggravation du déficit entre 2001 et 2003, suite à une reprise de la hausse des dépenses en 1998. La mise en place de la réforme de 2004 a permis d’inverser cette tendance et de réduire ce déficit de près de 6 milliards d’euros sur 2 ans (de fin 2004 à fin 2006). A fin 2005, les dépenses remboursées s’élevaient à 140 milliards d’euros (dont 63 mds € pour les soins de ville), soit une dépense annuelle moyenne par assuré de 2 500 euros (1 000 euros pour les soins de ville). D’après une note de la Caisse nationale d’assurance maladie publiée en juilet 2007, si l’on projette les dépenses d’assurance maladie à l’horizon 2015, sur la base des tendances observées sur la période 1998-2004, on estime qu’elles devraient atteindre 210 milliards d’euros contre 140 milliards actuellement soit une hausse de 50%. Endiguer cette demande sera certainement au dessus des forces des gouvernements.

Du côté de l’offre, la situation est de même nature. Le corps médical qui a été habitué historiquement à retarder en les tempérant es effets de la maladie et de la vieillesse sans pouvoir véritablement s’y opposer, dispose désormais de moyens techniques sérieux pour soigner véritablement. Evidemment, il se sent dans l’obligation de mettre en œuvre pour des raisons éthiques ces moyens sans se préoccuper de leurs coûts. Car le vrai coût de la santé ne réside pas dans le traitement des affections courantes du ressort du généraliste mais dans celui des maladies graves comme le cancer ou les affections cardio-vasculaires et toutes les pathologies liées au vieillissement. Ainsi la technique se déploie essentiellement dans les hôpitaux dont l’opinion publique reconnait l’efficacité et ne souhaite pas vraiment en limiter l’accès, tout en protestant contre le déremboursements des sirops contre la toux… Le choix de privilégier le traitement des affections lourdes comme le cancer ou la maladie d’Alzheimer en demandant une contribution supplémentaire aux patients sous forme de franchise non remboursable sur les boîtes de médicament et sur le transport médical, sujets bien identifiés d’abus, est une option courageuse pour hiérarchiser les priorités de santé publique mais s’insère dans un environnement où, par habitude et par paresse, les dépenses affectées sont noyées dans le fleuve du déficit, ce qui mine sérieusement la crédibilité et le caractère pédagogique de telles mesures .

Les technologies de l’information peuvent contribuer à apporter une réponse durable à ce déséquilibre. Il s’agit de substituer aux mécanismes du marché une logique de rationalisation des décisions fondées sur un partage de l’information et de la connaissance. Cette voie doit permettre comme dans tous les secteurs de l’économie une amélioration de l’efficience du système de santé avec le déploiement de méthodes industrielles, même si le mot peut choquer, de prévention, de détection, de traitement et d’accompagnement, particulièrement dans le domaine coûteux mais au cœur de l’ambition du système de santé, des affections de longue durée ( ALD). Ainsi la collecte d'informations transversales sur une affection particulière sur une cohorte de patients permet d'analyser en profondeur l'efficacité des pratiques et de priviligier les meilleures. Des institutions nouvelles comme la Haute Autorité de Santé, créées en 2004, peuvent ainsi orienter les choix des acteurs sur la base d'une vision systémique et non plus d'observations partielles.

Les voies d’action sont multiples et permettent d’agir dans chacun des systèmes de ce vaste macro-système complexe qu’est l’économie de la santé. Mieux informés et formés, patients et acteurs du système de santé seront conduits à prendre des décisions plus rationnelles et moins ponctuelles. Les outils permettent de travailler dans trois directions : l’amélioration des diagnostics et des traitements par l’utilisation des technologies de diagnostic numérisés, les interventions à distance et la mise en cohérence des actions des différents acteurs.

Les diagnostics plus précoces et mieux ciblées permettront d’éviter les maladies le plus en amont possibles, réduisant les coûts et les risques de traitements tardifs. L’utilisation des technologies de communication permettra aux malades de rester le plus longtemps possible à domicile en étant reliés à un réseau de surveillance, d’alerte et d’intervention, voire même de procéder eux-mêmes sous contrôle à distance à certains soins. Le développement d'un appareillage de proximité, rendu facile à utiliser par la simpliifcation des interfaces, est une piste sérieuse de prévention et d'action, notamment en matière d'intervention pour les accidents cardiaques. Le partage d’information permet de corriger les inégalités de la carte sanitaire en apportant aux malades dans les zones les moins bien équipées en infrastructure des éléments d’information, de diagnostic et de thérapie. La télémédecine offre ainsi des potentiels considérables.

La France a engagé un ambitieux projet, le DMP, dossier médical personnel, dont l’objectif est de permettre à tous les acteurs de la chaîne de santé de partager les données relatives à l’histoire médicale et au parcours de santé d’un patient. Ce vaste projet fédérateur majeur avance lentement en se heurtant à de nombreux obstacles institutionnels, juridiques, comportementaux au sein d’une société qui hésite à trancher entre les intérêts et routines institutionnelles et corporatistes et l’intérêt général. L'enjeu n'est pas seulement technique, même s'il s'agit de gérer des volumes importants d'informations confidentielles en préservant la sécurité et l'éthique. Les freins sont certainement culturels car le DMP entraîne un décloisonnement des pratiques de soins, ouvrant immanquablement au jugement des pairs un champ de pratiques et de comportements soigneusement rendu étanche. Mais ce projet est une pièce centrale de l'édifice de rationalisation du système de soins dont nous avons besoin pour faire face au gigantesques défis du financement de notre santé.

01 juillet 2007

L'ordinaphone

Avec son sens aigu du marketing, Steve Jobs s’est offert le luxe de lancer deux fois son dernier produit phare. D’abord en janvier 2007 lors de son show annuel du MacWorld à San Francisco, puis en dramatisant savamment la date du vendredi 29 juin où le déjà fameux iPhone a enfin été livré aux premiers clients américains au terme d’une mise en scène accomplie qui a vu les passionnés camper plusieurs jours devant les boutiques Apple. Cet art va même jusqu’à mobiliser dès maintenant les media européens, qui n’hésitent pas à en faire leur première page, alors que le lancement de l’iPhone ne sera opéré qu’en fin 2007, au mieux, en Europe. On peut donc penser que cette vague médiatique augure un troisième lancement spectaculaire lors de l’apparition de l’objet sur le marché européen.

Quand Apple lance avec tant d’emphase un nouveau produit, il s’agit de créer un choc afin d’ouvrir un nouveau marché par un produit révolutionnaire. Or l’iPhone arrive sur un marché immense et déjà encombré où se vendent plus d’un milliard d’unités par an. C’est un marché mature dans les pays développés, avec en moyenne près d’un appareil par personne, très concurrentiel et occupé par des marques bien installées et confrontées à une compétition féroce et à des restructurations permanentes. Même Motorola a annoncé 230 millions $ de pertes au premier trimestre 2007 avec des ventes stagnantes ( 45 millions d’unités pour le trimestre) pour sa division mobiles. De plus les caractéristiques fortes de la marque Apple, ergonomie et esthétique, sont déjà bien représentées dans les marques leaders. Technophiles et fashionitas ont assuré le succès du RAZR chez Motorola, mais aussi chez Nokia, le N95, LG avec son Prada ou RIM dont le Blackberry Pearl est déjà un « must ».

En dehors de la « jobsmania » qui rassemble de façon rituelle les fidèles de la marque, qu’est ce qui donne donc à cet « événement produit » un éclat si particulier ?

En premier lieu, il faut admettre que les fonctionnalités de l’iPhone ne sont pas résolument nouvelles. Il s’agit vraiment d’un téléphone classique permettant de satisfaire ce besoin trivial d’échanger oralement avec ses semblables. L’iPhone intègre dans un même boitier élégant cette fonction téléphone –assez basique d’ailleurs dans sa première livraison en 2,5 G- , un appareil photo numérique de 2 Mpixels, définition qui est déjà largement répandue et dépassée, et un iPod, appareil qui a donné à la musique numérique son essor mondial, en se vendant à plus de 100 millions d’exemplaires en cinq ans. Mais le marché du téléphone représente des volumes encore plus considérables. Le modèle fétiche de Motorola, le Razr, n’a mis que 18 mois pour atteindre 100 millions de ventes. Steve Jobs a donné à son nouveau né des ambitions modestes, 10 millions d’exemplaires d’ici fin 2008, dégageant une forte marge pour un prix de vente de 499 à 599 $, mais ne représentant qu’un pour cent du marché mondial. Malgré la fascination pour la marque, les risques de déconvenue sont forts face à cette machine coûteuse, liée exclusivement à l’opérateur AT&T avec des contrats de deux ans au prix élevé de 60 à 100 $ par mois. De plus le marché téléphonique est largement dominé par les opérateurs qui ne font pas vraiment de cadeaux aux fabricants de matériel, surtout Apple qui domine déjà le marché de la musique en ligne. Les opérateurs ne semblent pas accueillir avec enthousiasme ce nouveau venu ambitieux qu’est Apple qui contrarie leurs ambitions comme Orange avec son portail Orange World, mais les faits sont têtus et il faudra bien négocier.

La vraie originalité de l’iPhone ne réside pas vraiment dans les fonctions classiques, mais dans la présentation de l’appareil, son ergonomie et l’intégration des fonctions pour lesquelles la marque dispose d’un savoir-faire incomparable. C’est un boitier de 11 mm d’épaisseur, doté d’un large écran tactile de 9cm, sans touche ni bouton, mais avec un clavier virtuel. On navigue avec le doigt entre les fonctions, comme le montrent à l’envi les vidéos de publicité diffusées sur le net. Et derrière cette ergonomie, protégée par de multiples brevets, 200 dit-on, tourne le système d’exploitation de la famille des ordinateurs Apple, Mac OS X. Et c’est véritablement là que la révolution se dissimule. La plupart des téléphones utilisent un logiciel spécifique, lointain héritier des défunts Psion, désormais produit par la société Symbian, ou une version de Windows de Microsoft, Windows mobile, que Microsoft a eu beaucoup de difficulté à imposer sur le marché de la mobilité. Avec Mac OS, l’iPhone est en fait un ordinateur complet qui remplit toutes les fonctions habituelles attendues de ce type de machine. Il permet notamment d’utiliser naturellement Internet avec son navigateur Safari intégré et WiFi.

Or c’est l’usage d’internet qui représente la véritable déclencheur d’un changement dans le marché de la téléphonie mobile comme outil de substitution à l’ordinateur. C’est une fonction qui reste difficile à mettre en œuvre malgré les efforts pour en faciliter l’accès, comme dans Yahoo Go ! Or les chiffres du marché montrent que la population mondiale qui a acheté en 2006 1 milliard de téléphones mobiles contre 250 milllions de PC, dont 70 millions de portables, a de fait élu le téléphone portable comme support de communication favori. Toutefois, cet appareil serte encore essentiellement à … téléphoner, mais aussi à échanger du texte sous forme de SMS, les usages web étant encore peu adoptés par le grand public. Il reste à en améliorer les performances ergonomiques pour en faire un outil universel permettant de communiquer par messagerie ou par la voix, de produire et échanger textes, images et données sans être limité, comme avec un PC, par le poids, l’encombrement et les contraintes d’usage, comme le temps de démarrage. ABC, "always best connected", cet outil doit ausis permettre de s'affranchir des fastidieuses procédures de connection pour être relié sans limitation aux réseaux les mieux appropriés.

Et si, au-delà de son aspect mode destiné aux « early adopters » technophiles et aisés, l’iPhone n’était que le prototype de « l’ordinaphone », objet de synthèse multi-usages dont nous rêvons tous après avoir tout essayé sans vraiment trouver une satisfaction complète depuis une décennie ? On parle déjà d'un iPhone 2, avec GPS, Wimax, capacité de connection de proximité ( NFC) pour actionner des automates et payer... Vous en rêviez, Steve va le faire sans aucun doute si au-delà des 500000 iPhones écoulés en un week-end le succès s'installe durablement !

03 mai 2006

Promesses et réalités de la réalité virtuelle

Les huitièmes rencontres internationales de la réalité virtuelle viennent de se clore à Laval (Mayenne) par deux journées consacrées au grand public, les 29 et 30 avril. Il faut dire que les démonstrations qui y étaient présentées sont attirantes, spectaculaires et souvent poétiques. L’imagination exploite les potentialités de la technique pour offrir de vrais spectacles et animations susceptibles d’attirer le plus grand nombre. Ce colloque qui rassemble chaque année un nombre de plus en plus élevé d’exposants, de conférenciers et d’étudiants rencontre un succès bien réel dans la communauté mondiale des spécialistes de la réalité virtuelle et se porte désormais au niveau de la manifestation américaine équivalente, le SIGGRAPH. Car au-delà du spectaculaire qui a toute sa place dans les parcs d’attraction les plus créatifs la réalité virtuelle est désormais une technique de pointe dont les applications industrielles se diffusent progressivement dans tous les secteurs d’activité.

De quoi s’agit-il ?

La réalité virtuelle recouvre un ensemble de techniques – outils et logiciels- qui permettent de simuler un environnement réel permettant une interaction avec des objets virtuels qui sont des modèles informatiques d’objets réels. En stimulant artificiellement les sens -vue, audition, toucher- ces outils permettent à l’observateur de ressentir une situation réelle et d’en tirer des leçons expérimentales. Ces techniques existent depuis le début des années quatre-vingt et ont été exploitées à la fois dans le domaine militaire et par l’industrie cinématographique. Elles ont fait l’objet d’une lente adoption par les industriels, notamment dans le domaine aérospatial et l’automobile, qui travaillent étroitement avec le milieu de la recherche.
De très nombreux travaux universitaires ont été consacrés aux recherches sur la réalité virtuelle, et la France est très active dans ce domaine avec notamment l’INRIA ou le CEA (CEA-LIST, Laboratoire d’intégration des systèmes et des technologies). La réalité virtuelle a fait l’objet d’un « programme de recherche concerté » qui a fédéré, à partir de 1994, les efforts de la communauté scientifique française. Ce programme a été ensuite prolongé par le PERF-RV, (Plate-forme française de réalité virtuelle) clos en 2004, puis le PERF-RV 2, qui a pour objectif de démontrer que l'intégration de l'humain virtuel dans l'usine numérique permettra d'améliorer, dès la conception, l'efficacité et l'ergonomie des postes de travail.. Notons la présence active des éditeurs de logiciels comme Dassault Systems qui a récemment acquis le spécialiste français Virtools et d’industriels comme Thales.

L’avenir de la réalité virtuelle

Ce domaine n’échappe pas, comme toute technologie de pointe, au cycle de vie bien illustré par le Gartner Group avec sa célèbre courbe sur le « HypeCycle technologique ». Les medias ont survalorisé la réalité virtuelle, rendue emblématique par des films comme Matrix. Cette renommée a suffit à rendre cette technique suspecte aux yeux des professionnels. Après une phase de désillusion au début des années 2000, la réalité virtuelle, comme en témoigne le succès des journées de Laval, a trouvé un nouveau rythme .

La réalité virtuelle recouvre un ensemble de disciplines pointues. Un système de réalité virtuelle est complexe et intègre diverses technologies (architecture distribuée, modélisation informatique de la géométrie et du comportement physique, synthèse d'images, de sons, retour d'effort, interface homme-machine…) qui doivent progresser ensemble, ce qui pose un problème de cohérence et de convergence pour donner des résultats exploitables

La réalité virtuelle est sortie, encore timidement, des laboratoires pour être exploitée par l’industrie. Les exemples se multiplient, même si leur intégration dans les cycles de vie du produit est loin d’être aboutie. La conception d’un cockpit d’avion ou de l’intérieur d’une automobile font appel à ces outils pour certaines fonctions. Les simulateurs de vols ou de conduite d’une centrale nucléaire sont des applications tout à fait opérationnelles et reconnues pour leur efficacité. Dans une salle d’immersion à trois dimensions, un CAVE, l’observateur peut se déplacer à l’intérieur d’un objet virtuel avec un gant interactif et des lunettes pour en améliorer la conception. Le groupe PSA utilise cette technique dans son nouveau centre de conception de Velizy. De même de nouveaux usages plus sociétaux se dessinent, comme la rééducation des handicaps moteurs, la thérapie des phobies, ou la formation des chirurgiens. L’urbanisme est aussi un domaine d’application prometteur avec des outils de simulation des nuisances urbaines tels que ceux développés par le CSTB, qui a développé un modèle en trois
dimensions de la ville de Cannes.
Bien entendu, l’industrie du loisir est très consommatrice de ces techniques, largement utilisées pour les jeux vidéo et les parcs d’attraction.

Un des prix décerné à Laval a été attribué à une équipe japonaise qui a conçu de minuscules personnages, des sortes de lutins, les « kobitos » qui déplacent un objet réel placé sur une table et sur lequel on peut également agir dans la vie réelle, créant immédiatement une réaction des kobitos dans leur vie virtuelle … Amusant, certes, intrigant, mais aussi prometteur dès lors qu’on est capable de franchir la frontière entre le réalisme et l’imaginaire. L’innovation, c’est plus que jamais oser s’aventurer hors du cadre conventionnel même quand le bénéfice immédiat ne parait pas… tangible.


A consulter :
- un dossier très clair sur les « promesses de la réalité virtuelle » réalisé par l’INRS (Institut National de recherche et de Sécurité ) (http://www.travail-et-securite.fr)
- le rapport final du PERF-RV (octobre 2004) http://www.perfrv.org/vitrine/resultats/commun/ColloqueFinal/rapports/SyntheseFinale.fr.pdf
- structure d’un CAVE : http://vision.opto.umontreal.ca/Francais/virtuel.html
- http://www.clarte.asso.fr/ site du centre lavallois de ressources technologiques
- http://www.siggraph.org/s2006/

05 avril 2006

La révolution applicative est en marche

Le monde de l’informatique professionnelle d’entreprise est confronté, une fois encore, à l'émergence de nouveaux vecteurs de transformation de nature à bouleverser son évolution. Certes, ce n'est pas une situation nouvelle pour un milieu qui a su affronter de multiples ruptures. Mais, si d'habitude les transformations étaient impulsées par l'innovation technique, il s'agit cette fois d'une remise en cause qui touche le champ applicatif sous la poussée des solutions mises en oeuvre dans le monde grand public de l'internet.

Les évolutions matérielles ont été généralement bien intégrées par l'informatique d'entreprise. La transformation régulière des capacités du matériel a été alimentée par la loi de Moore. Elle est prédictible et apporte des performances de plus en plus élevées. Les professionnels s’entendent désormais pour reconnaître que la production de "l’énergie informatique" n’est plus désormais leur principal motif de préoccupation. Puissance machine, capacités de stockage, bande passante, généralisation de l'IP, poste de travail individuel sont disponibles à grande échelle, pour un coût maîtrisable, et ces infrastructures peuvent sans problème majeur, être exploitées par des firmes spécialisées. Certes des progrès - virtualisation, rationalisation, haute disponibilité, mobilité - peuvent encore être accomplis, mais ils seront, dans un horizon visible, incrémentaux. Il resterait bien entendu à mieux intégrer dan sle système d'information d'entreprise les outils de la mobilité qui proliférent aux marches de l'informatique "sérieuse", plus tolérés encore qu'exploités pleinement. Cette évolution se fera naturellement, comme le PC a bien su trouver sa place "professionnelle" après des débuts timides.

Le cœur des préoccupations  des DSI se situe désormais dans les applications. L’édifice applicatif construit depuis maintenant plusieurs décades est fragilisé par le poids des couches historiques qui s’entassent sans que jamais les entreprises n’aient eu le temps et les moyens de faire le nettoyage qui s’imposait. Ce chaos est le résultat des pratiques managériales et des processus, souvent contradictoires au gré des évolution des organisations, figés dans le code des applications. Les informaticiens ne repartent jamais à la base mais réexploitent les couches antérieures. Ce mode d'évolution a déja été ébranlé dans les années quatre-vingt dix par la "crise" des progiciels, mais les outils d'ERP, SCM et autres CRM n’ont pas fait disparaître les systèmes spécifiques et l'informatique d'entreprise a su les intégrer, renforçant encore la complexité de l'édifice. Il est fréquent de dénombrer dans les grandes entreprises des portefeuilles applicatifs "riches" de plusieurs milliers d'applications, lacis inextricable de connexions et d'interfaces de nature et d'âge hétérogènes.

Le phénomène réellement révolutionnaire, et donc déstabilisant pour tous les acteurs de l’écosystème informatique, résulte de la nature même de la nouvelle menace : le débat est sorti du cénacle des professionnels pour être porté par l'utilisateur final lui-même.

Les utilisateurs sont désormais une grande majorité à utiliser chez eux une informatique attractive, multimédia, efficace et disponible, celle du web. Leur tolérance envers l’informatique qu’ils utilisent dans leur milieu de travail est de plus en plus réduite, d’autant plus que les jeunes générations, qui sont nées dans ce monde de liberté, de mobilité, d’échange multimédia et de fluidité, ne comprennent pas que subsiste une autre informatique, qu’ils perçoivent comme contraignante et sommaire,…

Face à une exigence forte de modernisation et d’attractivité, les professionnels doivent donc intégrer dans leur stratégie deux évolutions contrastées :
- d’une part, un mouvement de rationalisation du portefeuille d’application qui passe à la fois par une optimisation de l’existant et par l’introduction de nouvelles méthodes de travail, tant en architecture qu’en développement, pour construire des applications plus flexibles et moins coûteuses : ce sont, hélas, des actions lentes et difficiles, et qui impliquent des invetissements majeurs
- d’autre part, l’explosion d’innovations de logiciel dans le monde du consommateur et, dans une certaine mesure, celui des PME, alimentée par l’essor du mouvement « Open source », et qui doivent trouver leur place dans les systèmes d'entreprise : ceci implique une dynamique de développement centrée sur l'utilisateur final et exploitant toutes les ressources des technologies du web

Si la mission des DSI est bien d’irriguer les métiers par les processus et l’information qui les alimentent, ils ne peuvent ignorer que les « consommateurs » informatiques de leurs entreprises ne peuvent indéfiniment attendre la lente transformation de leurs applications "historiques" pour disposer de la réactivité et de la capacité d'innovation dont ils ont besoin. Ils sont ainsi confrontés à une demande immédiate de "bouquets de services", à la fois fiables et attractifs, pour permettre à ces utilisateurs d'exploiter pleinement les outils séduisants de la société numérique.

Aussi, comment peut-on aller plus vite, avec qui, quels sont les vecteurs de transformation dans les méthodes et dans les produits ? La tâche est complexe et implique la construction d'un vaste programme de transformation de l'informatique d'entreprise, plus Plan Marshall que plan ORSEC...

Il faut sans aucun doute s'inspirer des modèles émergents de l'informatique de l'internet, attractifs, efficaces mais très éloignés des pratiques habituelles des entreprises. C'est celui des communautés de l'open source. Mais ce modèle aussi novateur qu'exigeant implique de la discipline et un nouveau management et de compétences.

Les produits qui en sont issus atteignent désormais l'âge de la maturité et peuvent être intégrés dans les systèmes d'entreprise avec la même rigueur que les composants propriétaires. Apache, Linux, Eclipse, Open Office, Ingres sont désormais des solutions effectives et admises dans les entreprises, et le monde LAMP (Linux, Apache, MySQL, Perl ou PHP) n'est plus considéré comme obscur. Mais, plus que les outils, ce sont les méthodes de travail qui sont intéressantes car elles permettent de générer des communautés de savoir, stimulantes et exigeantes... Wikipedia est le modèle d'un savoir en mode "open source" !

Il faut aussi que ces nouvelles équipes exploitent le potentiel et les exemples du monde du "Web 2.0" et en tirent profit pour les adapter au monde classique de l'entreprise.
A titre d'exemple, pour comprendre la puissance de ces outils, visitez le site BaeBO (http://baebo.francisshanahan.com/) qui permet d'exploiter simultanément ebay, Amazon et Yahoo, mais aussi de chercher dans les blogs de Technorati l'opinion des utilisateurs.. Il faut aussi comprendre, par exemple, la puissance de Google maps ou de la base image de flickr pour en tirer des applications métier. Il faut aussi sûrement évaluer le potentiel collaboratif de la suite Zimbra... parmi d'autres exemples de systèmes innovants.

Ces outils sont méconnus, perçus comme marginaux et peu fiables par les informaticiens "classiques" alors qu'ils font le miel des nouvelles générations. Il y a là bien sûr un risque de conflit générationnel, comme on l'a vécu avec l'avénement du modèle client/serveur, mais cette fois c'est la génération Linux contre la génération Microsoft, IBM étant, habilement, passé du côté des rénovateurs...

C'est un monde nouveau, qu'il faut explorer avec intérêt même si dans beaucoup de situations encore les solutions peuvent apparaître immatures et difficiles à exploiter à grande échelle. Il y a bien sûr des risques. Et l'inertie des outils d'entreprise rendra toute évolution majeure délicate tant pour faire bouger les outils que les utilisateurs. C'est pourquoi il faut aborder dès maintenant ce "nouveau monde" et commencer à s'y préparer, d'abord par la veille, puis par l'expérimentation. Cela prendra des années. Raison de plus pour commencer maintenant !