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Le salon de Francfort, qui se tient en alternance avec celui de Paris et va s'ouvrir le 15 septembre, est traditionnellement un salon où s’exprime sans retenue la puissance de l’industrie automobile allemande à travers les stands grandioses des trois constructeurs nationaux. Or 2009 ne ressemble en rien à l'euphorique année 2007. En effet plusieurs facteurs négatifs se concentrent sur l’industrie allemande :
- la crise automobile mondiale affecte profondément les constructeurs allemands sur le cœur de leur marché, les marques et modèles premium.
- le tsunami de la crise de General Motors a atteint le quatrième constructeur, Opel, dont le sort demeure encore totalement incertain dans un feuilleton économico-politique qui met à mal le système politique allemand
- dopé à l’EPO d’une version particulièrement généreuse de la prime à la casse de 2500 €, le marché allemand s’est largement ouvert aux petites voitures et aux constructeurs étrangers, créant une euphorie passagère qui va perturber durablement les flux normaux du marché.
Derrière les éléments conjoncturels, on observe qui a fait la force de l’industrie allemande, les puissantes voitures de haut de gamme, se révèle une faiblesse structurelle dans un marché mondial dont les fondamentaux se transforment. Les voitures de plus de 2 l de cylindrée, soit 1,5 millions de véhicules en 2008, contre 1,6 en 2007, représentent 27 % de la production allemande contre 1,3% en France. L’Allemagne produit 84% des voitures essence de plus de 2,5 l fabriquées en Europe et 60 % des voitures diesel de plus de 2 l.
Certes il restera toujours un marché mondial d’exception pour les véhicules de très haut de gamme segment sur lequel excellent aussi bien Mercedes avec son emblématique Classe S et sa Maybach, Audi avec ses A8 et R8, BMW et sa série 7, Porsche et sa nouvelle Panamera.
Porsche Panamera
Néanmoins, même ce marché élitiste subit la crise, et l’intensification la prise de conscience environnementale affecte les clients de ses véhicules, fortunés mais soucieux de leur image verte. Le symbolique marché californien, qui plébiscite les voitures hybrides, en donne la preuve. Daimler est à la peine avec une gamme gourmande et coûteuse. L’oxygène apporté par le succès, tardif mais réel, de la Smart est insuffisant, et Daimler souffre d’une taille trop étroite pour rentabiliser ses efforts de recherche depuis son échec de rapprochement avec Chrysler.
L’évolution mondiale de la demande conduit à privilégier les véhicules plus petits et moins lourds, simples et moins consommateur d’énergie. Ce downsizing global et ce souci de discrétion prend à contrepied une industrie qui a fait de la haute performance et de sophistication technique son image de marque. Certes les efforts de BMW et d’Audi pour réduire la consommation d’énergie par une révision systémique de la conception de leurs modèles donnent des résultats significatifs. BMW présente ainsi une 320 de 163 ch émettant 109 g/km de CO2. Mais en termes d’image, la classe S hybride ne rattrapera pas le retard de Daimler par rapport à Toyota.
Seul le groupe Volkswagen émerge renforcé de la crise. Le modèle industriel particulièrement accompli qui permet de décliner sous quatre identités spécifiques – de l’excellence technique d’Audi aux véhicules familiaux de Skoda - des voitures génétiquement identiques donne des résultats économiques remarquables. Le recyclage de la version antérieure de l’Audi A4 en Seat Exeo est un exemple de cette ingéniosité. Un travail ambitieux a été engagé pour produire des groupes moto-propulseurs plus économes. Et le groupe VW excelle dans les voitures petites et moyennes. Les résultats du groupe Volkswagen démontrent la pertinence de l’approche industrielle et marketing. Les ambitions du groupe sont désormais de venir concurrencer Toyota pour le titre mondial.
Les constructeurs allemands doivent s’orienter vers des véhicules moins lourds et moins générateurs de CO2, tant pour répondre au marché mondial qu’aux obligations européennes de limiter les émissions moyennes de CO2 par gamme à 130 g/km en 2015. Leur stratégie combine le reingeneering de leurs véhicules, une conversion timide à l’hybride et une approche prudente du véhicule électrique. La Smart électrique, prévue pour 2011 sera équipée de batteries d’origine Telsa dont Daimler vient de prendre 10% du capital. BMW annonce une Mini électrique et poursuit ses recherches sur l’hydrogène.
L’annonce, en août 2009, d’un plan de soutien au véhicule électrique, avec 500 millions d’euros, peut accélérer le virage de l’industrie allemande, le gouvernement annonçant un objectif d’un million de véhicules à l’horizon 2010. L’industrie allemande est désormais engagée dans une course de vitesse vers l’allégement et les motorisations à faible émission.
Rédigé à 17:27 dans Industrie automobile | Lien permanent | Commentaires (0)
L’enthousiasme qui accompagne en Allemagne l’annonce de la reprise d’Opel par Magna risque de ne pas durer. Certes dissocier après quatre-vingt années de mariage, Opel, la marque et ses usines du sort de General Motor, peut soulager à court terme l’opinion allemande. Il n’en demeure pas moins que l’avenir de l’entreprise dans son modèle actuel n’est pas réglé. Les entreprises automobiles ne peuvent pas mourir facilement car les enjeux en termes d’emploi, pour une industrie qui pèse 10% de la population active, sont considérables et obligent les gouvernements à un traitement d’exception. Néanmoins le marché est ultimement souverain. Et c’est l’adéquation de l’offre à la demande qui fera les arbitrages indispensables pour refaçonner cette industrie ancienne à la veille d’une révolution sans équivalent. Encore faut-il que l’industrie ait la capacité d’innover dans son organisation. Le choix de Magna plutôt que Fiat, qui n'a pas renoncé, pour reprendre Opel pourrait révéler des perspectives nouvelles.
En quelques mois, le paysage automobile mondial a été bouleversé. Ce n’est qu’un début car on voit mal les Etats, qui seront vite absorbés par d’autres défis de grande ampleur, comme la gestion de leurs propres dettes, continuer à subventionner durablement cette industrie dont l’avenir ne tient qu’à sa propre capacité à se transformer. Or le processus de regroupement des entreprises automobiles se révèle difficile tant leurs cultures et leurs marques ne sont pas facilement miscibles, tout ceci sur fond de surcapacité industrielle chronique.
Les précédents abondent. Le rachat de Rover par BMW, de Chrysler par Daimler, de Jaguar par Ford se sont soldés par des échecs. Saab n’a pas trouvé sa place chez GM et va à nouveau changer de maître dans l’incertitude la plus totale, le rachat par la marque ultra-confidentielle de voiture de sport Koenigsegg n'offrant pas aujourd'hui de solution industrielle crédible. Il en est de même pour Volvo dont le positionnement au sein de Ford n’a jamais été confortable. Faute de cohérence et de stratégie, l’industrie britannique de l’automobile indépendante a disparu après avoir été pionnière. Dans ce monde difficile, le groupe Volkswagen, avec ses six marques, est le seul à réussir à intégrer la diversité dans un ensemble cohérent industriellement. L’Alliance Renault Nissan qui vient de discrètement fêter ses dix ans est un autre exemple robuste et la crise va conduire à de plus grandes synergies entre les deux entreprises comme le plan de travail annoncé début juin l'organise. Quant à Chrysler, marque aussi alétaoire que ne le fût en son temps Simca, marquée par des intuitions comme le Voyager, mais incapable sur le long terme de se difféencier par une offre forte, se retrouve avec Fiat dans une nouvelle aventure avec un constructeur européen à hauts risques. Dans un autre contexte économique, la mariage avec Daimler a été un grave échec.
Vers un changement de modèle industriel ?
Magna a une place particulière dans cette industrie, ce n’est pas un constructeur connu sous sa marque, mais un ensemblier, et joue dans le monde de l’automobile le rôle de Flextronics ou de Quanta ( plus grand fabricant mondial d’ordinateur portable) dans l’électronique. Magna, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 26 milliards USD en 2007, emploie 70 000 personnes, réparties dans 240 centres de fabrication et 86 centres de développement et d'ingénierie de produits, répartis sur 25 pays et se présente comme « le fournisseur automobile le plus diversifié au monde ». Magna conçoit, développe et fabrique des composants, modules, assemblages et systèmes automobiles avancés comme des véhicules complets, destinés à la vente aux équipementiers automobiles originaux («OEM»). Si Magna ne vend pas sous marque au client final, cette entreprise maîtrise parfaitement le cycle complet de vie du produit : conception, mise au point, essais et fabrication de systèmes intérieurs. Néanmoins, Magna est particulièrement touché par la crise de l’industrie, avec une chute de son chiffre d’affaires au premier trimestre de 46%.
Le succès de Magna avec Opel, dont les formes sont encore très imprécises, donnerait peut-être le vrai signal d’une mutation radicale de l’automobile vers le monde du « fabless », sans usine, redouté par les constructeurs encore ancrés autour de leurs moyens de production propres. Or les firmes électroniques qui ont opté pour cette solution n’ont pas perdu en créativité ni en image de marque. Apple n’est plus un industriel. Certains constructeurs pourraient ainsi choisir de se concentrer sur l’innovation, le développement leur marque et l’efficacité de leur réseau de distribution en s’adressant pour la conception à des ODM (« Original design manufacturer »).
La transformation de l’automobile est un processus douloureux et complexe. Elle doit retrouver sa place privilégiée dans l’inconscient des consommateurs, réduire son impact environnemental en innovant vers l’électrique, l’hybride et peut-être l’hydrogène, s’insérer dans un monde de plus en plus urbain… et retrouver une profitabilité de long terme en gérant la formidable mutation sociale liée à la transformation de son séculaire modèle de production. C’est au moins le travail de la prochaine décennie...
Note : Au 23 août le dossier Opel n'était pas clos, le conseil d'administration de GM, détenu à 60,8% par le gouvernement fédéral américain n'ayant toujours pas arbitré entre l'offre d'Opel et celle d'un fond belge, RJH. or dans la perspective désormais très proche des élections allemandes, le 27 septembre, cette indécision est incomprise par l'opinion allemande.
L'impact de cette décision sur les 25000 salariés d'Opel en Allemagne est évidemment au coeur du débat. Magna fait monter les enchères en exigeant 4,5 milliards € d'aides publiques alors que les problèmes industriels et commerciaux sont loin d'être résolus. Ce dossier illustre la difficulté de transformer cette industrie compte tenu de son poids dans l'opinion tant sur le plan social et économique qu'affectif.
Rédigé à 10:58 dans Industrie automobile | Lien permanent | Commentaires (4)
L'automobile a profondément marqué le XXe siècle. Elle en a façonné les paysages, pas toujours de façon positive, contribué à l'émancipation sociale concrétisée par la démocratisation du départ en week-end et en vacances, transformé les modes de consommation avec les hypermarchés et les centres commerciaux, favorisé une dilution de l'habitat synonyme de liberté... Avec son système de production de masse, elle a induit un modèle industriel, marketing et commercial qui a marqué totalement le développement économique. Et cette industrie a largement contribué à propulser le Etats-Unis comme leader économique du monde, avant que l'industrie informatique ne prenne le relais.
Le remplacement de General Motors, leader de l'industrie automobile mondiale pendant 75 ans, par Cisco dans l'indice Dow Jones est un cruel et éloquent symbole. Les entreprises sont mortelles, mais si GM, comme Chrysler et Ford - pour le moment épargnée- sont atteintes dans le coeur, ce n'est pas simplement à cause d'une accumulation d'erreurs amplifiées par l'arrogance et la myopie des dirigeants, c'est le système tout entier qui vacille. Tous n'en moururent pas, mais tous en furent frappés...
Siège de General Motors à Detroit (Michigan)
La Cadillac Escalade est le symbole de la fuite en avant de GM vers les gros modèles
Il ne faut pas avoir la naïveté de croire que la crise de l’industrie automobile est née de la crise financière et que tout reprendra un jour comme avant… L’automobile a simplement mal toléré le passage au deuxième siècle de son existence, et vit, sans surprise, depuis plus de quinze ans, une profonde mutation qui va remettre en cause son modèle économique, sa fonction sociale et ses icones. Cette transformation, avec son cortège de faillites, de drames sociaux et de friches industrielles est engagée et durera au moins une décennie. Dans cette incertitude anxiogène, il y aura des voies de sortie à explorer avec leur propres risques car la partie sera difficile. Mais d’autres secteurs comme la sidérurgie l’ont vécu, ou le vivront comme l’industrie informatique.
Crise de la demande, crise de l’offre, les symptômes étaient
connus depuis longtemps et avaient reçu des thérapies de choc. Le crédit surabondant, le matraquage publicitaire et la prolifération
des modèles dans des gammes aussi
pléthoriques qu’illisibles ont été
poussés à leur paroxysme aux Etats-Unis.
Les autres constructeurs ont aussi exploité ces artifices, aux
Etats-Unis comme ailleurs. Tout ceci a dégradé la marge des constructeurs au
détriment de la recherche développement et de la mise en production de
véhicules réellement innovants. Là encore les Big Three ont donné dans la
démesure, le symbole en étant le Hummer, marque achetée avec clairvoyance par
GM en 1999, la ruée vers les 4x4 et les trucks, rustiques et faciles à
construire, générateurs de marge, mais terriblement inappropriés au cahier des
charges implicite des consommateurs qui du jour au lendemain les ont
abandonnés. Partout dans le monde les véhicules étaient plus lourds, plus
gourmands, plus sophistiqués, plus chers. Le graphique ci-joint montre parfaitement qu'avant la crise actuelle, le déclin était engagé et visible, sans donner lieu à une stratégie offensive de redressement;
La grande illusion se lisait dans l’addition des plans de conquête de chaque constructeur, qui chacun prévoyait des volumes en croissance constante sur les marchés développés matures ou des explosions irréalistes de la demande dans des pays émergents, aux infrastructures défaillantes ou à la solvabilité aléatoire. Chaque constructeur pensait que « le plaisir de conduire » était immuable, que l’association du progrès à l’automobile allait motiver aussi bien les jeunes générations que les nouvelles classes moyennes des pays émergents, reproduisant à l’infini le rêve de la « belle américaine ». Marché de plaisir et d’inconstance, mais aussi industrie d’ingénieurs, la réponse au triple défi urbain, environnemental et générationnel ne pouvait venir que de l’abondance, de la fuite en avant technique, de cette stratégie du « plus de la même chose » qui est la riposte classique, mais désespérée, au caractère fantasque et cruel des marchés.
Quelques exceptions méritent d’être soulignées, elles illustrent deux voies de sortie de l’itinéraire glissant dans lequel tous les constructeurs se sont aveuglément engouffrés : le downsizing et la simplification avec Logan, la mise au point de modes de propulsion alternatifs avec Prius.
Faire simple, robuste et moins cher était dans le cahier des charges de la Logan. Renault y est parvenu grâce aux composants éprouvés de la Clio et à l’outil industriel de l’usine de Pitesti en Roumanie, base industrielle que Renault a renové pour parvenir à relever ce défi de la voiture à 5000 $. Depuis la millionième Logan a été produite, a essaimé dans plusieurs usines et plusieurs continents, et se décline en gamme à succès, que chacun tente d’imiter après avoir ironisé sur cette voiture au rabais.
Logan Sandero
Le pari de Toyota était au moins aussi complexe : trouver le moyen de relayer, à terme, l’inusable moteur à combustion interne, dont l’espérance de vie avait été prolongée à l’infini par les prouesses du moteur diesel à « injection à rampe commune ». Le parcours de la première voiture commerciale à propulsion hybride a été difficile, coûteux pour la firme de Nagoya obstinément à l’écart des modes, et aura attiré tous les sarcasmes des constructeurs qui condamnaient à l’avance cette aberration inefficace et coûteuse qui consistait à mettre deux moteurs au lieu d’un dans une voiture. La millionième Prius est sortie, la Prius 3 est diffusée à partir de juin 2009 avec plus de performances et un prix constant, Toyota, fort d’une expérience unique, a annoncé que toutes ses voitures seront hybrides, ou électriques, dans les prochaines années.
Toyota Prius 3
L’aventure automobile n’a pas fini de faire rêver tant cette industrie est au carrefour des fantasmes, de l’innovation… et du quotidien de centaines de millions d’utilisateurs. Sociologique, anthropologique, technologique, l’industrie automobile est le reflet de toutes les ambigüités de l’époque comme l’avait si bien vu Roland Barthes*. La mort programmée de GM est l’annonce expiatoire d’une reconfiguration de l’industrie automobile. Plus concentrée, plus « essentielle », encore plus technique avec le mariage de l’automobile et du système global de transport grâce à l’électronique, moins carbonée avec l’abandon à long terme de la « voiture au pétrole », l’automobile sera encore un des secteurs clefs du XXIe siècle. Mais ce ne sera plus la même, ce ne seront plus les mêmes acteurs…
* "Je crois que l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique." Roland Barthes, Mythologies, 1957
Rédigé à 08:34 dans Industrie automobile | Lien permanent | Commentaires (0)
Sia conseil travaille activement sur l'impact de la crise sur le "nouvel ordre automobile mondial" en voie d'émergence, qui sera à la fois une transformation technologique avec la fin de la domination absolue du moteur à combustion interne et une transformation du paysage industriel avec l'apparition de nouveaux acteurs et l'affaiblissement de la position historique des Etats-Unis, qui ont crée cette industrie. Sia conseil contribue au débat en développant une vision à 360° des acteurs qui participent à cette transformation structurelle. Cet article a été publié par La Tribune du 22 avril.
Pour un G20 de l’automobile
Point de vue
Matthieu Courtecuisse et Jean-Pierre Corniou (*)
Si les États membres du G2 constituent le centre financier de la planète, ils hébergent aussi la totalité
de la production automobile mondiale et, par conséquent, ses surcapacités structurelles, évaluées à près
de 20 %. Or, le secteur automobile traverse une crise majeure — avec un recul des ventes estimé en 2009 à 15 millions de véhicules — avec à la clé un véritable séisme pour l’emploi qui ne pourra être traité sans rupture industrielle et technologique.
Il est légitime que les puissances émergentes cherchent à se doter d’une industrie nationale. Il est aussi
compréhensible de voir les pays occidentaux lutter pour la survie de leurs industries historiques. Tous les
éléments sont réunis pour produire un choc frontal dont l’issue serait le retour en force du protectionnisme, suicide collectif de la filière, déjà pénalisée par l’évolution de la demande des consommateurs anxieux face aux risques climatiques. Or, technologie et innovation, portées par le dialogue, peuvent permettre de trouver des compromis gagnant-gagnant. Il est temps d’agir de concert.
Depuis quelques mois, on constate le retour en force des États dans la filière automobile. Les pays occidentaux et le Japon étant confrontés à l’endettement exorbitant et aux passifs sociaux de leurs constructeurs, les pays émergents étant désireux d’atteindre la première marche de la sophistication industrielle en donnant l’impulsion nécessaire à leurs constructeurs sur leur marché domestique.
Si le secteur automobile reste d’essence multidomestique, les interdépendances sont prépondérantes grâce au « global sourcing » et les enjeux de volume dans une industrie fortement capitalistique restent considérables. Or, la configuration du marché pose problème à tous : faiblesse de la marge opérationnelle en haut de cycle (inférieure à 5 % pour les généralistes), marge fortement négative en bas de cycle, forte déprime de la demande générale pendant au moins cinq ans, surabondance d’acteurs inamovibles alors même que la Chine disposede près de quatre-vingts constructeurs automobiles, dont dix marques à vocation internationale et une surcapacité industrielle de près de 40 %. Pourtant, chacun reste aveugle et agit de son côté, y compris en Europe. Chaque État industrialisé veut sauver sa production ou son constructeur national à tout prix, car la pression surl’emploi est phénoménale, la filière représentant 10 % des emplois privés en Europe comme aux Etats-Unis. De l’autre, chaque nouvelle puissance industrielle se bat pour conquérir sa part de production. Or, le financier principal sera le contribuable et le corollaire, le retour du protectionnisme, ce qui ne peut qu’accroître les risques de surcapacités et de sous-innovation.
Il faut donc créer les conditions d’un dialogue soutenu sur cette filière industrielle, en la croisant avec
un sujet majeur, les émissions de CO2, l’autre grande négociation multilatérale à venir à Copenhague. Si
Kyoto n’avait pu embarquer le volet transport, la prochaine négociation ne s’annonce guère mieux. La crise actuelle offre la possibilité unique et réelle d’un accord ambitieux sur ce point, en dessinant un compromis industriel, commercial et technologique entre nations du G20.
Six priorités s’en dégagent : définir les conditions d’assainissement des constructeurs automobiles des pays industrialisés, définir les conditions d’accès aux marchés occidentaux des constructeurs
indiens et chinois, comme naguère les japonais, définir une charte des investissements à l’étranger, lancer un chantier normatif d’ampleur sur les technologies propres, partager des pratiques dans le rapport véhicule- centre urbain et s’engager sur un traité contraignant d’émission de CO2
par véhicule et par pays.
Pour cela, il n’est pas nécessaire de réunir les chefsd’État. Des réunions ministérielles de l’industrie et de l’environnement du G20, articulées avec le G20 financier et la négociation de Copenhague, pourraient être tout à fait efficaces et adaptées. Idéalement, l’Europe, même si elle a échoué jusqu’à présent
sur ce sujet, pourrait se montrer exemplaire, les États européens étant de toute façon contraints à négocier un accord au fur et à mesure qu’il faudra sauver quelques entreprises clés européennes.
S’il est essentiel que le système financier se redresse, le secteur automobile sera sans aucun doute au coeur des tensions entre États. La crise de cet écosystème sera en effet le creuset de tensions sociales majeures pour les pays industrialisés en symbolisant la mondialisation malheureuse et des
frustrations ingérables pour les pays émergents à qui on refuserait le développement
industriel. Le dialogue est, là encore, nécessaire et indispensable.
(*) Matthieu Courtecuisse est directeur général de Sia Conseil et Jean- Pierre Corniou, directeur général adjoint de Sia Conseil et ancien membre du comité de direction de Renault.
Rédigé à 10:49 dans Industrie automobile | Lien permanent | Commentaires (0)
Le salon de Genève qui se tient à
la fin de l’hiver, au moment où se réveille l’envie de nouvelle voiture, a la réputation d’être un salon joyeux
apprécié des professionnels comme du grand public. Les lieux y concourent. La
vaste halle de Palexpo offre un cadre commode et très lisible où se concentre
toute la production mondiale accessible sur le marché suisse. C’est dire qu’il
n’y manque pas beaucoup de constructeurs, car même ceux qui ont boudé Detroit en janvier seront là. Pays non producteur d’automobile, la
Suisse jouit d’un niveau de vie élevé associé à un goût prononcé pour les
belles voitures. Le marché y est
donc très actif, la concurrence intense et sans a priori national,
contrairement aux autres grands salons, et les annonces mondiales fréquentes.
C’est dire que le salon de Genève est une fête pour l’automobile et ses
amateurs. Doit-on dire « était » ?
Au moment où l’industrie mondiale
se prépare à l’inimaginable, un marché en baisse de 20%, passant de 70 millions
de véhicules à 55 millions en 2009, le cœur n’est pas à la fête chez les
constructeurs qui ont perdu leurs repères, abandonné leurs plans et n’osent
même plus s’avancer à émettre des prévisions. La baisse des volumes est
confirmée de mois en mois et les chiffres de février annoncent des baisses spectaculaires.
Le marché américain enregistre le 16e mois consécutif de baisse avec
41% ce qui représente le plus bas volume de voitures vendues depuis 1981. GM
chute de 52%. Alors que ses concurrents japonais pourraient se satisfaire d’une
baisse de 35% en moyenne. En Europe, l’effondrement du marché espagnol de près
de 50 % et du marché britannique de 25% font presque envier la situation de la
France qui ne recule que de 13%. Seule l’Allemagne qui a mis en place une prime
à la casse affiche une croissance dopée à 22%. Néanmoins les curieux étaient
nombreux à arpenter en famille les allées du Salon. Ils n’avaient aucune raison
d’être déçus. L’abondance de nouveautés, la présence de voitures d’exception
génèrent toujours autant d’intérêt. Mais de là à passer à l’acte d’achat il y a
un pas critique que même les suisses ont de la peine à franchir.
Pourtant les constructeurs n’ont
pas lésiné sur les moyens pour ce salon qui de prime abord sauvait les
apparences. Le théâtre de l’automobile répétait encore ses classiques thermiques. Mais
le off alternatif commence, timidement, à exister…
Le classicisme éprouvé
Les grands stands étaient là et
déployaient leurs attraits. Il faut accorder une mention spéciale pour le
groupe Volkswagen qui, il est
vrai, joue sur la diversité de ses marques qui arboraient toute pour l’occasion la même livrée blanche.
Audi, un des seuls constructeurs mondiaux à encore croître et gagner sérieusement de l’argent,
déclinait se nouvelle A4 en break et en version Allroad quatro, mais aussi ses classiques A6 et A8 dont le succès agace ses concurrents allemands.
Volkswagen présente sa Polo,
cinquième opus, mini Golf réussie, et les petites marques du Groupe, jouent sur
leur spécificité à partir des mêmes bases roulantes et des mêmes mécaniques,
Skoda avec ses prix compétitifs et Seat avec sa sportivité agressive toute
latine. Sur chaque stand on insiste, avec plus ou moins de conviction, sur les
efforts réalisés en matière de consommation grâce à l’optimisation des
techniques classiques, turbo diesels ou injection directe essence, allégement,
améliorations du Cx, recherche de l’efficacité des pneumatiques…
Renault avance une gamme jeune en
continuant à décliner son cœur historique, la Mégane, désormais livrée en
version break, l’Estate, et rejointe par le nouveau Scenic d’emblée présenté en
versions 5 et 7 places. La Clio, autre modèle phare, prend un coup de jeune et
Kangoo reçoit une version ludique, et créative avec une large porte arrière et
quatre sièges, le BeBop dont les
couleurs gaies, ne devraient pas toutefois suffire à faire de grands volumes en
tant de crise, à l’instar de la
très belle et ingénieuse Coupé Laguna avec ses quatre roues directrices. La
gamme de motorisations n’est pas révolutionnaire mais le constructeur a en
revanche annoncé un effort massif de réduction des consommations avec une gamme
de nouveaux moteurs et donc de l’émission de CO2. Renault vise une réduction moyenne de 20 g/km d'émission de CO2 en 2012 et même passer au dessous de 100g pour ses petits modèles avec des moteurs de 0,9 l à 1,2 l de cylindrée.
PSA poursuit une offensive
engagée il y a plusieurs années avec un grand nombre de modèles qui comblent
toutes les niches du marché, tant chez Peugeot avec le crossover 3008, que chez Citröen avec la gamme plus
luxueuse DS, et la déclinaison du succès Picasso dans un C3 résolument
« fun ». Mais les innovations de motorisation se font attendre, ces
modèles ayant été lancés bien avant la crise il y au moins 3 ans. La solution
hybride diesel à laquelle croit PSA sera disponible sur la 3008 en 2011.
Le groupe Toyota exhibait l’installation hybride qui
propulse son 4x4 Lexus 450h,lequel totalise 295 ch de puissance entre son
moteur essence V6 et son moteur électrique. La machine est impressionnante et
parvient à descendre à 148 g de CO2. Enfin BMW continue l’expansion de sa gamme
avec de troublants mélanges de style inaugurés avec la X6, cette fois sous la
forme d’une Serie 5. Mercedes continue imperturbablement à décliner des
véhicules classiques, nourris de technologie, aux lignes un peu plus agressives
comme la nouvelle serie E, et annonce fièrement engager une révision de ses
consommations avec son approche Blue Line dont les résultats sont encore bien
loin des 130 g de CO2 au km prévus pour 2015…
Ma supercar ne connaît pas la
crise, vraiment ?
Alors que les milliardaires de la
planète ont perdu 50 % de leur fortune selon le dernier classement de Forbes,
il reste quelques véhicules d’exception qui se présentent sans complexe. Certes
la Porsche Panamera n’était pas visible, et le Cayenne se démocratise en osant
le diesel, mais Mercedes présentait sa gigantesque Maybach Zeppelin, dont le
nom évoquant les années trente est déjà un symbole inquiétant. Animée par un
V12 bi-turbo qui délivre un couple de 1000 Nm, la voiture est commercialisée
pour un peu moins de 500000 €.
Aston Martin présente son concept
4x4 Lagonda et sa sculpturale One-77 (77 exemplaires seront produits ce
qui sera suffisant pour satisfaire au moins 7 équipes de football) , avec
son V12 de 700 cv, mise à prix à 2 millions$, et Lamborghini sa LP 670-4 SV
avec ses 670 ch et 342 km/h... Rêves provocateurs en ces temps de crise
climatique et de crise financière, ces objets roulants attiraient sûrement plus
les curieux que les clients, car même le marché très haut de gamme est en
crise. C’est peut-être pour cela que BMW ose présenter une mini-Rolls Royce de
seulement 5,4 m de long, encore sous forme de concept car « 200EX »,
mais destinée à être vendue en 2010? Comme la haute couture, ces voitures
d’exception ont un marché, même limité qui suffit pour incarner dans
l’inconscient l’automobile mythique.
Quelles vraies
innovations ?
Il faut admettre que si le stand de l’association suisse
pour les éco-voitures occupait une place centrale, l’offre est encore pauvre
mais les annonces abondantes. Il fallait chercher du côté d’Opel qui présentait
pour la première fois en Europe la déclinaison du modèle de véhicule électrique
sur lequel mise tant la maison mère GM, la Volt. La voiture, de taille
respectable (4,4m), est belle, au capot plongeant, et bien dessinée, comme sa
planche de bord entièrement numérique.
La motorisation est originale puisqu’au
moteur électrique de 110 kW et ses batteries installées en T dans le châssis,
lui conférant une autonomie annoncée de 60 km, est associé un moteur, essence ou éthanol, de 1,4 l, qui joue le rôle de générateur et
permet de délivrer le conducteur de l’angoisse de la panne de charge en offrant
une autonomie de 500 km. Cette Opel
Ampera devrait, si tout va bien, être disponible en 2011 sur le marché
européen. Néanmoins la presse suisse pouvait qualifier cette voiture de
« chef d’œuvre en péril » compte tenu des incertitudes qui entourent
le sort de GM comme d’Opel.
Honda présentait pour la première
fois son anti-Prius, l’Insight, voiture hybride quatre places conçue pour être
moins chère que la Prius sans sacrifier l’essentiel pour démocratiser le
marché. Plutôt réussie avec sa ligne plongeante et son arrière presque
vertical, qui améliorant le Cx semble devoir être la marque visuelle des éco-cars,
l’Insight devrait être vendue moins de 20000 € sur le marché français cet été.
L’Insight était présentée aux côtés de la mythique Clarity, voiture électrique
alimentée par une pile à combustible à hydrogène. Elle sera disponible en Californie pour 600$ pour trois ans.
Mitsubishi comme Toyota annoncent
des mini-voitures qui pourront être électrifiées, la Mitsubishi MiEV et
l’ingénieuse Toyota iQ qui même en version essence n’émet que 99 g de CO2 avec
ses trois vraies places sur moins de 3 m de long. La MIEV électrique, iMiEV
sera vendue au japon cet été avec
des batteris lithium ion et une autonomie de 160 km. Elle pourrait être vendue
en Europe sous la arque Peugeot ; Citons, pour l’anecdote, le travail
effectué par le préparateur
allemand Brabus sur le coupé sportif électrique Tesla, doté d’un
générateur de sons pour cacher, comble d’ironie, le silence de son moteur
électrique mais qui pourrait se révéler une solution intéressante pour la
sécurité des piétons en milieu urbain.
Renault qui s’est engagé
résolument dans le développement de la voiture électrique montrait dans une
présentation très pédagogique son concept car ZE, pour zéro émission, voiture
entièrement électrique dotée d’un moteur de 70 kW, et conçue pour économiser la
consommation de courant par une isolation poussée, climatisation ou chauffage
consommant jusqu’à 40% de la capacité embarquée et diminuant d’autant
l’autonomie.
Mais ces annonces de grands
groupes ne doivent pas dissimuler la pauvreté de l’offre réelle de voiture en
rupture. C’est du côté de Bolloré Pininfarina qu’il faut aller chercher une
solution réelle que l’on peut d’ores et déjà réserver sur internet. Cette jolie berline de quatre places,
bien conçue, distinctive et bien finie, sera louée 330 € par mois à partir de
2010. Elle est équipée de batteries originales, conçues par Bolloré avec la
technologie solide LMP (lithium metal polymère). Une cadence de 10000 véhicules/an est envisagée. Il
s’agit de la vraie première offre d’une voiture électrique répondant aux normes
habituelles de l’automobile. Sa carrière commerciale sera pour les grands
constructeurs un banc d’essai intéressant.
La bataille de la voiture
électrique s’engage
Si le salon de Genève est pauvre
en offre réelle, les annonces laissent augurer de violentes batailles sur ce
marché émergent. D’ores et déjà la bataille de la voiture électrique s’engage
sur la maîtrise des nouveaux éléments clefs de la valeur ajoutée que sont les
batteries et les moteurs. Les constructeurs qui ne maîtrisent pas la nouvelle
chaîne de traction doivent rapidement investir , à un moment particulièrement
difficile pour eux, pour ne pas voir la valeur ajoutée leur échapper. Ils sont
contraints de le faire en partenariat.
Volkswagen vient de conclure, le
12 février, un accord avec Toshiba portant sur le développement de moteurs
électriques, d’équipements électroniques et de batteries à haute densité pour
équiper ses futures voitures électriques appelées
la New Small Family. VW entend devenir « le premier constructeur à
proposer des solutions en série pour les véhicules électriques à zéro
émission ». Toshiba a développé pour les batteries une technologie
novatrice, la Super Charge Ion Battery, qui se recharge en quelques minutes.
Aux Etats-Unis GM produira ses propres batteries lithium-ion avec une filiale
du groupe coréen LG Chem. Le groupe Renault Nissan produira sa propre gamme de
moteurs électriques et Nissan travaille intensément sur son projet de pile à
combustible. Mais pour produire des batteries c’est avec NEC que Nissan s’est
engagé en créant une filiale commune, Automotive Energy Supply ( AESC) et Nissan va produire ses batteries
dans ses propres usines au Japon et peut-être au Portugal.
Acheter maintenant ?
Que conclure ? Le temps presse. Le marché mondial est
dans l’attente de réponses nouvelles et séduisantes, mais aussi rassurantes,
dont on observe quelques prémices. Mais il faut être lucide. On peut
aujourd’hui sans risque ne pas différer indéfiniment le renouvèlement de son
véhicule ancien en puisant dans une offre pléthorique et, il faut l’admettre,
séduisante dans sa fidélité au moteur thermique qui rassure par ses
performances éprouvées. Et en net progrès car les moteurs modernes peuvent
propulser une berline moyenne pour moins de 5 l/100 soit environ 120 CO2/km. Les
autres solutions, en dehors de quelques véhicules hybrides dont deux seulement
réellement accessibles, restent encore aléatoires. On parle de 2011, voire 2012
pour voir sur le marché une offre significative de véhicules alternatifs, ce
qui rend encore plus courageuse et louable l’ambition de Bolloré Pinifarina.
Mais le mouvement est en marche. Les sceptiques restent
nombreux. Cela ne marchera jamais… autonomie trop faible, coûts trop élevés,
infrastructure inexistante, les voitures électriques ou à hydrogène soulèvent
auprès des professionnels plus de question que d’enthousiasme, ce qui est le
propre des grandes ruptures technologiques plus subies que désirées. Le double
effet de la crise économique et de la confirmation par les scientifiques des
scénarios de réchauffement climatique les plus pessimistes ne peut qu’accélérer
les réactions des constructeurs même s’il est très difficile de changer de
modèle d’affaires et de cadre technique.
Aussi l’enjeu est
politique : il est indispensable que soit formalisé un nouveau cadre
d’action, stable, sur le plan des normes, de la fiscalité automobile, de
l’utilisation en ville, du régime des assurances, des péages urbains, de la
recyclabilité des nouvelles solutions. Ces mesures sont indispensables pour
créer un climat de confiance pour les acheteurs. Beaucoup de questions sont
ouvertes, beaucoup d’acteurs impliqués : ce nouveau monde est à inventer. Mais il reste à frapper l'imagination : quand l’inventif Bernie Ecclestone, qui cherche à innover comme à faire des
économies, lancera son premier Grand Prix de Formule 1 réservé aux voitures
électriques ou aux voitures à motorisation innovante, le scepticisme changera
de camp.
Rédigé à 00:08 dans Industrie automobile | Lien permanent | Commentaires (0)
La Tribune.fr - 10/02/2009 à 23:44 - 493 mots Il n'y a pas d'exemple d'une industrie qui ait su totalement changer de modèle d'affaires aussi efficacement que l'industrie des télécommunications. Dans les années quatre-vingt, installées dans une logique de monopole national, fragmentées, bureaucratiques, ces compagnies publiques dispensaient un service coûteux, sujet d'ironie, et peu soucieux des clients, cantonnés au rôle d'usager. Aujourd'hui les télécommunications ont révolutionné la vie quotidienne de 3,5 milliards d'êtres humains en apportant pour un coût souvent dérisoire le plus précieux des services, la mise en relation avec le monde extérieur, partout, toujours, pour tout le monde. Sophistiqué comme en Corée, vital comme en Afrique, convivial et efficace, le service de mobilité qu'apporte la téléphonie a conquis le monde avec des objets et des programmes intuitifs, légers, intégrés dans la vie. Pour l'industrie automobile, en panne, le modèle est à méditer. Le charme s'est brisé. Naguère synonyme de liberté et de statut social, l'automobile apparaît comme un objet polluant, encombrant. Les adolescents américains, selon une étude du MIT datant de 2006, n'ont pas classé par hasard comme symboles des techniques obsolètes en 2015 le moteur à explosion, le compact disc, l'ordinateur de bureau et le téléphone fixe... L'industrie automobile doit réapprendre à enchanter en séduisant d'abord son futur public. L'influence des jeunes sur les acheteurs de tous âges est considérable. Elle pourra le faire en s'inspirant de ce qui fait aujourd'hui auprès des moins de trente ans la force des télécommunications mobiles, du web 2.0, des réseaux sociaux. Cette industrie ne doit pas seulement réimaginer le produit automobile, mais aussi s'affranchir du poids d'une association exclusive avec le pétrole qui l'a empêchée, par tradition et conformisme, d'être à l'écoute de modèles alternatifs et des revirements de l'opinion. En associant son image et ses produits avec ceux de la vague numérique, elle pourra ouvrir une nouvelle ère de croissance où mobilité physique et proximité numériques ne seront plus contradictoires, mais intimement liées. Le passage du moteur à combustion interne à l'électricité, pour une partie du parc futur, en offre l'opportunité. En réinventant l'architecture du véhicule, l'automobile pourra être plus naturellement en mesure d'intégrer les nouveaux usages de communication non pas comme des intrus tolérés mais comme des éléments consubstantiels du plaisir auto-mobile. Les potentiels de la communication mobile se révèlent également indispensables pour développer les nouveaux usages de l'automobile, comme la location, le "car sharing". L'intégration sans couture des outils comme la géo-localisation, l'accès aux réseaux haut débit, le télépaiement et la télémaintenance des flottes offrira flexibilité et sécurité aux gestionnaires et aux utilisateurs. Connectée, la voiture zéro émission sera aussi facilement intégrable dans le tissu urbain que dans le contexte social. Il sera difficile pour une industrie aussi ancienne, aussi complexe et puissante que l'industrie automobile de se repenser. La coexistence entre les anciennes pratiques et les nouveaux modèles sera longue, mais tourner la page de 120 années d'histoire glorieuse peut être plus porteur d'espoir, d'innovation et de plaisir que de dureté. Aussi les télécommunications et l'automobile peuvent et doivent s'inventer un destin commun. Jean-Pierre Corniou, directeur général adjoint de Sia ConseilArticle publié le 10 février par la Tribune...
L'enjeu est bien de considérer que pour tirer parti et plaisir de la voiture "individuelle", il faut désormais reconnaître qu'elle fait partie d'un système global de transport dont l'efficacité sera assuré par l'interopérabilité des composants...
Opinions
DES IDÉES SUR LE WEB
Les télécommunications, avenir de l'automobile ?
Rédigé à 14:16 dans Industrie automobile | Lien permanent | Commentaires (0)
Opinions
DES IDÉES SUR LE WEB
Le quotidien économique La Tribune a publié récemment deux textes que j'ai rédigé dans le cadre de mes activités à Sia conseil, où nous contribuons à faire converger les analyses des différents acteurs de la filière automobile sur l'avenir de ce secteur. Voici un texte publié le 8 janvier 2009.
Emissions de CO 2 : réalisme ou victoire à la Pyrrhus ?
La Tribune.fr - 08/01/2009 à 23:55 - 659 mots
La Commission européenne, le parlement et les constructeurs automobiles européens se sont entendus le 1er décembre pour fixer en 2015 la limite moyenne de 130 g/km d’émission de CO2, soit 18% de réduction. Les débats ont été vifs mais le contexte brutal de crise a joué en faveur d’une démarche plus pragmatique que le volontarisme de la Commission, qui souhaitait atteindre cet objectif dès 2012. Ces trois années supplémentaires représentent-elles une chance ou vont-elles accentuer les difficultés de l’industrie européenne confrontée depuis dix ans à une stagnation du marché due à une panne du "désir d’automobile" aux causes multiples ?
Dès 2012, cette limitation concernera 65% de la gamme, puis 75% en 2013, 80% en 2014 et la totalité en 2015. L’objectif global est décomposé par pays, la France devant atteindre 126g/km, l’Italie 122 g/km et l’Allemagne 132 g/km. L’accord prévoit des pénalités en cas de dépassement des objectifs : 5 euros pour un gramme, 15 euros pour 2 grammes, 25 euros pour 3 grammes et 95 euros par véhicule au-delà de 3 grammes.
Si elle semble temporiser sur le calendrier, l’Europe garde un cap ambitieux, limiter les émissions moyennes à 95g/km en 2020. Ce saut de 26% risque de n’être que plus douloureux entre 2015 et 2020. Une décennie pour changer en profondeur la culture automobile paraît court tant l’évolution de ce marché, où se sont vendus en 2007 16 millions de véhicules neufs, est complexe.
Grâce à la structure de leur gamme les généralistes ont atteint des résultats convaincants en 2007 : 137 g/km pour Fiat, PSA (142 g/km) et Renault (146 g/km) alors que les constructeurs allemands peinent à descendre au dessous de 170g/km.
Mais l’effort reste considérable. Pour atteindre 130g/km dès 2012, il faut procéder à un "downsizing" systématique des véhicules avec les seuls moyens existants: baisse des cylindrées, de la taille et du poids des véhicules. Jusqu’alors les clients n’y étaient pas plus prêts que les constructeurs. Cette réduction des volumes est aussi contrariée par la réglementation : sécurité, comme le choc piéton, et émission de polluants dangereux traitée par les normes Euro 4, Euro 5 et Euro 6.
L’autre voie plus radicale consiste à réduire le nombre de motorisations essence ou diesel. Quatre solutions existent : l’utilisation des bio-carburants dans des moteurs classiques, les véhicules électriques, les véhicules hybrides, essence ou diesel, et les véhicules à hydrogène, exploité comme carburant ou pour alimenter une pile à combustible produisant à bord de l’électricité.
L’enjeu est de trouver un équilibre volume/prix/faisabilité entre ces solutions qui présentent toutes des difficultés. A court terme, l’hydrogène ne peut être une solution crédible car les techniques sont trop coûteuses pour un déploiement massif, et il n’existera pas de réseau de distribution en Europe.
Les véhicules hybrides ont fait leurs preuves et apportent une réponse efficace mais dégradent sérieusement la marge des constructeurs pour le bas de gamme. PSA a renoncé à déployer sa solution hybride diesel en dehors de son haut de gamme.
Il reste le véhicule électrique "pur" et les véhicules à éthanol. Tous les deux souffrent d’une image de marque médiocre : autonomie et performances limitées pour le véhicule électrique, politique publique hésitante pour les bio-carburants menacés de perdre leurs avantages fiscaux et contestés pour leurs contre-performances écologiques.
Les constructeurs n’ont d’autre choix immédiat que de proposer une offre de véhicules électriques attractive en terme d’autonomie et de performance. Une véritable rupture est nécessaire ! Car ce délai pourrait constituer une victoire à la Pyrrhus si l’offre alternative provenait de constructeurs extérieurs à l’Union européenne. L’industrie américaine exsangue, sommée de se transformer radicalement, ou de disparaître, ou la Chine pourraient trouver dans les voitures à faible émission un moyen de renaître ou d’exister au plan mondial. Plus que jamais le salut de l'économie européenne se situe dans l'innovation. Pour assurer un futur aux millions d'emploi en liés à l'automobile en Europe, il faut que les constructeurs innovent et prennent le leadership sur les produits de demain.
Jean-Pierre Corniou, directeur général adjoint de Sia Conseil
Rédigé à 14:03 dans Industrie automobile | Lien permanent | Commentaires (0)
Le cœur historique de l’industrie automobile américaine offre depuis des années déjà un visage peu avenant. Le centre ville battu par les vents froids du début janvier, date rituelle du Salon de l’automobile de Détroit n’invite pas à la rêverie et les tours du Renaissance Center, siège de GM, commencent elles-mêmes à souffrir d’un manque d’éclat.
L’industrie automobile a déserté en grande partie Motor Town pour le Sud Est plus accueillant et… moins syndiqué mais le Salon de Détroit reste la référence nord-américaine. De tous les salons mondiaux, c’est le plus extrême, le plus excessif, avec ses chromes agressifs, ses concepts cars démesurés. Au cours des dernières années, Détroit consacrait le triomphe des SUV et des trucks dans lesquels les constructeurs américains avaient placé tous leurs espoirs face à la montée inexorable de Toyota, Honda, Nissan, Hyundai… et des constructeurs allemands de berlines.
Mais la crise qui s’est abattue sur l’automobile depuis 2007 a poussé les constructeurs américains au bord de la faillite et cassé l’élan de leurs concurrents asiatiques. Le Salon de Détroit 2009 est un salon de crise, la pire à laquelle est confrontée tant les (ex) Big Three que tous les autres constructeurs mondiaux. Plusieurs constructeurs n’y participent pas au Detroit Motor Show cette année, comme Nissan, Infiniti, Suzuki et même Porsche, et les présentations y sont beaucoup plus austères. Car les constructeurs américains ont le sentiment d’y jouer leur dernière carte, n’étant pas assurés d’être encore là en 2010. C’est bien sur une crise de la demande, les consommateurs ayant d’autres soucis que le renouvellement de leur véhicule dans les marchés matures, aggravée par la raréfaction des crédits. C’est une crise de l’offre, la voiture ne faisant plus rêver car accusée de contribuer au réchauffement climatique, à l’encombrement urbain et jugée trop chère et peu innovante par les jeunes générations. Or en fait comme l’exprime avec talent deux journalistes de The Economist, Iain Carson et Vijay Vaitheeswaran dans leur ouvrage Zoom, ce n’est pas la voiture le problème, mais le pétrole… La voiture continuera à jouer un rôle fonctionnel majeur aux Etats-Unis comme dans les pays matures, mais aussi attirerera les primo-accédants des pays émergents. Mais il faut que l’offre donne le sentiment à ces clients qu’ils sont entendus, que leurs préoccupations sont prises en compte et que la valeur produite soit à la hauteur des intentions. Aussi, tout ce qui peut soigner l’addiction des américains au pétrole est désormais bienvenu, en anticipation de quelques jours de la prise de fonction de Barak Obama qui a fait de ce remède un de ses objectifs environnementaux, mais aussi géo-politiques, majeurs.
Et les produits présentés traduisent une volonté de transformer cette industrie qui est fondamentalement au cœur de la culture nord-américaine et a façonné ses paysages.
Ford , en moins mauvaise santé que ses deux concurrents, attaque résolument la transformation de sa gamme. La Ford Fusion, hybride promise déjà pour 2010, n’est que la partie visible de l’iceberg. Bill Ford lui-même annonce que le véhicule électrique n’est pas un simple programme, mais le cœur du business plan de la marque, « green et high-tech », visant un marché de volume à prix abordable. Ce ne sont pas moins de quatre véhicules qui sont annoncés pour les quatre prochaines années. Ford proposera sur le marché américain aussi bien des hybrides que des véhicules électriques « plug-in ». Dès 2010, un véhicule commercial électrique à batteries lithium-ion sera introduit. Une petite voiture sera produite en 2011 en coopération avec Magna International. En 2012, de nouveaux véhicules hybrides seront enfin proposés…
GM, en piètre situation économique, figure encore en 2008 au palmarès des entreprises américaines ayant le plus investi en recherche développement. Depuis des années, GM travaille sur l’hydrogène et les véhicules électriques, ayant investi en 1996 un milliard de dollars dans un prototype, la EV-1, louée en petite série en Californie et en Arizona. GM s’engage en 2009 dans la construction d’une usine de batteries litium-ion aux Etats-Unis, opérationnelle en 2010, et développe ses capacités de recherche.
Sa Chevy Volt, aux lignes tendues et à l’intérieur très hi-tech, avec un tableau de bord en cristaux liquides reconfigurable, permettra en 2010 de parcourir sur batteries 65 kilomètres sans essence avant d’utiliser un petit moteur classique, essence et éthanol, pour recharger ses batteries, agissant comme générateur qui lui donne une autonomie supplémentaire de près de 500 km. La Volt n’est pas un véhicule hybride, mais un véhicule électrique n’ayant qu’un système unique de propulsion. Il ne s’agit pas d’un véhicule isolé mais de l’amorce d’une gamme de véhicules que GM appelle « extended-range electric vehicle « (E-REV) équipé du même système de propulsion que la Volt nommé Vortec. GM a ainsi annoncé un modèle de Cadillac, la Cadillac Converj, luxueux coupé, ainsi qu’un mini van.
Mais les constructeurs américains ont également compris que cette mutation du marché ne serait ni facile, ni rapide. L’influent Larry Burns, vice-président R&D et planification de GM, appelle à « un partenariat entre le gouvernement fédéral, les constructeurs et équipementiers automobiles et toutes les parties prenantes engagées dans la transformation de l’industrie automobile ». Cet appel à la coopération est un fait nouveau qui traduit bien le désarroi d’une industrie dépassée par l’ampleur de la crise et des ruptures nécessaires pour retrouver le chemin de la croissance.
Il s’agit donc d’un long chemin qui va refaçonner cette » industrie des industries » qui aux Etats-Unis comme en Europe contribue à 10% des emplois.
Rédigé à 23:33 dans Industrie automobile | Lien permanent | Commentaires (2)
La Commission européenne, le Parlement européen et les constructeurs automobiles européens se sont entendus le 1er décembre pour définir les modalités d’atteinte, sur l’ensemble de chacune des gammes des constructeurs, de la limite moyenne de 130 g/km d’émission de CO2, soit 18% de réduction.
Alors que le marché européen de l’automobile se dégrade en cette fin d’année 2008 avec une ampleur aussi brutale qu’imprévisible, et que les perspectives de cette industrie sont particulèrement sombres à court terme, il faut quand même se réjouir de constater que les préoccupations environnementales ne soient pas complétement reléguées au second plan. Est-ce le moyen de redonner à cette industrie une image qui s'est dépréciée ?
L'automobile est totalement entrée dans la vie des consommateurs européens à la fin des années cinquante. Elle était alors le symbole de l'accession du plus grand nombre à ce qui était autrefois un luxe et un privilége, la mobilité individuelle. Elle a fait naître en Europe une industrie puissante et novatrice, génératrice d'emplois diversifiés dans un tissu industriel riche.
Mais depuis quelques années, elle a été insensiblement détrônée dans l'esprit des consommateurs, et surtout des plus jeunes, par les technologies de l'information et de la communications comme symboles de l'innovation et de la mobilité. Une étude faite par le MIT en 2006 auprès des adolescents américains montrait que ce qu'ils considéraient comme les technologies les plus obsolétes étaient le téléphone fixe et la voiture à moteur essence !
Environnement, énergie et mobilité sont aujourd'hui les enjeux de la nouvelle consommation.
L'accord du 1er décembre est donc important. C’est en 2015 que cette obligation « volontaire » devrait être respectée, au lieu de 2012, date primitivement fixée par la Commission. Si les débats ont été vifs depuis plusieurs mois, le contexte de crise a joué en faveur d’une démarche plus pragmatique que le volontarisme initial. Ces trois années supplémentaires représentent-elles un répit ou vont-elles accentuer les difficultés de l’industrie européenne, confrontée depuis dix ans à une stagnation de son marché et à une remise en cause du « désir d’automobile » dans les jeunes générations ?
Dès 2012, cette limitation concernera une fraction de la gamme, soit 65 %, cet objectif devant atteindre 75% en 2013, 80% en 2014 et la totalité des véhicules en 2015. Cet objectif global moyen de 130 g/km est décomposé par pays, la France devant atteindre 126g/km, l’Italie 122 g/km et l’Allemagne 132 g/km. L’accord prévoit des pénalités évolutives en cas de dépassement des objectifs. Un gramme de dépassement coûtera cinq euros, quinze euros pour 2 grammes, vingt-cinq pour 3 grammes et 95 euros par véhicule au-delà de 3 grammes.
Le Parlement européen qui avait déjà manifesté sa mauvaise humeur devant le manque d’ambition de la Commission doit encore approuver cet accord, mais le contexte économique rend désormais une remise en cause improbable.
Dans ce débat, si les parties prenantes semblent temporiser sur le calendrier, l’Europe garde un cap très ambitieux, limiter les émissions moyennes à 95g/km en 2020.
Ce double mouvement paraît contradictoire, tant il est difficile pour les constructeurs d’abaisser la moyenne d’émission de leur gamme, et donc le saut ne serait qu’encore plus douloureux pour atteindre la cible de 2020. Une décennie pour changer en profondeur la culture automobile paraît une période courte tant l’évolution de ce marché où se sont vendus en 2007 16 millions de véhicules neufs se heurte à de multiples obstacles.
En effet cette bataille cache des enjeux complexes. Par la structure de leur gamme, les constructeurs généralistes, ont atteint des résultats convaincants sur l’année 2007, respectivement 137,3 g/km pour Fiat, Peugeot (141,9 g/km), Citroën (142,2 g/km) et Renault (146,4 g/km). Or les constructeurs allemands beaucoup plus présents sur le haut de gamme peinent à faire descendre leurs émissions de CO2 au dessous de 170g/km, même s’ils ont engagé un programme de reengineering de leurs véhicules, avec des solutions de motorisation classique, plus ambitieux que celui de leurs concurrents français ou italiens.
Derrière les arguments classiques - emploi, compétitivité de l’industrie automobile européenne – se profile un débat technique ardu qui recouvre deux mouvements complémentaires.
D’un côté, pour atteindre une cible de 130g/km en 2012, il faut procéder a un downsizing systématique des moteurs et donc de la gamme avec les moyens existants actuellement : baisse des cylindrées, baisse du poids, diminution de la taille des véhicules. Jusqu’alors les clients n’y étaient pas plus prêts que les constructeurs, désireux à la fois d’espace et de fonctionnalités innovantes. Ce mouvement de réduction des volumes est aussi contrarié par la réglementation en matière de sécurité, notamment la gestion complexe du choc piéton comme la réglementation en matière d’émissions de polluants dangereux pour la santé et traitées dans le cadre des normes Euro 4, Euro 5 et Euro 6. Il faut rappeler que le CO2 n’est pas une substance toxique, mais un gaz à effet de serre.
L’autre solution plus radicale consiste à réduire en pourcentage de la gamme le nombre de véhicules à moteur à explosion. Quatre solutions existent : l’utilisation des bio-carburants dans des moteurs classiques, les véhicules électriques, les véhicules hybrides, doté d’un moteur thermique, essence ou diesel, ou les véhicules à hydrogène, soit hydrogène liquide employé comme carburant soit alimentant une pile à combustible pour produire à bord l’électricité nécessaire.
La difficulté pour les constructeurs est de trouver un équilibre volume/prix/faisabilité entre ces quatre solutions qui présentent toutes des difficultés. A court terme -quatre ans- l’hydrogène ne peut être une solution crédible même si elle est prometteuse à long terme. Les techniques sont encore trop coûteuses pour un déploiement massif, et il n’existera pas à cet horizon de réseau de distribution en Europe.
Les véhicules hybrides ont fait leurs preuves et apportent une réponse pratique et efficace à tous les niveaux de gamme, mais dégradent sérieusement la marge des constructeurs pour le bas de gamme où les prix sont tendus. PSA a renoncé à déployer sa solution hybride diesel en dehors de son haut de gamme.
Il reste le véhicule électrique « pur » et les véhicules à éthanol. Tous les deux souffrent d’une image de marque médiocre : autonomie et performances limitées pour le véhicule électrique, politique publique hésitante pour les bio-carburants qui sont menacés de perdre leurs avantages fiscaux au moment où ils sont contestés dans l’opinion pour leurs contre-performances écologiques actuelles en Europe. Il reste donc pour les constructeurs à proposer une offre de véhicules électriques attractive, notamment en terme d’autonomie. C’est probablement le marché sur lequel la qualité de l’offre pourra le plus rapidement faire bouger les lignes .
Imaginer que d’ici 2012, les constructeurs seront en mesure de développer et de déployer une offre alternative de grand volume – plusieurs centaines de véhicules émettant moins de 110g/km - paraît effectivement un pari risqué. Se donner du temps est une mesure de sagesse, dès lors qu’elle ne ralentit pas la prise de conscience actuelle et la volonté des constructeurs, qui trouvent enfin écho auprès des consommateurs, de provoquer une véritable rupture.
Mais ce délai pourrait constituer une victoire à la Pyrrhus si l’offre alternative provenait de constructeurs extérieurs à l’Union européenne. L’industrie américaine exsangue, sommée par le gouvernement de se transformer radicalement, ou de disparaître, ou l’industrie automobile chinoise pourraient trouver dans les voitures à faible émission un moyen de renaître ou d’exister au plan mondial. Plus que jamais le salut de l'économie européenne se situe dans l'innovation. On sait que 2,5 millions d'emploi en France seulement sont liés à l'automobile. Pour protéger ce capital, il faut que les constructeurs innovent et prennent le leadership sur les produits de demain. Tout ce qui retarde la prise de conscience, et altère la capacité de réaction de l'industrie automobile, est une menace pour cette industrie vitale que l'Europe a su encore faire évoluer. Mais le pourra-t-on encore demain ?
Pour information, l'étude de Sia Conseil sur le véhicule électrique a été publiée dans Les Echos du 26 décembre 2008
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