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18 novembre 2008

Prochaine publication

LeWeb15ansdéjà

Le projet de livre que j'avais provisoirement intitulé  "La République de l'internet" est entré maintenant en phase de fabrication et sera disponible en librairie le 14 janvier 2009.

Ce blog changera le même jour. Il permettra une mise à jour, plus fréquente et plus visuelle (note personnelle à l'attention de Louis Naugés), des informations contenues dans l'ouvrage "papier", pour devenir, je le souhaite, un authentique lieu de débat sur l'évolution du web dans toutes ses dimensions économiques, sociétales et politiques. Le blog permettra aussi de traiter d'autres sujets, comme les "nouvelles technologies de l'énergie", qui vont être très proches des "nouvelles technologies de l'information" dans leur esprit de décentralisation et d'innovation. La mutation que les Etats-Unis vont engager dès le 20 janvier avec l'arrivée de l'équipe de Barack Obama sera l'opportunité pour nous tous de capter l'esprit de transformation pour l'intégrer dans notre vieille Europe plus que jamais coincée entre les nouvelles puissances du BRIC - Brésil, Russie, Inde, Chine - et des Etats-Unis blessés à la recherche d'une nouvelle donne.

Ce blog restera personnel, donc indépendant et libre de toute contrainte. Mais il sera aussi plus intimement lié à la production et à l'expérience du jeune cabinet de conseil avec lequel je coopére comme directeur général adjoint, Sia conseil. Sia a fait le choix, avant mon arrivée, d'une stratégie originale de partage de la propriété intellectuelle sur le web. Je m'inscris parfaitement dans cette orientation stratégique. "Conseiller" est un mot fort que beaucoup de consultants avaient oublié. Sia conseil... conseille ! Je suis donc profondément en phase avec ce que nous produisons chez Sia, ce qui est à la fois un plaisir intense et aussi une responsabilité. Nous souhaitons devenir le cabinet de référence du "consulting 2.0", celui de l'innovation, de la créativité et d e la transformation. Ce blog fera donc parfois référence à ce que nous produisons chez Sia, dans un souci de cohérence et d'éthique intellectuelle.

Le blog changera donc de forme mais restera aussi fidèle, pour une partie de son contenu, à la réflexion sur la maîtrise et l'impact des technologies de l'information dans l'entreprise. Il est évident pour beaucoup d'entre nous que l'avenir de l'informatique professionnelle se situe dans l'exploitation des techniques issues du web. Cette mutation prendra du temps et nous devons l'accompagner avec discernement. 

05 novembre 2008

Obama, la science et les technologies de l'information

 

Barack Obama a exploité mieux que tout autre Internet et les ressources du web 2.0 pour déployer une campagne électorale exemplaire de rigueur et de méthode. Il en a également fait un moyen de financement redoutablement efficace en privilégiant le nombre de donateurs,notamment jeunes internautes, au volume.

 

Homme d’une nouvelle génération, Obama ne considère pas Internet et le web comme des outils auxiliaires mais il les place au cœur de son action politique. Cette compréhension intime de la technique ne se limite pas aux techniques de l’information et de la communication, mais touche la science en général dont il veut faire le levier de transformation de l’économie des Etats-Unis. Bien entendu, dans un monde «Hot , flat and crowded », comme le décrit dans son dernier ouvrage Thomas Friedman plaidant pour « une révolution verte » , Obama a bien compris que cette nouvelle frontière de l’énergie qui permettrait de « guérir l’Amérique de son addiction au pétrole » serait aussi, et surtout, un moyen de développer les investissements dans les richesses et les emplois de l’avenir.

Dans une vidéo mise en ligne sur YouTube le 3 novembre, quelques heures avant son élection, et intégrée dans son programme intitulé « The Blue Print for Change » Barack Obama détaille son projet politique envers  la technologie. Il a compris la profonde logique de la grande convergence du XXIe siècle qui associe les industries du traitement de l’information - l’écosystème informatique - et celles de la mise en relation - les télécommunications- aux "fabricants" de contenu, émetteurs et récepteurs. Il y intégre un volet énergétique qui aux Etats-Unis est très directement associé aux technologies de l'information, la Silicon Valley mettant son expérience entrepreuriale et ses réseaux de financement au service de cette industrie nouvelle.

La révolution  informatique est derrière nous, pourrait-on désormais penser.  Place à la transformation de notre vie quotidienne grâce aux techniques désormais aussi invisibles qu’omniprésentes. Place au sens dans une démocratie numérisée où la construction de la pensée et de l’action politiques se font grâce au débat contradictoire et informé. Obama retrouve, quelques années plus tard, mais avec désormais le recul de l’expérience à grande échelle de quinze années d’internet, l’inspiration d’Al Gore et de Bill Clinton quand au rôle majeur dans la transformation de la société du  développement des usages des technologies de l’information, de la communication et de la connaissance

Le premier axe des ambitions d’Obama  est d’abord de doubler les crédits fédéraux pour la recherche et de rendre permanent le dispositif de crédit impôt recherche, car la science et l’innovation sont  la clef des transformations à venir, de la compétitivité et des emplois. Il veut protéger le développer des start-ups de demain en renforçant les dispositions anti-trust et continuer à attirer les meilleurs talents mondiaux par une politique attractive de l’immigration. Il est admis que 50% des produits, et des emplois, qui seront courants dans vingt ans n’existent pas encore. Seul l’investissement dans la recherche, le développement  et les compétences peuvent les faire émerger. La compétition économique ne se joue pas sur le seul coût de la main-d'oeuvre mais sur l'innovation.  La résolution des problèmes de société n'est pas un coût, mais une opportunité de croissance à valeur ajoutée plus utile socialement que les produits financiers dits "structurés", bel euphémisme...

Fort de son expérience du web au cours de sa campagne, Barrack Obama veut créer « une démocratie transparente et connectée » permettant aux citoyens de disposer d’un accès en ligne à tous les documents publics, sans culte du secret. Les contrats fédéraux, les financements publics, les actions des lobbies seront rendus publics sur le web. Les citoyens pourront également poser des questions en temps réel, proposer des suggestions et émettre des commentaires sur les projets de lois. Ce serait ainsi un forum public permanent qui permettrait au législateur de connaître et surtout comprendre les aspirations de l’opinion avant de prendre leurs propres responsabilités.

Il considère qu’une des premières finalités des technologies de l’information est de résoudre les problèmes des gens, en premier lieu la santé et l’éducation. Il faut que les lieux publics, écoles, universités, bibliothèques, hôpitaux soient tous reliés par des réseaux haut débit. Il est essentiel de redonner goût aux enfants et étudiants pour les matières scientifiques en développant une culture technologique permettant de faire naître les scientifiques et ingénieurs de la prochaine génération.

Le développement d’une infrastructure médicale informatisée permettra de baisser les coûts de la santé, exorbitants aux Etats-Unis, de réduire les erreurs et d’améliorer le niveau général de santé grâce, notamment, au dossier médical informatisé. Il faut rappeler que la France, après en avoir brillamment lancé l'idèe, à laisser se dissoudre le projet de DMP dans les méandres du corporatisme, de la bureaucratie et de l'impuissance publique.

Citant Google et son implication dans l’énergie solaire, Obama conclut son intervention sur  l’énergie verte, propre et renouvelable, désormais pleinement intégrée dans la révolution technologique, qui  sera un vecteur d’innovation et de transformation des habitudes énergétivores des américains.

Bien entendu, cette transformation radicale des usages implique que le haut débit soit accessible à tous et en tous lieux, et à un prix que chacun puisse payer. Mais c’est un moyen, pas une finalité.

Barack Obama sait que les Etats-Unis, aujourd'hui blessés dans leur économie comme dans leur honneur, ne sont jamais meilleurs que dans l'épreuve. En faisant de la science et de la technologie un de ses thèmes prioritaires, il reprend à son actif l'aventure spatiale comme celle des "autoroutes de l'information" qui avaient marqués l'action de ses prédécesseurs. Aux antipodes de Joe Six Pack et des hockeys mums, il souhaite mettre encore plus haut la barre pour continuer à permettre aux Etats-Unis de développer et renouveler leur leadership mondial.

POur l'Europe, et la France, c'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Une bonne nouvelle car cette dynamique accélérera la sortie de la crise mondiale autour de thèmes d'action innovants et prometteurs. Une mauvaise nouvelle car l'agenda de Lisbonne, à qui il ne reste que deux petites années pour se concrétiser, va prendre un vrai coup de vieux. Une mauvaise nouvelle encore car les Etats-Unis restent une puissance redoutable et que le rééquilibrage atlantique que leur faiblesse aurait pu un temps faire espérer à certains n'est vraiment pas au coin de la rue avec une nation galvanisée par un Barack Obama porteur d'espoir et de... compétence.

Yes, we can... A nous de ne pas attendre que la puissante machine américaine, après voir un moment douté d'elle même, se remette brillamment en route. N'oublions jamais qu'Obama, même plébiscité par plus de 85% des français, est d'abord et avant tout un américain. Il fera ce qui est nécessaire dans l'intérêt supérieur des Etats-Unis. Il aura raison. Faisons la même chose, mais plus vite encore !  Oui, nous le pouvons !

27 septembre 2008

Humeur d'automne

Depuis la fin du mois d'août, période décrétée par les journalistes comme "la rentrée", où chacun est sommé de conserver son bronzage et sa bonne humeur, les mauvaises nouvelles tombent avec une sombre régularité.

L'économie mondiale va de plus en plus mal, la croissance est anémique, le pétrole reste encore très cher, l'emploi se raréfie... A la place du "soft landing" annoncé par les économistes il y a deux ans, l'atterrissage de l'économie américaine après des années de croissance dopée au "crédit pas cher" ressemble à une magnifique sortie de piste non contrôlée et coûteuse pour l'économie mondiale. Certes, dans l'esprit même du pur libéralisme, les consommateurs et les contribuables sont sympathiquement conviés à rembourser les dettes pourries transformées en or par les golden boys de la City et de Wall Street et en plomb pour le reste de l'humanité. On se sait pas encore quels vont être les bonus 2008 de ces paganinis de la finance mais cette information devra être scrutée de très près quand on sait qu'au coeur de la crise, Lehman Brothers a distribué 10 milliards de dollars de bonus à ses génies en décembre 2007.

NB : les chiffres ont été publiés fin janvier 2009. A la grande surprise du président Obama, Wall Street qui avait distribué 35 milliards de bonus fin 2007 en a encore distribué fin 2008, pire année bancaire de l'histoire économique récente des Etats-Unis, 18 milliards $. Néanmoins,il faut aussi profiter de ces périodes d'émotion et de frustration pour rappeler que les banques continuent à jouer un rôle majeur dans l'économie et que leur activité spéculative, si elle a pu être totalement excessive et non contrôlée,  ne représente pas leur seule activité. Les traders ont beaucoup perdu dans la crise qu'ils ont provoqué, notamment leur emploi, mais d'autres activités parfaitement saines peuvent justifier des récompenses individuelles.

Mais l'économie mondiale ne s'est mise toute seule dans de beaux draps parce que des petits malins ont inventé le moyen d'offrir à des gens insolvables des maisons invendables et d'en faire le produit financier du siècle. Les golden boys, tous les Jérôme Kerviel de la planète, ivres de leur rêve d'argent, de Porsche et de yachts, ne sont pas vraiment coupables. Les spéculateurs ont toujours été nécessaires, ils font du nettoyage comme dans tout écosystème.

Mais dans leurs outrances ils ne sont que l'instrument sans conscience d'un mal plus profond qui depuis près de vingt ans corrompt l'économie mondiale, dégrade le sens commun, justifie toutes les corruptions et les compromissions. On pouvait certes méditer le vieil adage boursier selon lequel les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, évoquer une nouvelle bulle pétro-immobilière, mais la machine infernale à faire des grosses bêtises s'est emballée dans le plus pur style des scénarios catastrophes... Parce que tous les freins avaient disparu !

Pourtant les mises en garde n'ont pas manqué. Parmi les plus lucides, Joseph Stiglitz écrivait en 2006 dans "Un autre monde" :" Les Etats-Unis sont le pays le plus riche de la planète, et pourtant ils vivent au-dessus de leurs moyens. Ce faisant ils rendent service au monde. Sans les folles dépenses des Etats-Unis, la peur de voir l'économie mondiale devenir très faible, si faible peut-être que les prix pourraient se mettre à baisser, aurait pu devenir réalité. D'où la question : combien de temps encore les Etats-Unis pourront-ils continuer à rendre ce service, à dépenser sans compter ?  Et y a-t-il d'autres solutions possibles, plus équitables, pour éviter une récession mondiale ?"

Nous aurions aimer quitter en douceur une économie matérielle, fondée sur la rareté et la chère acquisition des conditions de la survie, pour entrer dans une économie immatérielle, celle des idées, de l'innovation, de la recherche, de la connaissance. Nous y avons crû parce que la technologie le rendait possible. Une économie fondée certes sur le mouvement, le marché et l'initiative, mais aussi sur la démocratie, le respect mutuel, le sens de l'équité, la reconnaissance légitime de l'effort.

 Une économie  qui, comme elle a appris, pendant deux siècles, à gérer les excès du capitalisme pour développer la croissance dont chacun a bénéficié, aurait été suffisamment lucide pour construire une mondialisation équitable dont nous avons besoin pour garantir la paix et, ultimement, la survie de la planète. J'entends déjà fuser tous les noms d'oiseaux : utopiste, conceptuel, et la pire injure, "intellectuel" ! Par un cruel volte-face de l'histoire, alors que nous disposons des moyens d'information les plus sophistiqués, nous avons privilégié le mensonge, celui des armes de destruction massive comme ceux d'Al-Qaïda, le cynisme, l'arrogance, la dictature du court terme... et bien sûr le retour des gris-gris de toutes obédiences. Et nous avons constaté avec stupeur que le libéralisme dans son extrémisme rejoignait le pire communisme dans son culte du dogme.

Il faut que cette crise, violente et durable, soit utile. Comprendre que le marché ne peut tout résoudre, que le consensus de Washington n'est pas le seul plan possible, que notre petite planète ne peut se contenter de coups à court terme, et de "quarterly results",  mais nécessite une vision systémique et la réhabilitation de valeurs de rigueur et d'imputabilité.

A entendre McCain et Obama lors de leur premier débat électoral, curieusement consensuels, la thérapie à 700 milliards de dollars pourrait accélérer la prise de conscience et un début de réponse de la part de la nation impériale... A suivre !
Et pendant les travaux les licenciements continuent...

18 juin 2008

La puissance du co-design


Pendant des siècles, l'organisation de la société, et donc des entreprises, a été inspirée par une organisation  hiérarchique rendue indispensable par le manque de compétences et de discipline. Dans un modèle de talents organisés de façon hiérarchique et pyramidale, la régulation est la préoccupation majeure de l’entreprise qui est construite sur un modèle centripète, rassemblant les informations produites à la périphérie pour les concentrer au centre où se situe le cœur comptable et financier du système.

Internet rend possible un autre modèle organisationnel : l’entreprise en réseaux. Ce qui fait la force de l’entreprise en réseaux est de fédérer des talents internes et externes autour d’un ou plusieurs projets communs. Et parmi ces talents se situent ceux des clients, des consommateurs, qui ont une vision aigüe de leurs désirs, de leurs attentes et de leurs pratiques. Les fournisseurs jouent également un rôle clef dans ce modèle fédérateur. Ils sont responsables non pas d’une sous-traitance, c'est-à-dire de l’exécution passive de décisions prises par le « donneur d’ordre », mais d’une co-traitance où ils partagent la responsabilité de la conception.

Les conséquences de l'emrgence des clients et des fournisseurs dans le modèle de conception et d'innovation des entreprises  sont considérables. On passe du design imposé par les équipes internes de recherche et développement et orienté par le marketing a un système coopératif de co-design où chacun contribue de façon holistique à la création du produit final.

Deux exemples illustrent cette évolution.

Pour la conception de la nouvelle Fiat 500, Fiat a lancé un programme de communication sous le nom « la 500  a besoin de vous » . Une plateforme interactive multimedia a été conçue pour associer le public au design du véhicule. Cette campagne a été voulue par Fiat comme un vaste laboratoire en ligne, où les utilisateurs pouvaient découvrir le concept stylistique du nouveau véhicule, exprimer leurs préférences, proposer des idées et contribuer ainsi à la création du projet. Fiat déclare que plus de 130000 idées de configurations, d’accessoires ou de customisation ont été collectées à travers ce laboratoire.  a été conçue en demandant leur avis aux internautes. Les idées retenues étaient même primées d’un montant de 3000 €.

Dans le monde des coopérations industrielles classiques, le nouvel avion d’affaires de Dassault, le Falcon 7X est le premier exemple à grande échelle d’une conception totalement partagée entre Dassault, l’architecte du système, et chacun des grands partenaires qui on financé, développé et réalisé les sous-ensembles. Ce travail collaboratif multi-disciplinaire a été inventé par Dassault Aviation et Dassault Systèmes pour le programme 7X. Sous conception générale de Dassault Aviation, chaque partenaire s'est vu confier la conception détaillée d'une partie de l'avion. Quelque quatre cents ingénieurs issus du bureau d'études de la Société et des vingt-sept sociétés partenaires se sont retrouvés, chez Dassault Aviation, à Saint-Cloud, pour réaliser la conception préliminaire de travail en " plateau physique ". Les partenaires sont ensuite rentrés dans leurs entreprises à travers le monde afin de réaliser, en réseau, la définition détaillée de l'appareil. Le travail en " plateau virtuel " a alors débuté.

L’originalité du système est que les partenaires ont ensuite continué à travailler ensemble comme s’ils étaient en " plateau physique " en alimentant une base de données unique consolidée et mise à jour quotidiennement par Dassault Aviation dans son siège de Saint-Cloud. Chacun avait connaissance à tout moment de ce qui était fait par les autres dans le domaine le concernant. Dassault Aviation, l'architecte industriel, disposait quant à lui d'une vision globale et continue de l'avancement de l'avion. Ce type de modèle coopératif est un moyen de créer une véritable communautés d’intérêt qui transcende les relations classiques maître d’ouvrage / sous-traitants en tirant la quintessence de l’expertise de chacun des partenaires.

Un système coopératif partage avec l’entreprise monolithe les mêmes exigences de performance et de rentabilité. Chaque acteur doit être équitablement rémunéré pour sa contribution. Réduire les coûts d’interaction internes et externes, les délais et les stocks demeure une figure imposée de la performance. Les technologies de l’information sont le vecteur de cette cohérence dynamique.

Plusieurs grandes compagnies ont engagé des programmes de coopération avec leurs clients, comme Muji, au Japon, Boeing, BMW. ..

Dans une société ouverte et pro-active, les mécanismes classiques de l’économie n’ont pas disparu. Il ya simplement accélération des cycles désormais pilotés par les clients. Améliorer l’efficacité dans l’utilisation des capitaux  reste un critère incontournable de performance. Mais désormais il est impératif de renforcer l’intelligence collective, la flexibilité et l’agilité de l’organisation. Ainsi, la création de valeur se diffuse au sein de l’entreprise  étendue ans opposer de façon archaïque les intérêts de chaque acteur de la chaîne de valeur, en renforçant les intérêts croisés et exploitant de façon visible les contributions de chacun. Cette valorisation  des relations avec les fournisseurs (expérience, image), va également de pair avec la valorisation des relations avec les clients qui sont prêts à mettre leur expérience au service d’un projet dont ils sont in fine également bénéficiaires.

Ce nouveau modèle est encore embryonnaire. Mais avec bientôt deux milliards d'internautes, on peut être tout à fait confiant quant à l'impact sur la résolution des problèmes de notre petite planète de la mobilisation de tous ces talents dispersés.

 

 

19 avril 2008

La France toujours à la peine dans le numérique


Les classements se suivent et se ressemblent. Après avoir été jugée 21e par le World Economic Forum dans son « Global Information Technology Report », c’est au tour du classement IBM – The Economist de placer la France au 22e rang mondial pour sa capacité à tirer profit de l’économie numérique.

Si ces différents palmarès peuvent toujours être contestés sur quelques points de méthode, leur convergence met en relief à nouveau, sans doute aucun, un déficit persistant d’appétit de notre pays pour comprendre, détecter et surtout exploiter les potentiels de la numérisation de l’information et de la connaissance. L’économie numérique est en effet le cadre systémique dans lequel se joue désormais la compétitivité des pays. Les efforts des gouvernements, des entreprises, des citoyens doivent converger pour développer un cadre favorable tant à l’investissement qu'à l’usage des technologies numériques dans la vie quotidienne comme dans la vie des affaires. Le mérite de ces études est bien de mesurer le degré de convergence de ces nouvelles pratiques, car c’est bien la somme des progrès enregistrés dans chaque compartiment de la vie économique et sociale qui va engendrer la performance globale.

Le résultat de ces deux dernières études est sans appel. Non seulement la France occupe un rang médiocre parmi les pays les plus développés de la planète, mais la situation ne s’améliore pas au fil des années.

L’étude IBM-The Economist se base sur six critères :
- vision politique et gouvernementale, point sur lequel la France est placée au 21e rang
- connectivité, technologie et infrastructure (21e)
- business et environnement (21e)
- environnement culturel et social (18e)
- environnement politique et légal (15e)
- adoption de la technologie par les consommateurs et les entreprises (23e)

Les premiers de la classe demeurent, en tir groupé, les pays nordiques , Danemark et Suède, qui sont toutefois dépassés cette année par les Etats-Unis et Hong-Kong. Singapour, l’Australie, les Pays-Bas, la Royaume-Uni et la Suisse occupent également les places d’honneur. La France occupe un modeste 12e rang européen.

L’étude du World Economic Forum et de l’INSEAD met également en tête les pays scandinaves, Danemark, Suède, premier et second mais aussi Finlande (6), Islande (8) et Norvège (10), la Suisse (3), les Etats-Unis (4), Singapour (5), les Pays-Bas (7) et la Corée (9). Les concurrents directs de la France comme le Royaume-Uni et l'Allemagne la dépasse également...

La persistance de cette situation est préoccupante. L’économie numérique n’est pas simplement une version électronique de l’économie traditionnelle. Il ne suffit pas d’ajouter quelques ordinateurs et un logiciel de gestion intégré pour transformer une entreprise conventionnelle en entreprise numérique. A travers la numérisation des processus se joue une transformation puissante de l’ensemble des composants du fonctionnement d’une organisation complexe.

Le premier vecteur de transformation est le partage total de l’information entre toutes les parties prenantes du système que constitue l’entreprise. Les relations hiérarchiques s’en trouvent modifiées, le processus d’échange devient collaboratif, gagne en efficacité et en souplesse. Fluide dans ses relations internes, l’entreprise numérique fonctionne naturellement en entreprise étendue, avec ses fournisseurs mais surtout avec ses clients. L'intégration des clients dans l'entreprise numérique transforme les relations en les rééquilibrant L’avis du client ne compte pas seulement ex post, mais dès la conception. Le co-design est une conséquence naturelle de l’ouverture de l’entreprise à ses clients. Il recèle de puissants ferments d’innovation et de créativité, encore insuffisamment exploités;

L’entreprise numérique sait aussi réagir vite, en mode proactif plutôt que rétrospectif, pour s’adapter aux fluctuations de la demande comme aux événements exogènes qui perturbent les marchés. Il est absurde d’attendre la sacro-sainte clôture comptable pour réagir quand on sait traiter en quasi temps réel l’évolution du marché. Il faut agir au plus près du client sans perdre la cohérence d'ensemble. C'est précisément ce que doivent viser les systèmes d'information les plus modernes. Chacun des membres d'une organisation est détenteur d'une parcelle du savoir global, de l'ADN collectif de l'entreprise. Partager pour agir ensemble, s'approprier les problèmes pour mieux mettre en oeuvre les solutions, voilà ce que permet un système d'information efficace.

Le monde numérique n’est souvent traité au niveau politique qu’à travers des phénomènes spectaculaires, mais finalement secondaires, comme l’essor de la télévision sur mobile ou le problème de la propriété intellectuelle. On consacre beaucoup de temps à opposer intellectuellement les charmes du logiciel dit libre aux poisons supposés du logiciel dit propriétaire ou à vanter les mérites du très haut débit. Ces débats ne sont pas inintéressants. Ils sont tout simplement secondaires par rapport aux enjeux de l’usage réel des outils les plus performants. En vingt-cinq ans, l’informatique s’est imposée partout dans le monde. Aux mains de centaines de millions de citoyens de pays émergents, elle est devenue un outil de développement économique majeur. Internet permet la communication riche en tous points de la planète, remettant en cause de façon radicale les avantages concurrentiels des économies mûres. Cette économie là n’est pas l’enjeu de joutes théoriques dont nous restons friands : elle se borne à exister chaque jour pour faire mieux et plus vite les tâches classiques de gestion, mais surtout pour inventer de nouveaux produits et services, et faire des choses qu’il était simplement inconcevable d’imaginer auparavant.

L’enjeu pour notre pays est bien de rester dans la course à la compétitivité et pour cela il faut donner à chacun, dans les entreprises, les services publics, les associations les outils les plus performants. Du coiffeur ou du restaurant de quartier, du médecin généraliste aux corps de pompiers, du plombier ou de l’entrepreneur de BTP aux multinationales du bâtiment, de l'agent de guichet au PDG, chacun contribue à la performance globale et doit avoir les meilleurs outils pour s'intégrer de façon dynamique dans l'ensemble.

La numérisation ne peut se faire à structures et comportements constants. Il faut revoir les règles internes de fonctionnement, mais aussi créer de véritables partenariats avec les clients et les fournisseurs. Or ces changements ne doivent pas se limiter à des déclarations de façade, complaisantes ou condescendantes comme y excellent nos élites. C'est probablement en cela que l'exemple des démocraties nordiques est passionnant : on peut faire changer collectivement une communauté dans le double souci de l'efficacité et de de l'équité.

Cette nouvelle logique de "e-management" doit s'appliquer en interne mais aussi dans les relations inter-entreprises, comme entre l'Etat, les entreprises et les citoyens. Tous les acteurs doivent se parler, échanger, travailler ensemble, construire efficacement par la cohérence, la vitesse et la précision de leurs échanges, l’innovation et la qualité totale dont nous avons tous besoin et qu’il faut vendre sur le marché mondial ou développer pour servir les visiteurs de notre pays.

Sur le plan des techniques, même si l'infrastructure de base de notre pays est aujourd'hui globalement au niveau requis, le retard se situe dans l'utilisation des logiciels et des applications.Il faut maintenant dépasser le stade du traitement de texte et de la messagerie pour commencer sérieusement à utiliser les outils de conception, de gestion de processus, de relation client, de suivi de la chaîne d’approvisionnement, de gestion et de simulation économiques… et ceci dans chacun des métiers. C’est un vaste chantier global, qu’il faut stimuler sans relâche, sans souci de chapelle ou d’intérêt de court-terme, sans vision passéiste par respect pour le charme de la plume Sergent Major et de l’encrier, ou nostalgie de la Japy et des pelures…

Cet effort passe par un investissement raisonné et lucide, par la formation intense de tous les acteurs et par la transformation des méthodes de travail. La transformation impose également d’effacer rapidement les couches historiques de l’informatisation des entreprises qui tirent vers le bas les performances, absorbent inutilement une part croissante des budgets informatiques. Il ne viendrait à aucun dirigeant l’idèe de regretter de ne pouvoir équiper sa flotte de véhicules de R25 et de 604. Or l’informatique d’un grand nombre d’entreprises sent encore bon les années quatre-vingt dans ses couches historiques. Peu de gens s'en offusquent vraiment. Pourtant cette informatique ancienne, désarticulée, incohérente, qui fonctionne certes à coups d'interfaces et d'acrobaties techniques, ne peut constituer un socle robuste pour les ambitions d'aujourd'hui. Ce conservatoire des pratiques pré-Internet ne stimule ni la compétitivité, ni la motivation des collaborateurs. Il est temps de ne plus chercher à faire du neuf avec du vieux, mais vraiment de faire du neuf ! Non seulement c'est désormais possible avec des outils fiables, mais de plus cela coûte moins cher... C'est aux acteurs de l'écosystème, DSI comme industriels de l'IT de faire la démonstration que la transition peut se faire sans risques majeurs,et avec des délais et une qualité garantis.

Les études du WEF et de The Economist, qui sans aucun doute constituent le livre de chevet d’Eric Besson, devraient lui fournir une excellente matière pour réveiller la France endormie, à moins qu’elles n’alimentent ses cauchemars devant l’étendue de la tâche…Ce serait une erreur de considérer que notre pays qui a été un pionnier de l'informatique ne peut retrouver une forme de leadership dans cette nouvelle économie mondiale numérisée. Pour cela, il faut vouloir, savoir, pouvoir... Chiche !

14 janvier 2007

CES 2007, premières impressions


La quarantième édition annuelle du Consumer Electronic Show qui s’est tenue à Las Vegas du 8 au 11 janvier 2007 a dépassé toutes les précédentes par le nombre d’exposants, de visiteurs, de produits… Depuis 1967 le monde de l’électronique grand public a été radicalement transformé. A chaque étape, le CES a su capter les tendances et annoncer les transformations du marché. Ce quarantième anniversaire s'inscrit dans une phase d'accélération des mutations alimentées par la puissance de l'internet, les performances croissantes du numérique, la généralisation des écosystèmes et la mondialisation totale de ce secteur.

Ce grand marché de la consommation électronique est désormais la fête de la convergence entre l’informatique, les télécommunications et l’électronique grand public, entre les produits et les services, convergence tant annoncée mais qui aujourd’hui est une réalité dont les consommateurs se sont emparés. Comme l’affirme sans nuance le président de la Consumer Electronics Association, Gary Shapiro, « nous sommes sur la ligne de départ de cette ère nouvelle où les producteurs, les programmeurs, les éditeurs de logiciels, les sociétés de service et les fournisseurs de réseaux à large bande… conduiront ensemble la plus grande expansion économique de notre histoire ».

Qu’apporte le CES ? Cette vaste foire rassemble en un lieu central – 60000 m2 quand même qu’il faut arpenter pour saisir toute l’ampleur du mouvement - tout ce que les américains sont capables d’expérimenter et de mettre sur le marché et les asiatiques d’inventer et fabriquer en grande série et à bas coût. L’Asie n’est d'ailleurs pas un bloc homogène et une division du travail s’y est développée, entre le Japon et la Corée, qui inventent, d’un côté, et Taïwan et la Chine de l’autre, qui produisent. L’Europe est tristement absente de ce débat, en dehors de quelques exceptions comme Nokia ou Philips…

L’innovation est bien le produit de la rencontre entre un désir et de la capacité de le satisfaire par un produit ou un service accessible, tant sur le plan de l’ergonomie que du coût. Le désir de communiquer et de se distraire paraît, au sommet de la pyramide de Maslow, l’accomplissement personnel, totalement infini. Il alimente une créativité sans borne des industriels et prestataires de services, dans un marché qui ne cesse de croître tant la numérisation de l'information offre des possibilités multiplesà l'imagination des utilisateurs. Mais il ne s’agit plus simplement pour les industriels des technologies de l’information et les fournisseurs de services d’empiler les innovations techniques. Ils doivent aider le consommateur à s’approprier la technique pour déclencher et enrichir une transformation radicale des usages en permettant à chacun, en tout lieu, à tout moment d’accéder aux contenus de son choix à partir de l’objet relationnel de son choix. Ed Zander, président de Motorola, résume cette ambition en invoquant le passage des objets « cool » vers les expériences « cool » (« moving from cool devices to cool experiences »).

Ce CES 2007 illustre, à travers ce recentrage sur l’individu, le déclin du monde « broadcast » au profit d’une réappropriation par le consommateur de son environnement et de ses choix, phénomène de fond qui a commencé au début du XXIe siècle et que le rédacteur en chef de « Wired », Chris Anderson, qualifie de « long tail » . Aux Etats-Unis, les studios d’Hollywood, les éditeurs de musique, les grands réseaux de télévision – ABC, NBC, CBS -, les stations de radio, mais aussi la presse écrite, connaissent tous une relative désaffection en volume d’audience, et donc en revenus et en influence. Si le monde « broadcast » est un modèle synchronisé et unificateur des contenus et des comportements, jouant un rôle à la fois fédérateur et normalisateur, orientant le consommateur vers des choix limités, le monde « multicast » est fractionné, désynchronisé, auto-centré mais totalement ouvert à toutes les influences.

C’est un modèle qui met en avant l’ego dans une dynamique de création de réseaux d’affinités décentralisés. Cette construction ne s’applique pas seulement aux natifs numériques, qui l’ont inventé, mais tend à impliquer toutes les couches de la population et toutes les activités. Parti de la sphère de l’information et du loisir, ce mouvement affecte les secteurs traditionnels qui doivent composer avec des clients de plus en plus confiants dans leur autonomie, leurs désirs et leur capacité de choix. Ce choix est illustré au CES par l’inéluctable pénétration des objets nomades, dont l’iPod, devenu le symbole universel, le GPS et le téléphone sous toutes ses formes, dans l’habitacle de la voiture. Tom-Tom et Apple dictent leurs choix techniques aux concepteurs de véhicules au nom du client. La norme Bluetooth s’est imposée aux constructeurs pourtant réticents à déployer des outils venus d’un autre monde que celui de l’automobile.

Cette célébration de la technologie s’incarne dans une avalanche d’annonces de produits et de services qui couvrent toutes les phases de la création de contenus, de la diffusion et de l’usage. Si la marche en avant vers la généralisation de la connectivité IP en mode sans fil est irréversible, les batailles , à l’issue incertaine, font rage: bataille de l’écran, au cœur de la diffusion de l’image, bataille de la poche, où le nombre d’objets trouve ses limites physiques, bataille des standards d’enregistrement de la haute définition entre les formats Blu-Ray et HD DVD, bataille, centrale, des droits d’auteur, bataille des standards de communication sans fil entre, WiFi et WiMax, batille des consoles de jeux entre Sony, Nintendo et Microsoft.

D’autres combats sont plus nobles et rassemblent tous les acteurs : celui de la miniaturisation et de la baisse de la consommation d’énergie. Le marché, comme toujours, tranchera et le consommateur, averti et actif, jouera cette fois un rôle beaucoup plus important que lors des révolutions précédentes.

Mais, c’est peut-être loin des néons de Las Vegas, à San Francisco, qu’une autre annonce symbolise de façon emblématique l’ère de la convergence ; c’est le lancement par Steve Jobs de iPhone, à la fois iPod et téléphone, synthèse qu’Apple n’est pas la première firme a réaliser mais qui traduit bien, compte tenu de la capacité de Jobs à définir les tendances de fond, l’effacement de l’objet « ordinateur » face à ce nouveau venu hybride qui aspire à devenir le « communicateur universel ».

29 décembre 2006

Le e-père Noël est asiatique

Sous les sapins de Noël des pays développés se sont entassées comme chaque année désormais les merveilles de l’électronique grand public qui attirent sans réserve les faveurs des adultes comme des enfants. La liste de ces objets est impressionnante : tout ce que l’industrie a inventé au cours des dernières années pour créer, échanger, reproduire, stocker, diffuser les productions numériques, musique, image, vidéos, jeux. Dans cet inventaire à la Prévert les vedettes demeurent l’iPod et ses produits dérivés, les appareils photos numériques, dont le marché commence toutefois à être saturé, les téléviseurs haute définition, les caméras vidéos, les consoles de jeux, enjeu d’une guerre féroce, les téléphones portables, déjà banalisés…

Tous ces appareils ont un point commun : ils ne sont pratiquement plus fabriqués en Europe ni aux Etats-Unis.. Ils ont un second point commun : leurs prix de vente baissent de façon continue grâce à un système de production mondial très performant conçu autour d’une chaîne de valeur dont le cœur est désormais en Asie. L’Asie produit 40% de tous les composants électroniques mondiaux, la Chine en représentant quant à elle16%. Les exportations de produits électroniques représentent 34% des exportations totales de la Chine. Au fil des années, le mode de production a évolué rapidement pour sortir du modèle simple de la sous-traitance pour s’appuyer sur un système sophistiqué de répartition des responsabilités entre les acteurs asiatiques.

Derrière les marques connues, Apple, Sony, Philips, HP, Dell… se cachent en effet des producteurs que le grand public ne connaît pas. 41% de la production électronique de la Chine se fait pour le compte des compagnies internationales, mais la part du marché domestique croît très rapidement ainsi que les marques nationales. Des firmes comme Lenovo (PC), Huawei ( télécommunications), TCL, Haier,, devenu troisième producteur mondial de produits blancs, mais également puissant dans les téléphones et les téléviseurs LCD, ZTE (télécommunications) commencent à être connus non seulement des spécialistes mais aussi des consommateurs.L’industrie électronique asiatique évolue du concept d’OEM (« original Equipment Manufacturer ») vers celui d’ODM (« Original Design Manufacturer »), qui est la spécialité des firmes taiwanaises (Quanta Computers, Compal Electronics, devenu le premier producteur d’ordinateurs portables au monde, Wistron, Asustek, Inventec…). Ces firmes produisent des ensembles complets qui sont généralement fabriqués en Chine continentale et commercialisés sous une marque internationale. Les analystes de l’industrie électronique parlent des performances de la « Chinese connection », ensemble complet de fournisseurs qui peuvent prendre en charge la totalité de la chaîne de valeur. Mais les coréens Samsung et LG exploitent également ce modèle.

E n Chine, d’immenses conglomérats industriels regroupant des centaines de milliers d’ouvriers se chargent de l’assemblage. Ces usines important des composants des voisins asiatiques pour exporter des produits finis. Ainsi Foxconn ( marque de la firme taiwanaise Hon Hai Precision Industry) emploie en Chine 160000 salariés dont le salaire se situe autour de 100 $ par mois pour 60 heures de travail hebdomadaire ; elle fabrique notamment le iPod. Nano, la PlaysStation, certains téléphones Motorola et Nokia, des cartes mères pour toute l’industrie des PC, notamment HP. Hon Hai était classée en 2005 19e fournisseur mondial de biens électroniques avec 27 milliards $ chiffre d’affaires et un taux de croissance de 110%. ;
Le port de Shanghai est devenu en 2005 le plus grand port du monde avec 18 millions de conteneurs, bras armé de la mondialisation, et 443 millions de tonnes traitées.
L’Asie entend bien consolider ses positions dans ce domaine en montant en gamme. Si la Chine produit 38% des téléviseurs mondiaux, sa production migre des classiques tubes cathodiques vers les écrans plats LCD. Le marché des téléviseurs LCD de plus de 40 pouces est florissant en Chine . Les producteurs asiatiques attaquent résolument le marché professionnel, notamment le marché médical. Et l’Inde ne se contente plus, depuis longtemps, de produire du code informatique à bon marché, mais se positionne également sur le marché électronique.

Les positions européennes sont bien évidemment très fragiles dans le marché domestique, car si de grandes marques subsistent, comme Philips, l’outil de production est désormais en Asie. Il faut toutefois souligner dans ce contexte morose la combativité technologique et commerciale du fabriquant français de consoles audio-vidéo, Archos qui se déploie sur tous les marchés, y compris en Asie. La conséquence de cette désaffection (capitulation ?) européenne est une balance commerciale des produits électroniques lourdement déficitaire. La relance de la consommation se traduit automatiquement par le creusement du déficit commercial.

Il serait dangereux de penser que seul le marché de l’électronique professionnelle pourra permettre à l’Europe de tenir son rang dans ce domaine critique car il est indispensable de disposer d’un système global de supply chain pour bénéficier des effets d’échelle et de recherche développement.

Source : http://www.isuppli.com/
http://www.industrie.gouv.fr/biblioth/docu/4pages/pdf/4p227.pdf

19 septembre 2006

De la mondialisation : les technologies responsables ?

La mondialisation n’est pas une invention récente ! Le bas coût des transports, notamment maritimes- grâce ou à cause de la médiocre gestion des ressources non renouvelables d’énergie fossile et à l'invention du conteneur - , et l’explosion d’internet façonnent la mondialisation du XXIe siècle. Mais il s’agit d’un mouvement inexorable qui a commencé véritablement au XVIIIe siècle avec l’expansion coloniale. Si on admet qu’il s’agit d’un faisceau de faits techniques, politiques et économiques qui rapprochent brutalement des pays éloignés et qui s’ignoraient jusque là et modifient l’équilibre de leurs relations, on peut même oser penser qu’elle a commencé avec les premières conquêtes coloniales espagnoles. Pour se rassurer, on pourrait même expliquer ainsi que la mondialisation est un phénomène ancien et bien maîtrisé et, au delà des tensions actuelles, sans conséquence majeure sur les équilibres planétaires.

Dans tous les cas, ancienne ou récente, la mondialisation est une rupture. C’est un changement brutal qui bouleverse les perspectives habituelles, ancrées dans la culture dominante et métabolisées dans leurs comportements par les acteurs économiques. La mondialisation est fondamentalement une ouverture à des pratiques étrangères qui porte des conséquences rapides sur les flux d’échanges et sur les comportements.

C’est pourquoi, la mondialisation du début du XXIe siècle tranche sur les « mondialisations » antérieures par sa nature et la force de ses conséquences.

Certes la fin du XIXe siècle a connu un formidable changement dans les moyens de transport et de communication. L’ère est à l’ouverture permise par les moyens de communication. Mais c’est un mouvement à sens unique, la différence de potentiel entre l’Europe et le reste du monde générant un courant de population et de moyens techniques, dont la contrepartie est le rapatriement vers l’Europe des gains de ces investissements massifs en talents et en capital. La colonisation est vécue, en Europe, comme une formidable aventure humaine prometteuse de prospérité, sans que la dissymétrie fondamentale qui la caractérise ne pose question. Soixante millions d’européens ont quitté l’Europe pour l’Amérique du nord, avec la bonne conscience de civiliser des terres vierges.
La Grande-Bretagne tire revenus et fierté de son Empire qui fait de Liverpool le premier port du monde.
Les bateaux frigorifiques ont permis dès 1875 le transport de viande d’Argentine et de Nouvelle-Zélande en Europe, favorisant une spécialisation internationale qui a (déjà) déstabilisé les éleveurs européens. La décennie 1890 est une formidable période de découvertes et d’expansion mondiale du commerce. L’invention de la télégraphie sans fil a ouvert la communication mobile et sécurisé les modes de transport. Les câbles sous-marins transatlantiques permettaient d’échanger déjà de l’information élaborée à un coût faible. Le traitement automatisé de l’information de masse, apparu aux Etats-Unis avec le recensement de 1890, mais aussi la machine à écrire, la machine à calculer bouleversent le traitement de l’information et développent une productivité tertiaire sans précédent.

La guerre de 1914-1918 est la première guerre mondiale. Elle rassemble sur le théâtre d’opérations européen des peuples venus de la planète entière. Les fermiers néo-zélandais se font massacrer en Turquie à Galipoli. Les tirailleurs sénégalais meurent de froid dans les tranchées des Ardennes. Au nom de la défense de leur mères patries européennes, les peuples de colonies sont embrigadés dans un conflit qui les dépassent. Le paradoxe est que cette guerre scelle la mort d’une tentative de libre-échange mondial, poussée par les techniques de transport et de communication. Est-ce que cet affrontement européen fratricide puisait alors dans les excès de la « mondialisation » de l’époque les sources de son déchaînement ?

La mondialisation d’aujourd’hui est une mondialisation de masse et non plus de classe, une mondialisation de proximité plutôt qu’une mondialisation du déplacement et de la distance. Elle se joue dans les rayons de supermarché avec le jean à 5 €. La baisse des prix pousse les produits des pays émergents dans les caddies de la ménagère occidentale sans considération d’origine. C’est l’effet Wal-Mart, mais aussi Carrefour ou Auchan ! La stagnation des revenus des ménages accélère mécaniquement la pénétration des produits importés de pays à bas coût de main-d’oeuvre, entraînant à son tour une amplification de la fuite des emplois faiblement qualifiés vers ces mêmes pays au détriment direct, à court terme, de la population ouvrière des pays riches progressivement exclue des secteurs du textile et de l’électronique grand public. Même le tourisme de proximité est désavantagé face aux offres des catalogues sur internet qui proposent la semaine exotique dans les ghettos aseptisés à 150 €.

Certes, les messages circulent encore plus vite que les personnes. Non seulement internet a aboli toute forme de distance temporelle dans l’accès à l’information, mais la circulation de l’image par le satellite, l'image numérique et les webcams apporte dans chaque foyer des centaines d’opportunités de partager le regard des autres.

Mais la mondilaisation n'est plus unilatérale. La mondialisation est une formidable opportunité pour les vieilles civilisations indiennes et chinoises de retourner contre l’occident les armes utilisées pendant plusieurs siècles pour les dominer. Progrès technique et libre échange (re)deviennent des instruments de conquête, mais la donne a changé. INternet permet à toute entreprise d'accèder aux ressources mondiales et aux clients mondiaux. Mais l’outil le plus efficace restera sans aucun doute la compétence permise par un formidable mouvement d’éducation de masse et l'accès de tous à l'information scientifique et technique. L’illusion serait de croire que les pays « développés » pourraient se protéger de l’effet de destruction des emplois non qualifiés par une spécialisation toujours plus tendue vers les métiers hautement qualifiés. D’ores et déjà Inde et Chine sont lancées dans les technologies de pointe et cherchent à garantir leur indépendance dans les technologies les plus sophistiqués. Avec 5% de croissance mondiale depuis quatre ans, tirée par les nouveaux venus, qui serait en droit de blâmer ?


NB : Il faut lire « Making globalization work » de Joseph Stigliz (sept. 2006) (http://www2.gsb.columbia.edu/faculty/jstiglitz/)
Publié en français par Fayard sous le titre "Un autre monde" sous-titré "Contre le fanatisme du marché". La différence de titre pour le marché français est signifiante...

09 novembre 2005

Le monde magique des télécommunications


Le « 22 à Asnières » est définitivement une référence que les adolescents ne peuvent pas comprendre ! En deux décennies, nous sommes passés, dans la trés grande majorité des pays, d’une ère de pénurie de téléphone, gérée de façon malthusienne pas des monopoles publics coûteux et poussiéreux, assujettissant les usagers captifs à d’intolérables contraintes de service et de tarif au nom du dogme du "service public", à une ère de communication facile, omniprésente et peu coûteuse. Nous sommes sortis du monde unidimensionnel du téléphone vocal fixe, point à point, avec une consommation (sur)facturée à la durée, pour entrer dans un monde multi-usages, multi-canaux, multi-tarifs avec un coût d’usage beaucoup plus abordable, parfois même gratuit. Ce n'est que le début. Plus encore que la révolution de la communication entre personnes, c’est demain la communication entre machines qui apportera une nouvelle gamme de services novateurs. Le téléphone portable sera ainsi le porte-monnaie de chacun, permettant de payer des services en relation directe avec des automates, mais aussi d’ouvrir sa porte d’appartement ou de démarrer sa voiture.

Cette ère d’abondance, nourrie par une technologie extrêmement performante et innovante, ouvre des perspectives nouvelles que nous commençons seulement à embrasser dans leur globalité.

Le XXIe siècle s’affirme incontestablement comme le siècle des télécommunications. Il y a naturellement une fascination compréhensible pour les facilités d’usage qu’apportent ensemble aujourd’hui le téléphone portable et internet. Les services de communication que les réseaux fixes et sans fil supportent sont sans limite, dès maintenant et plus encore dans le futur immédiat : voix, image, données, télévision, musique… Il n’est plus raisonnablement possible, en dehors d’une poignée d’irréductibles grincheux, de se passer dans la vie domestique et surtout professionnelle du recours à ces outils pour la plupart des tâches courantes. Les consommateurs plébiscitent les outils de communication sous toutes leurs formes. La croissance du marché, et de l’usage, sur une période aussi courte, n’a pas de précédent dans l’histoire des techniques ! Est-il nécessaire de rappeler les données chiffrées ? La planète, selon l’Union internationale des télécommunications*, organisme de l’ONU qui siége à Genève, compte plus de 700 millions d’utilisateurs d’internet, dont plus de 100 millions à haut débit. Or internet n'a que dix ans ! Il faut également comptabiliser 1,5 milliards d’abonnés au téléphone mobile.

Ce succès est dû à la rencontre de trois séries de facteurs :
- Une vague puissante d’innovation technologique
C’est le moteur de cette révolution. La numérisation de toutes les informations qui permet de faire circuler sur la même infrastructure avec le même protocole, le réseau IP, des données informatiques classiques en même temps que la voix, le son et l’image, avec des débits suffisants pour supporter des volumes élevés et apporter un confort d’utilisation satisfaisant. La convergence autour du protocole IP permet de regrouper toutes ces technologies dans un environnement unique..
Le passage au haut débit grâce à l’ADSL a révolutionné l’usage d’internet et conduit de nouveaux utilisateurs à exploiter le potentiel de cet outil ! Il suffit de revenir temporairement à une liaison commutée, par le téléphone classique, pour comprendre pourquoi…
La révolution du téléphone mobile est aussi alimenté par une technologie simple d'accès, des coûts trés accessibles, les appareils étant largement subventionnés par les prestataires de services, et des services commodes. Le standard GSM a apporté mondialement au téléphone portable une infrastructure suffisamment robuste et économique pour faire exploser le marché… que les générations technologiques suivantes (G3, G4) continueront à faire évoluer. Wi-Fi et demain Wi-MAX apportent la souplesse d’usage de la mobilité au sein d’espaces privés et publics de plus en plus vastes.

- La fin des monopoles publics et la baisse des coûts
Engagée grâce à une politique mondiale de dérégulation engagée par la Grande-Bretagne dès 1984 et les Etats-Unis avec le démantèlement d’AT&T en 1984 sous le président Reagan puis leTelecommunication Act de 1996, qui a conduit de nouveaux arrivants sur le marché à proposer des solutions techniques et tarifaires innovantes, rapidement imités d’ailleurs par les acteurs historiques soudain réveillés par l’aiguillon de la concurrence. Le marché se recompose autour d’acteurs internationaux, en charge des infrastructures lourdes, et des acteurs locaux qui distribuent cette énergie en proposant des « packages » de services. L’ART (http://www.art-telecom.fr/), crée par la loi du 26 juillet 1996, devenue Autorité de régulation des Communications électroniques et des Postes (ARCEP) par la loi du 21 mai 2005, a joué en France un rôle essentiel pour "favoriser l'exercice au bénéfice des utilisateurs d'une concurrence effective et loyale". Initialement contestée par l'opérateur national, cette ouverture à la concurrence, parfois maladroite, a transformé le paysage des télécommunications et a stimulé France Télécom pour s’adapter et tirer intelligemment profit du nouveau paysage concurrentiel en gérant par l'innovation et la croissance l’inéluctable contraction de sa part de marché.

- La diversification de l’offre
Opérateurs de service, fabricants de matériels et éditeurs de logiciel conjuguent leurs imaginations pour proposer une offre technique et tarifaire très complète et attractive, même si elle demeure encore trop souvent opaque et complexe. Mais, même conscient d’être dupé par certaines offres, alerté par les associations de consommateurs, le consommateur se rue avec délectation sur les innovations, nouveaux produits comme nouveaux services, valorisant car symboles de modernité et d’ouverture même si le caractère ludique ou l’esthétique l’emportent souvent sur l’utilité effective et la facilité d’emploi. Il suffit de voir de très sérieux membres des comités de direction de grandes entreprises comparer avec gourmandise leur dernier téléphone portable : mine is smarter than yours !

Certes, tout n’est pas rose dans le monde des télécommunications. Il est difficile en premier lieu pour les acteurs et opérateurs eux-mêmes qui ont du brutalement engager une profonde transformation de leurs organisations, de leurs méthodes, de leurs effectifs. La crise du début des années 2000 a durement frappé et de nombreux acteurs ont disparu. Si la consolidation du secteur, pourtant intense, est loin d’être achevée, de nouveaux acteurs se présentent toujours avec beaucoup d’ambition.

Si cette transformation est séduisante, elle a une face plus sombre. Ces services protéiformes qui se multiplient soulèvent en effet des problèmes d’ordre individuel mais posent aussi des questions d’éthique collective.
L’usage invasif et quasi-permanent des ces outils, de plus en plus légers, de plus en plus mobiles, y compris dans les trains et même les avions, jusqu’alors havres de paix, soulève de multiples interrogations sur le comportement individuel en société, sur les frontières vie privée/vie professionnelle, sur la discrétion et la confidentialité. Se posent également des questions plus graves sur l’accoutumance et ses conséquences autant comportementales qu’économiques sur les personnes. Le poste « communication » prend une place croissante dans le budget des ménages, souvent les plus fragiles économiquement, mais aussi dans les entreprises, les volumes non maîtrisés compensant la baisse du coût unitaire. La fragilisation du lien social, les risques de santé, incertains mais qu’on ne peut négliger, peuvent avoir un impact fort, là encore sur les populations fragiles, notamment enfants et adolescents.

L’accès anonyme aux informations facilite naturellement la vie des « bad guys » de toutes obédiences. Le terrorisme, les mafias, les escrocs et trafiquants de tout genre ont vite trouvé dans la mobilité et l’anonymat des réseaux un espace virtuel où ils peuvent aisément développer leurs coupables activités. La e-criminalité est une réalité, mais le problème de l’usage des technologies par les déviants n’est pas nouveau et ni les attaques de train, ni le gang des tractions n’ont interrompu l’expansion du transport…Mais la e-criminalité justifie le renforcement du contrôle policier sur toutes les activités, lecture de courriels, traçabilité de toutes les transactions et déplacements, ranimant le syndrome Big Brother associé aux technologies de l’information, comme on le voit aux Etats-Unis depuis le 11 septembre avec le Patriot Act du 26 octobre 2001.

Aussi, la protection des personnes, des biens, mais aussi de l’image - marque, réputation - représente une dimension à prendre en compte avec sérieux et précision dans le pilotage de l’expansion des outils de communication d’entreprise, C’est aussi un enjeu clair des politiques publiques au niveau international. La gestion de ces risques passe d’ailleurs par la prévention et l’éducation au moins autant que par de coûteuses mesures techniques, dont il faut éviter une inutile escalade.

Ces risques ne doivent pas être sous-estimés mais ne doivent pas justifier l’inaction. Aucun responsable technologique ne peut négliger les contraintes et limitations qui touchent l’intégrité physique et mentale des personnes comme la qualité de la vie sociale. Mais l’extraordinaire explosion des échanges autorisée par la multiplication des outils de communication en réseau est génératrice de valeur. Selon Robert Metcalfe, la valeur d’un réseau varie avec le carré du nombre de personnes connectées. Il y a déjà en Chine plus d’abonnés au téléphone portable ( 310 millions) que de citoyens des Etats-Unis. Le monde de la connaissance ne peut que s’enrichir par la multiplication des échanges… Ceci mérite que la communauté mondiale gère ce potentiel avec discernement !

* http://www.itu.int/itunews/

30 septembre 2005

Le blues de la hi-tech

Naguère synonyme de croissance continue et donc de carrières attractives pour le personnel, le secteur des hautes technologies – informatique, électronique, télécommunications- semble pris en cet automne 2005 d’une vague de convulsions qui casse une image restée jusqu’alors plutôt intacte et paraissant échapper aux contraintes industrielles et sociales familières aux autres secteurs. Si, égoïstement, ce sont les annonces qui concernent directement la France qui retiennent le plus l’attention, le phénomène est plus large et un vaste mouvement planétaire retaille la structure de ce secteur qui, s’il demeure globalement en croissance, connaît une profonde mutation.

La liste des annonces de restructuration est longue. Hewlett Packard annonce la suppression de 25% de ses effectifs français, soit 1240 emplois, dans le cadre d’un plan de réduction de 6000 emplois en Europe. STMicrolectronics a annoncé 1000 départs d’ici juin 2006, pour finalement réduire cette mesure à 321 personnes. Neuf-Cegetel, a peine né de la fusion entre 9 telecom et Cegetel envisage la suppression de plus de 600 emplois. Dans le secteur des services informatiques, où la concentration s’accélère, les annonces de rapprochement et de restructurations sont quotidiennes. SBS, filiale déficitaire de Siemens, prévoit de réduire ses effectifs en Allemagne de 2400 personnes. Sur le plan mondial, IBM, après avoir vendu sa division PC au chinois Lenovo, a décidé de réduire ses effectifs de 14500 aux Etats-Unis et en Europe , dont un millier en France, tout en annonçant un plan d’embauche de 14000 personnes pour développer ses activités opérationnelles en Inde. Sony , après avoir lancé en 2003 un premier plan de trois ans portant sur 20000 suppressions d’emplois, envisage à nouveau de réduire ses effectifs mondiaux de 10000 personnes, soit 6,6% des effectifs, et de fermer 11 de ses 65 usines, pour retrouver une rentabilité satisfaisante et sa place de leader innovant, contesté par les coréens Samsung et LG. Son concurrent japonais Sanyo non seulement a lancé en juillet 2005 un plan de réduction d'emplois portant sur 14000 personnes, dont 8000 au seul Japon, mais a décidé, compte tenu de ses pertes, de l'accélérer en supprimant 10000 empois en trois mois !

Comment analyser ces mouvements ?

Plus que d’autres, les industries du monde de l’électronique utilisent très largement les technologies de l’information pour construire un modèle à la fois global et souple de conception et de production qui s’appuie sur des ressources partagées mondiales. Grâce à cette agilité, la notion de localisation s’estompe au profit d’une vision de « sourcing mondial » qui permet à ces firmes d’exploiter mieux et plus vite le potentiel global de l’économie mondiale pour s’adapter sans délai aux fluctuations de la demande. Les conséquences de ces mouvements peuvent apparaître brutales car leur exécution répond à une stratégie mondiale dont la vitesse est le principal facteur d’efficacité. Elles semblent échapper aux contraintes locales et choquent une opinion qui assimile encore réduction d’emploi et pertes financières et tolère mal que des firmes prospères taillent dans leurs effectifs sans état d’âme.

Toutefois, ces adaptations sont nécessaires pour soutenir la croissance dynamique d’un secteur plus que jamais bousculé par le désir d’innovation des consommateurs et beaucoup moins stable et serein que son image de succès pourrait laisser penser. Tout délai dans l'adaptation peut se révéler fatal.

Ainsi, les firmes du monde de l’électronique doivent s’adapter très rapidement pour faire face aux vecteurs de transformation de l’offre :
- les mutations techniques et la poussée de l’innovation
- la baisse rapide des prix de vente et l’érosion des marges
- les nouvelles exigences qualitatives des clients
- l’accompagnement de la demande dans les nouvelles zones de consommation

La première remarque consiste à dissocier l’image globale du secteur de son contenu réel en emplois. Quelle que soit la dynamique d’innovation qui caractérise le secteur des nouvelles technologies, qui couvre un champ très large d’activités diverses, , coexistent au sein de ce monde des entreprises performantes et des entreprises plus conventionnelles, de même qu'au sein de chaque entreprise des secteurs vieillissants et de des zones dynamiques. Une société comme HP comprend sous une même marque de nombreuses divisions, certaines très largement profitables, comme les imprimantes, d’autres moins prospères comme les PC ou les serveurs. Le reclassement du portefeuille d’activités conduit à des suppressions d’emploi alors même que l’entreprise est globalement en croissance, généralement sous forme de cession des activités de production ou de regroupements entre concurrents d’activités fragilisées. Le monde de la téléphonie mobile en est un excellent exemple avec le regroupement Sony et Ericcson, ou Siemens et le taïwanais BenQ.

La transformation technique est le premier levier de cette transformation. Chaque nouvelle poussée technique élargit le champ du possible mais remet en cause le modèle antérieur à peine installé. Cette industrie est poussée par l’innovation qui en quelques années a fait du tube cathodique un objet aussi historique que la télévision noir et blanc. La course vers les écrans plats redistribue les cartes du secteur, et déjà s’annonce, grâce à une baisse des prix considérable qui pousse à la démocratisation de ce produit attractif, une crise de surcapacité du secteur. Le développement de la télévision haute définition va conduire à une révision totale de la chaîne de production et de diffusion. Certes le marché de renouvellement des téléviseurs et des équipements techniques et considérable mais la concurrence va très rapidement faire baisser les prix. Comme il y a vingt ans entre le Betamax et le VHS, , la guerre des standards est à nouveau engagée sur le marché des supports entre le Blu-Ray de Sony et le HD DVD de Toshiba. Les acteurs qui arriveront tardivement sur le marché, ou qui se tromperont de standard, ne pourront y amortir leurs dépenses de recherche/développement.
La puissance des réseaux de télécommunications, maintenant encore amplifiée par les multiples opportunités offertes par les supports de communication sans fil - GSM, 3G, Wi-FI, Wimax...- , pousse sans fin la dématérialisation des supports pour remettre en cause le modèle classique de vente d’objets techniques comme le compact disc ou le vidéodisque au profit de services en ligne et du stockage individuel sur disque ou mémoire flash miniaturisés… L’avance technologique est sans cesse contestée et ne confère qu’une avantage fragile de quelques mois. C'est pourquoi le mouvement de restructuration ne se limite plus à la produciton industrielle, mais aussi à la R&D dont on attend des résultats plus rapides et moins coûteux. Ainsi de nombreux centres de recherche se créeent en Inde et en Chine pour profiter de la vitalité du système de formation de ces pays.


Pour financer l’innovation et accompagner le brutal mouvement de baisse des prix engendré par cette compétition, les firmes électroniques cherchent en permanence à réduire leurs coûts de production et à accélérer la sortie de nouveaux produits. Ainsi est né, inventé par Cisco, un nouveau modèle d’entreprise sans usine (« fabless »). Ce nouveau modèle de production à un champion, Flextronics, qui assure pour tous les autres acteurs les services industriels.
Crée en 1990, la firme de Singapour, Flextronics, s’est spécialisée dans l’EMS : « electronics manufacturing services ». Présente dans trente pays, Flextronics réalise un chiffre d’affaires de 15,9 milliards $. Il ne s’agit pas seulement de produire à bas coût dans les pays à faible niveau salarial – Chine, Malaisie, Inde, Brésil- mais de couvrir l’ensemble des besoins des grands marques électroniques mondiales – Alcatel, Dell, Hewlett-Packard, Microsoft, Siemens, Ericcson…- en prenant en charge, en sous-traitance, l’ensemble de la chaîne de valeur, de la conception à la production en intégrant verticalement toutes les étapes de la supply chain.

De même dans ces entreprises mondiales, les emplois dits de support sont regroupés dans des zones qui offrent des solutions à la fois efficientes et moins coûteuses. Ce sont les centres d’appel, mais aussi la gestion de la relation clientèle et de la comptabilité qui ont été les premiers vecteurs de la pénétration du « business process outsourcing » en Inde. La recherche de baisse des coûts n’est pas le seul motif. La qualité de service et l’excellence opérationnelle, surtout dans le monde anglophone, ont été la source du développement de cette activité. L’informatisation en est un vecteur majeur. Les conséquences de ce mouvement sont à la fois la baisse continue des emplois de support, mais aussi la suppression des structures nationales au profit d’ensemble territoriaux plus vastes. C’est le cas d’IBM en Europe qui rationalise ses structures tertiaires internes.

Ces vagues de restructuration ne sont pas nouvelles. L’explosion de la bulle Internet s’est traduite en 2001 par des vagues considérables de réduction d’emploi aux Etats-Unis comme en Europe. Ainsi Cisco, accusant une chute de 86% de son bénéfice et après avoir embauché plus de 20 000 personnes en dix-huit mois, n’hésite pas licencier 8 500 personnes en début d'année 2001 et annonce un second plan social de 3 000 à 5 000 personnes en août. En un an, Nortel Networks a réduit ses effectifs de 52 % (soit 50000 postes supprimés) en taillant lourdement dans son portefeuille d’activités. Alcatel s’est engagé en juin 2000 dans une politique « d’entreprise sans usine » qui a pu choquer à l’époque dans le contexte français.

Dès l’origine née pour un marché mondial, l’industrie informatique a été rejointe , dans un puissant mouvement de convergence, par l’électronique grand public et celle des télécommunications. La globalisation de l’économie a trouvé dans ces secteurs un modèle avec ses champions, les grands firmes informatiques et électroniques dont le champ d’intervention est désormais totalement mondial à travers des marques globales. Elle met en lumière les limites et contradictions d’un modèle économique qui favorise la démocratisation de produits de plus en plus sophistiqués mais fragilise un personnel, pourtant généralement diplômé et éduqué qui ressent beaucoup d’amertume face à la brutalité des changements qui l’affecte et dont il se sentait mieux que d’autres protégé. Le consommateur qui se rue avec enthousiasme sur toutes les innovations numériques n’en a cure…