Alors que sur cette rive de l’Atlantique on parle beaucoup de restrictions budgétaires, comme si le budget informatique des entreprises était infiniment compressible et représentait un fardeau considérable pour les entreprises, quels sont les thèmes mis en avant sur l’autre rive de l’Atlantique ?
A quelques heures de la cérémonie de remise du prix du directeur des systèmes d’information de l’année 2011, le 7 décembre, treizième édition, par 01 Business & Technologies, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’éditorial du président du magazine américain CIO, Michael Friedenberg.
Voici la liste de ses priorités pour les CIOs en 2012.
10. Data becomes liquid. It will flow like water downhill, in the path of least resistance. Data management must be pervasive and protective.
9. Consumerization of IT explodes. Far beyond device management and bring-your-own-technology, businesses will feel the force of social, mobile, cloud, UI design and gamification. Emerging players such as Box.net, Dropbox, Jive and ServiceNow will be surprisingly relevant.
8. UI becomes UE. The comsumerization of IT will also quickly shift attention from the user interface to user engagement. You’ll be measured on how well employees and customers engage with your solutions.
7. E-commerce doubles down on social and mobile. Following the arc of user behavior, social and mobile commerce will expand to make up 20 percent to 30 percent of your overall e-commerce transactions.
6. Virtualization goes viral. Server and storage virtualization? Done. Now the focus moves to desktop, data and mobile virtualization—while addressing security needs, of course.
5. Operationalize cloud. Moving from hype to adoption, cloud conversations now center on implementing, managing and securing solutions.
4. Befriend or battle the CFO and CMO. Given economic pressures and the movement toward automated marketing, you’ll spend more time with these peers. Do you want to compete for cash or collaborate? Your choice.
3. Internal and external growth intensifies. One focuses on transforming internal business processes while the other looks to IT to improve customer engagement and increase revenue. Do you and your team have the skills to drive both?
2. The global economy looms larger. Whether the malaise lingers or disperses, you’ll be forced to rethink and re-examine everything in light of the mega-trends of mobile, social, cloud, big data and consumerization. Freedom and flexibility are the watchwords here.
1. CIO relevance is tested again. CIOs in every industry must master these 10 trends and help your business benefit from them. Move decisively to secure the influence and power you’ve rightfully gained in the past decade. Jump in and add value.
Pour le secteur public américain, les priorités identifiées par l’Association des CIO des états, créée en 1969, une année avant le CIGREF, the National Association of State Chief Information Officers (NASCIO) recoupent largement les précédentes en mettant toutefois plus l’accent sur les infrastructures.
1. Consolidation / Optimization: centralizing, consolidating services, operations, resources, infrastructure, data centers, communications and marketing "enterprise" thinking, identifying and dealing with barriers
2. Budget and Cost Control: managing budget reduction, strategies for savings, reducing or avoiding costs, dealing with inadequate funding and budget constraints
3. Governance: improving IT governance, data governance, partnering, inter-jurisdictional collaboration, industry advisory boards, legislative oversight - achieving proper balance, agencies participating as members of a "state enterprise"
4. Health Care: the Affordable Care Act, health information and insurance exchanges, health enterprise architecture, assessment, partnering, implementation, technology solutions, Medicaid Systems (planning, retiring, implementing, purchasing)
5. Cloud Computing: scalable and elastic IT-enabled capabilities provided "as a service" using internet technologies; governance, service management, service catalogs, platform, infrastructure, security, privacy, data ownership, vendor management, indemnification, service portfolio management
6. Security: risk assessment, governance, budget and resource requirements; security frameworks, data protection, training and awareness, insider threats, third party security practices as outsourcing increases; determining what constitutes "due care" or "reasonable"
7. Broadband and Connectivity: strengthening statewide connectivity, public safety wireless network/interoperability, implementing Broadband Technology Opportunities Program (BTOP) grant
8. Shared Services: business models, sharing resources, services, infrastructure, independent of organizational structure, service portfolio management, marketing and communications related to organizational transformation
9. Portal: maturing state portal, e-government, single view of the customer/citizen, emphasis on citizen interactive self-service, accessibility
10. Mobile Services/Mobility: devices, applications, workforce, security, policy issues, support, ownership, communications, wireless infrastructure
Ces listes font émerger beaucoup de points communs entre les centres d’intérêt des deux communautés, DSI des entreprises ou du secteur public.
Il est clair que l’informatique du nuage s’impose comme thème fédérateur. Dans le monde de l’IT, concentration, virtualisation, optimisation des infrastructures et des services sont au cœur de la performance économique mais aussi de la flexibilité du service, opéré par des services partagés efficaces. L'optimisation technique et économique passe par l'exploitation pertinente des potentiels du nuage. Cet optimisme tranche avec le réel scepticisme qui demeure en France, peut-être devant le manque de maturité des offres européennes actuelles et le flou de leur modèle économique mais aussi juridique.
Que ce soit pour le consommateur ou le citoyen l’accès libre et facile à tous les services informationnels est devenu une évidence. Tout doit être pensé pour faciliter la vie de l’utilisateur externe. Ceci est d’autant plus nécessaire que la consumérisation de l’IT donne au client l’accès, par les réseaux sociaux, aux avis multiples des pairs. Il ne s’agit plus d’informer les clients ou les citoyens mais d’obtenir leur engagement. Le web est devenu un « medium chaud », qui séduit, convainc, force à l’adhésion. Ceci est aussi crucial pour les équipes internes qui doivent retrouver dans leur entreprise ce dont ils bénéficient à l’extérieur… La mulitplication des outils mobiles d'accès à l'information renforce le besoin de disponibilité, de fiabilité de la distribution de l'information. Le domaine de la santé est mis en évidence dans le secteur public, les Etats-unis ayant pris conscience que seule une rupture technologique permettra de faire avancer leur système de soins, à la fois très coûteux et inéquitable.
Notons que pour le secteur public, la dimension sécurité joue un rôle majeur, comme le développement de la qualité des infrastructures, ce qui laisse penser que les réductions budgétaires ont pu avoir dans ces domaines des résultats néfastes. Les contraintes budgétaires restent bien présentes : la rationalisation des dépenses est toujours une figure imposée. Mais globalement ressortent de ces préoccupations un souci d’investissement dans l’avenir, un avenir informé où consommateurs, collaborateurs, citoyens partagent des flux d’information continus pour prendre, en fonction du contexte, les meilleures décisions. Applications et infrastructures se fondent dans un environnement virtuel de traitement de l’information puissant, fiable, efficace dans lequel chacun peut puiser à sa guise selon ses besoins pour agir.
Au moins autant que les thèmes mis en évidence dans ces deux listes complémentaires, il est intéressant de mentionner les sujets qui n’y apparaissent plus : ERP, desktop, réseau, développement, et plus curieusement compétences… Tout se passe comme si le temps des questionnements sur les infrastructures techniques et applicatives classiques était révolu. Cela doit fonctionner ! L’énergie informatique est largement disponible avec le niveau de qualité et de coût attendu, même s’il faut continuer à faire des efforts de maîtrise et rationalisation des coûts et de qualité de service. Le manque de compétences ne semble plus un obstacle.
Le DSI doit donc consacrer beaucoup plus de temps encore à intégrer dans sa stratégie les vecteurs de transformation de son entreprise et de son organisation pour coller aux besoins des métiers et des clients et exploiter la masse considérable d’informations générée par l’activité économique et par les réseaux sociaux.
Ce qui est vrai de l’autre côté de l’Atlantique ne peut être inutile de ce côté-ci…
Il y a une constante : dans tous les cas, le DSI est soumis à la pression du résultat pour démontrer sa pertinence…
http://www.cio.com/article/695458/Top_Ten_Tech_Predictions_for_2012
Et pour les irréductibles, ici sont listées tous les sites se prêtant à l’exercice de prédictions…
http://www.enterprisecioforum.com/en/blogs/jdodge/my-top-six-top-10039-it-and-technology-p
Lorsque l’entreprise devient numérique, sans limite matérielle, que l’on ne distingue plus véritablement de ligne de démarcation entre elle et ses clients, que son identité même est en pleine mutation, que devient sa stratégie d’entreprise ?