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27 janvier 2008

Former à ou avec l'informatique : comment faire ?

Le rapide développement des technologies de l’information dans le grand public, en quelques années, a changé profondément la nature des relations que les acteurs de l’entreprise entretiennent avec les objets de l’informatique. C'est désormais un fait reconnu : il faut en tirer toutes les conséquences.

L’informatique est aujourd’hui considérée comme un acquis consumériste. Elle fait partie de la vie quotidienne en s’incarnant dans une multitude d’objets désormais familiers, du téléphone portable aux appareils de photos numérique, ordinateurs portables, consoles de jeux, lecteurs MP3, GPS… L’usage massif de l’internet, du chat, du SMS ont totalement démystifiés la complexité de l’accès aux réseaux, désormais complètement intégrés dans la vie sociale.

La plupart des utilisateurs ignorent le mode de fonctionnement technique de ces appareils et outils, dont ils attendent un service, ludique ou professionnel, ergonomique et fiable, et peu couteux. Le mode d'emploi leur suffit.

Les utilisateurs en entreprise n’ont plus comme dans un passé encore récent comme unique expérience de l’usage de l’informatique celle qui correspond à leur exposition à l’usage de l’informatique dans le seul milieu professionnel. Ils en ont une vue multiple, construite à partir d’expériences personnelles, comme celles de leurs enfants qui eux sont des « natifs numériques ». L’influence des apprentissages domestiques sur le mode de construction de l’approche de l’informatique a radicalement changé l’image de l’informatique auprès des utilisateurs. Leur demande est désormais de pouvoir disposer en entreprise d’outils de même nature que ceux qu’ils utilisent couramment dans leur environnement familier : ergonomie, souplesse, liberté, mobilité, continuité de la vie numérique entre le travail, le domicile, les différents lieux de vie.

Dès le plus jeune âge, l’exposition aux objets numériques change la nature de la relation entre l’enfant et l’apprentissage. La facilité qu’ont les enfants à comprendre et utiliser les objets numériques est déconcertante pour les générations antérieures ! Les étudiants qui fréquentent l’université ont depuis l’enfance découvert et utilisé ces techniques de façon naturelle et n’ont pas connu les systèmes et comportements antérieurs de l’ère pré-numérique. Cette « Y generation » est dépourvue de complexes dans l’utilisation de ces outils et a du mal à comprendre que l’on puisse « enseigner » l’informatique. Entrant en entreprise, elle ne comprend pas un mode d’approche institutionnel de l’informatique qui consiste à identifier l’informatique comme un sujet spécifique, confié à une direction dédiée, et gérant de façon conventionnelle, voire malthusienne, l’accès aux outils d’information.

Cette appropriation spontanée, qui développe familiarité et confiance, détourne les jeunes d’une approche académique de l’informatique qui assimile encore trop souvent les systèmes d’information à des objets et méthodes techniques.

Toutefois, contrairement à une image trop répandue, la généralisation de l’usage d’objets informatiques ne conduit pas les jeunes générations à mieux comprendre les systèmes d’information. Au contraire, la familiarité avec l’outil les conduit à se dispenser de l’effort de compréhension et de méthode qui permet de passer d’une approche instrumentale à une vision systémique. La construction théorique de modèles organisationnels exploitant les ressources des systèmes d’information n’est nullement facilitée par la familiarité avec les outils. Elle impose un effort particulier d’abstraction et de synthèse qui doit être engagé progressivement et qui commence dès l'école.

Les relations entre l’informatique et l’école ont fait l’objet dans notre pays de multiples tentatives de rationalisation, tant l’utilisation d’outils - à commencer naguère par la télévision - a pu soulever de controverses entre les tenants d’un enseignement pur sacralisé par la parole du maître et ceux d’un enseignement piloté par l’enseignant mais acceptant d’être « poly-supports ».

Une fois encore le rapport Attali, après beaucoup d’autres, remet l’accent sur le développement de l’apprentissage des TIC à l’école, proposant « notamment » de repenser « l’équipement des écoles du premier degré dans le cadre de plateaux technologiques cohérents et ouverts aux élèves et aux familles. »
Il insiste à nouveau sur la nécessité de « vérifier à l’occasion du passage en 5e que chaque enfant maîtrise l’informatique et Internet, par l’obtention d’un «Brevet informatique et Internet», proche du «Passeport de compétences informatiques européen». Certes ces propositions sont justes et cohérentes, mais hélas n’apportent rien de nouveau dans un paysage français où l’incompréhension de l’informatique par les décideurs ne fait que continuer à confondre l’équipement en machines, certes absolument indispensable, avec le développement des savoir-faire que l’utilisation d’applications informatiques peut renforcer dans les connaissances les plus variées. Bien sûr accéder à l'information sans matériel est un rêve absurde : il faut des machines en nombre suffisant (un ratio d'une machine pour deux élèves, jusqu'au bac, puis une par étudiant ne doit plus du tout être considéré comme utopique), un accès internet dans chaque salle de cours, des vidéo-projecteurs. De plus ces machines doivent être convenablement maintenues...

Mais la vraie transformation est dans les programmes. Pour la très grande majorité des élèves et étudiants, on n'apprend pas l'informatique, on apprend par l'informatique. C’est par l’intégration de l’outil informatique dans les programmes pédagogiques en permanence en classe et pas seulement quelques minutes par semaine que l’on peut faire évoluer les savoirs…. Il faut rappeler que le brevet informatique et internet ( B2i) de niveau 1 à l’école primaire (fin du CM2) et de niveau 2 en collège existe depuis 2000, et que le C2i, pour les étudiants et enseignants date de 2002. Enfin le PCIE, excellent outil qui existe depuis 1996, est boudé avec constance tant par les entreprises françaises que par l’Education nationale. Il a été passé par 30 millions de personnes dans le monde, dont seulement 510000 en France.

Le rapport d'Henri Isaac, maître de conférences à Paris-Dauphine, sur l'université numérique, remis en janvier 2008 à Valérie Pécresse met en évidence, une fois encore de façon claire et pragmatique, les retards des universités françaises par rapport à la compétition internationale, et propose, grâce à une université 100% numérique un nouveau modèle de complémentarité entre l'enseignement présentiel synchrone enrichi par les TICE et l'enseignement à distance asynchrone.

L’objectif de l’enseignement doit intégrer la nouvelle donne en matière de connaissance active des outils informatiques. Pour attirer les étudiants vers les sujets touchant les systèmes d’information, il faut, comme en entreprise, dissocier l’élaboration et le pilotage des choix stratégiques et la compréhension et la maîtrise des outils qui les supportent.

Il faut conduire les étudiants, futurs professionnels généralistes, à comprendre les bases de la gouvernance – en d’autres termes, les techniques de prises de décision - dans tous les métiers qui aujourd’hui exploitent le potentiel des technologies de l’information. C’est un socle fondamental qui traverse toutes les disciplines du management.

En effet, l’utilisation des outils de traitement de l’information et de la connaissance dans l’innovation implique une approche cohérente, volontaire et lucide de la part du management. L’informatique a été utilisée la plupart du temps pour gérer au mieux l’existant, alors qu’elle peut, et doit, être sollicitée pour créer des formes nouvelles, produits, process, compétences, et exploiter de nouveaux territoires. La compréhension de la complexité de l’innovation nécessite une sensibilisation particulière. Les innovations sont le fruit de l’interaction dynamique de trois vecteurs : les hommes qui les imaginent, les conçoivent, les réalisent, les structures qui les financent et les propagent, les utilisateurs qui s’en emparent et se les approprient pour les métaboliser. Elle s’inscrit dans une logique sociétale où s’arbitrent en permanence ce qui est techniquement possible et ce qui est socialement accepté. C’est à travers cette mécanique complexe d’acteurs que, dans le temps et dans l’espace, se joue le sort des innovations technologiques. La production d’innovation vient enrichir le stock de ce qui est utilisable, alors que les logiques économiques, l’acceptabilité sociale et la capacité d’apprentissage font un tri pour choisir ce qui est utilisé, et en définitive c’est l’usage qui finit par consacrer ce qui est vraiment utile.

Cette nouvelle situation conduit nécessairement à changer la nature des acquis attendus au sortir de l’enseignement supérieur autour de trois niveaux :

- les utilisateurs
Ils ont confrontés à des logiques d’usage opérationnel en milieu professionnel des systèmes. Ils doivent en comprendre les fondements, et pas seulement la manipulation*, car la productivité du travail tertiaire dépend aujourd’hui de façon directe de l’aptitude des acteurs à exploiter les outils qui leur sont confiés. Les managers doivent comprendre les logiques d’usage, développer une écoute active des réactions des utilisateurs mais ausis des positions des fournisseurs de solutions, proposer des modifications aux services informatiques, stimuler sans complaisance les initiatives de terrain, traquer la destruction de valeur par un usage inadapté. Un premier niveau d’exigence managérial peut être défini autour de cette action d’exploitation dynamique des systèmes et outils dans une organisation dynamique des compétences et des processus.

Enfin, pour homogénéiser les usages, et différencier l’usage ludique de l’usage professionnel, tous les étudiants devraient passer le PCIE - * Passeport de compétences informatique européen - (http://www.pcie.tm.fr/) qui est à l’informatique ce que le TOEFL est à l’anglais.
Ces compétences devraient être acquisespar chacun en sortie de licence.

- les managers
Ils sont utilisateurs, mais ils ont comme responsabilité propre l’optimisation des investissements et des budgets de fonctionnement de l’entreprise dans les technologies de l’information. Ils doivent bien entendu à ce titre comprendre les métriques de performance ( de type « balanced scorecard ») et être capables d’orienter les investissements de façon dynamique vers la création de valeur ; leur compétence centrale doit inclure cette capacité d’analyse des outils, de leurs contribution visible à la performance économique et au développement des compétences, mais aussi proposer des améliorations systémiques à l’ensemble organisation/processus/systèmes. Ils doivent être rompus aux mécanismes de la gouvernance des systèmes et comprendre les grands référentiels de type CoBit. Ils doivent être capables de veiller à la sécurité d’usage des systèmes, à la protection des droits des personnes et à la sauvegarde de la valeur du capital immatériel.
Ces compétences sont incluses dans les formations métiers au sein de modules spécialisés et obligatoires, quelque soit la discipline principale.

- les experts
Consultants, architectes, directeurs de programme, les experts ont vocation à organiser la fonction informatique et systèmes d’information. Ils en comprennent tous les métiers mais sont des organisateurs et des managers, et non pas des développeurs ni des ingénieurs systèmes. Familiers des outils, méthodes, langages informatiques, ils sont capables de prendre des décisions en environnement complexe et de les faire partager au comité exécutif et au conseil d’administration aussi bien qu’aux direction métiers. Ils peuvent faire des choix de solutions et d’acteurs, construire et piloter des montages technico-commerciaux complexes et piloter la combinatoire des moyens de l’entreprise dans les technologies de l’information. Ils sont ultimement responsables de la politique informatique et systèmes d’information et des grandes décisions en matière de maîtrise et de protection du capital cognitif et informationnel. Ils ont en charge la construction et la maintenance de l’auditabilité de la fonction à travers les outils d’analyse et d’audit.
Ces experts sont formés aux niveaux maîtrise et doctorat.

Un changement d'approche est indispensable pour donner envie aux jeunes générations de considérer les TIC comme un territoire de découverte et non pas comme une nouvelle matière imposée dans des horaires déjà lourds. C'est aussi le moyen d'en faire un sujet de recherche pour dépasser l'usage et comprendre en profondeur les interactions subtiles qu'induit la société numérique dans les savoirs, l'émergence de l'innovation et les changements de comportement. Au delà des rapports, bien faits et concrets, il faut désormais un vrai plan d'action pour porter en France les enseignements au niveau requis par la société numérique.


Rapport Isaac : http://media.education.gouv.fr/file/2008/08/3/universitenumerique_22083.pdf


28 juillet 2007

Sottisier : le GPS mortel

Depuis le drame de la descente de Laffrey, la presse répète que le jeune conducteur aurait suivi les indications de son GPS qui l’aurait entraîné dans une pente dont on peut vraiment reconnaître qu’elle fût fatale. « Le chauffeur 22 ans, décédé dans l'accident, pourrait avoir été abusé par son GPS qui lui indiquait l'itinéraire le plus rapide pour rejoindre l'autoroute ». Certes depuis vingt ans, avant et sans GPS, de graves accidents se sont produits au même endroit . Mais invoquer les forces supérieures et incontrôlables de la technique donne du piment à l’affaire. Le « GPS m’a tuer » fait un titre plus racoleur que « un conducteur imprudent engage son véhicule dans un itinéraire interdit à la circulation… ». De même il est commode d’incriminer le dispositif électronique de régulation de vitesse plutôt que la maladresse, l’ignorance, voire la malhonnêteté d’un conducteur…

Il y a quelques mois, dans le contexte également dramatique des suicides du technocentre de Renault , un délégué syndical affirmait « Cette montée en puissance de la place de l'intranet représente in fine des risques pour des salariés au bord de la rupture, du fait du stress généré par une pression tout aussi grandissante sur les objectifs. L'interlocuteur de référence est devenu le poste de travail »* .

Ces déclarations font porter sur le progrès technique, incarné dans un portail intranet ou un GPS, la responsabilité d’actes dramatiques commis par des personnes fragilisées ou simplement incompétentes. L’ordinateur, internet, sont ainsi présentés comme des outils anxiogènes voire criminogènes. Il est bien connu que la bêtise, la malhonnêteté, la violence, le désespoir, les crimes sexuels ont été inventés au XXe siècle par John von Neumann, Tim Berners-Lee et leurs émules.

La recherche de causes exogènes dans l’explication d’actes dramatiques, erreurs humaines ou gestes désespérés, a toujours été une tentation rassurante. Le fait de considérer que les technologies de l’information sont LA cause de ces comportements est devenu une habitude journalistique malsaine qui nuit à l’éducation collective qui, au contraire, devrait développer une meilleure compréhension des enjeux et des risques. La technique et l’homme entretiennent depuis toujours des relations complexes. Quand il ne s'agissait "que" de développer des prothèses musculaires comme la machine à vapeur, le moteur à explosion ou l'électricité, l'homme pouvait commettre des erreurs mais au fond la machine ne prenait pas le pouvoir. Aujourd'hui l'informatique touche quelque chose de plus intime : l'intelligence et la conscience. Et le fantasme du robot vengeur est bien présent. L'idée que l'ordinateur pourrait se substituer à l'homme pour prendre des décisions fait très peur. Il ne faut pas l'écarter mais en prendre la mesure. Il est clair que c’est l’homme qui doit avoir le dernier mot. Il faut qu'il s'en donne les moyens, sans excuse ni prétexte.

Il ne peut y avoir de vrais progrès sans conscience, sans lucidité, sans compétence. Les concepteurs des outils doivent intégrer la fragilité potentielle de leurs utilisateurs. Ceux-ci doivent sans cesse progresser en compétence et considérer que la technique doit être à leur service en toutes circonstances et qu’ils doivent en acquérir le contrôle par la formation… ou la simple lecture du mode d’emploi. Rien ne remplacera jamais l'écoute, la chaleur du contact, l'attention d'un parent ou la sensibilité d'un collégue ou d'un supérieur hiérarchique dans la compréhension des inéluctables tensions et incertitudes qui peuvent saisir tout individu. Rien ne remplacera la formation initiale et continue, ni une information efficace et impartiale, pour renforcer la connaissance du monde et de ses outils et en promouvoir le meilleur usage.

Ce sont ces bonnes pratiques qu’il faut encourager pour monter le niveau de lucidité et d’expertise. Brocarder de façon poujadiste le progrès technique n'est que sottise et irresponsabilité.

20 juin 2006

Une synthèse live

Le management des systèmes d'information représente une voie de formation en plein développement. Il est évident que le management appliqué aux technologies de l'information fait appel à des profils de managers plus éloigné des traditionnelles formations techniques. Il faut saluer plusieurs initiatives d'universités et de grandes écoles pour mettre en place ces enseignements nouveaux et contribuer au renforcement des compétences dans les entreprises. Ici, c'est Grenoble Ecole de management qui présente son "programme executive en management des systèmes d'information".


http://www.grenoble-em.com/default.aspx?rub=319

14 mars 2006

Internet réhabilite l’écrit


La profusion des blogs dans notre pays est un exemple frappant de l’émergence d’un phénomène nouveau, le retour en grâce de l’écrit par le canal des technologies de l’information. Plus de 7 millions de français ont consulté un blog au dernier trimestre 2005, soit plus d’un internaute sur 3, mais 8 blogueurs sur 10 ont moins de vingt-cinq ans*.

Internet est directement la cause de cette revanche de l’écrit. Tous les actes nécessaires à la navigation dans internet imposent l’utilisation de la lecture et de l’écriture, courriels, messagerie instantanée, consultations de références, commerce. Téléphoner a permis à la génération de l’après guerre de négliger la maîtrise de la langue écrite et de l’orthographe, contraintes devenues contournables dans un monde de la parole volatile. Alors qu’il suffit de se promener dans les allées d’un hypermarché pour faire ses courses, accéder aux sites marchands même les plus visuels et ergonomiques suppose la maîtrise de la gestion, dans un espace virtuel, d’informations multiples qui passent par le décryptage et la mémorisation de signes. C’est une faculté qui n’est pas si largement répandue ! Beaucoup de gens, surtout les moins jeunes, avouent avoir de la difficulté à lire un texte sur un écran et, donc, préférer le support papier. La qualité actuelle des écrans LCD n’est certainement pas en cause. Ce rejet de l’écrit « numérique » traduit une difficulté réelle à manier les signes et à les comprendre, car fondamentalement, lire, c’est comprendre. Or comme il est impossible d’imprimer les millions de pages de l’internet, et exclu de dialoguer avec les systèmes interactifs autrement que par l’écrit, des catégories entières de personnes, appartenant à toutes les couches de la société, se coupent de l’usage courant de l’internet ce qui dégrade leur capacité à interagir dans le monde de la communication, et, à terme, leurs compétences. En entreprise, c’est une menace pour la cohérence des équipes car toute l’information n’est plus désormais disponible que sur les sites intranet et les espaces coopératifs. Ceux qui ne fréquentent pas ces espaces ne sont plus irrigués par l’information vivante de l’entreprise.

Une étude récente (mars 2006) de l’OCDE, construite à partir de l’enquête internationale ALL ( Adult Literacy and Life skill survey), met en évidence qu’une large part de la population, entre le tiers et les deux tiers, n’atteint pas le niveau de compétences requis pour tirer pleinement profit de l’internet. L’OCDE définit la "littératie", néologisme issu de l’anglais "literacy", comme "l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités". On peut décrypter : savoir lire, écrire et compter tout en comprenant ce qu’on fait et en pouvant l’utiliser dans la vie quotidienne. Certes ceci ne définit aucune compétence nouvelle. Mais dans un monde de signes surabondants, où la capture et le traitement des signaux est une nécessité quotidienne, les carences dans ces compétences fondamentales ont des conséquences de plus en plus sévères.

Cette étude a été menée aux Etats-Unis, au Canada, en Norvège, au Mexique, en Suisse et en Italie. En Norvége, 66 % d el apopulation dispose des aptitudes permettant de comprendre un texte, taux baissant à 60 % au Canada, 50 %en Suisse et aux Etats-Unis, 20% en … Italie. Elle confirme les enquêtes précédentes publiées depuis 2000. Il en ressort que la jeunesse et le niveau d’éducation sont des atouts essentiels pour tirer profit de l’usage de l’ordinateur, qui, à son tour, renforce le niveau de compétences. La fracture numérique trouve d’abord son origine dans la maîtrise des compétences cognitives de base. La technologie ne corrige donc pas, spontanément, comme on a pu le penser, mais accroît les différences culturelles par un processus cumulatif.

Une autre étude de l’OCDE, “Are students ready for a technology-rich world?” présente les premières données comparables au plan international dans ce domaine, qui corroborent des analyses antérieures de l’OCDE sur l’importance des ordinateurs dans les établissements scolaires. Les données sont tirées de l’étude PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) 2003 de l’OCDE sur les performances scolaires des adolescents de 15 ans. Près de trois élèves sur quatre utilisent chez eux un ordinateur plusieurs fois par semaine, et neuf sur dix en Islande, au Canada et en Suède. Le taux d’usage d’un ordinateur à l’école est plus faible : 44%. L’utilisation des logiciels d’apprentissage (moins de 20 % des usages) contre 55% pour internet ,53% pour les jeux, et 48% pour le traitement de texte traduit une appropriation multifonctionnelle de l’ordinateur. Même si l’usage ludique – musique, communication, blogs- de l’ordinateur par les étudiants est majeur, l’enquête établit une corrélation claire entre les résultats scolaires et la durée de l’utilisation personnelle d’un ordinateur.

Il est évident que la projection de ces comportements sur la vie future de ces jeunes parfaitement adaptés à l’usage multiple de l’ordinateur dans la vie va avoir des conséquences majeures sur leur comportement en entreprise et dans la vie citoyenne…

• enquête Mediamétrie, mars 2006
• http://www.pisa.oecd.org

13 novembre 2005

Les Européens et les technologies de l'information

Eurostat vient de publier en octobre 2005 son "enquête communautaire sur l'utilisation des TIC dans les ménages et par les particuliers". Ces données ont été collectées en août 2005. Comment évolue la fracture numérique en Europe ?

Aucune révélation spectaculaire dans ce constat exhaustif qui confirme les tendances déjà établies : les jeunes, les diplômés, les actifs, en milieu urbain, sont les utilisateurs les plus assidus de PC et d'internet ! La présence d'enfants est un facteur amplificateur. La différence homme/femme tend à s'estomper complétement. Les pays du nord sont champions du PC et de l'internet alors que le sud reste encore réfractaire. L'utilisation d'internet tend à se confondre avec celle du PC. Les grandes entreprises ( > 250 employés) sont connectées à internet à 99% et les PME les rattrapent.

54% des ménages de l'Union Européenne possédent un ordinateur à domicile et 43% sont connectés à internet. Les ménages avec enfant disposent pour 70% d'un ordinateur personnel alors que ceux qui n'ont pas d'enfant ne sont que 46% à en posséder. Mais cette répartition moyenne cache de trés fortes disparités. Dans un groupe de pays avancés, deux ménages sur trois possédent un PC, et plus de 50% sont connectés à internet; il s'agit du Danemark (79%), de l'Allemagne (69%), du Luxembourg, des Pays-Bas, du Royaume-Uni. Dans ces pays, les ménages avec enfants sont pratiquement tous équipés d'un PC. Ainsi en Allemagne, 91 % des foyers ont un PC. Un second groupe se situe au dessous de 30% : Lettonie, Lituanie, Hongrie. La France se situe dans la moyenne avec 50 % de possédants de PC. Dans tous les pays, les contrastes sont trés forts entre les zones urbaines, les premières à avoir bénéficié de connexions haut débit, et les zones rurales. La connexion à internet hors domicile compense le faible taux de possesion pour les pays ou pour les catégories sociales les moins avancés. Un utilisateur sur quatre se connecte ainsi en Europe hors domicile, en entreprise, dans les lieux publics, lieux de formation ou cybercafés.

L'Islande confirme son avance toute catégorie : 94 % des ménages avec enfant ont un PC, 91 % sont connectés à internet ! L'Estonie et la Slovaquie rattrapent le moyenne européenne. Les pays candidats, comme la Roumanie, la Bulgarie ou encore la Turquie, se situent trés au dessous des pays les moins performants de l'UE à 25.

Le degré de formation est un facteur amplificateur de l'usage du PC et d'internet. Si en moyenne, les personnes trés diplomées utilisent pour plus de 84% internet et un PC, ce taux tombe à 62% pour les personnes moyennement instruites et 31 % pour les personnes peu éduquées. Les étudiants européenes utilisent internet et un PC pour plus de 90% d'entre eux, ce taux tombant à moins de 20 % pour les retraités.

Naturellement , les pays les mieux équipés sont ceux où le commerce électronique a rencontré le plus d'adeptes : Luxembourg, Suéde, Allemagne et Royaume-Uni, où plus de 30 de la population a recours au e-commerce.

L'Europe faite apparaître des disparités dans l'usage des technologies de l'information qui sont de même nature que sur les autres critères de performance. L'éducation, l'appartenance aux milieux aisés urbains, le niveau de vie et d'équipement global du pays induisent une utilisation différenciée des techniques de la société de l'information, qui à leur tour, accentuent les possibiltés d'éducation et d'innovation. Il est évident que l'investissement dans les infrastructures technologiques, s'il constitue un pré-requis, impose une vigoureuse politique éducative pour toucher toute la population et faire évoluer les comportements d'usage.

http://epp.eurostat.cec.eu.int

26 septembre 2005

Du clavardage... et de l'innovation linguistique francophone

L'Office québecois de la langue française propose systématiquement une traduction française des termes de la société de l'information issus de l'anglais. "Clavardage" est le mot choisi pour "chat".

clavardage n. m.
Activité permettant à un internaute d'avoir une conversation écrite, interactive et en temps réel avec d'autres internautes, par clavier interposé.
Note(s) : Le clavardage peut réunir des internautes provenant du monde entier, qui voient leurs commentaires affichés simultanément sur l'écran d'ordinateur de tous les participants.
Les termes clavardage, bavardage-clavier et cyberbavardage ont été proposés par l'Office québécois de la langue française, en octobre 1997, pour désigner cette notion. Clavardage est un mot-valise formé à partir des mots CLAVier et bavARDAGE. Cyberbavardage présente l'avantage de nous situer immédiatement dans le contexte du cyberespace.
Le terme causette a été adopté, en mars 1999, par la Commission générale de terminologie et de néologie de France.
En raison d'une concurrence inutile avec clavardage, terme adopté par un grand nombre d'usagers du Québec et de la francophonie, les termes tchate (adaptation d'un emprunt direct à l'anglais) et tchatche (mot d'origine espagnole signifiant « parler abondamment ») n'ont pas été retenus pour désigner cette notion.

Le dictionnaire du vocabiulaire d'Internet est disponible en ligne : http://www.granddictionnaire.com, site tout à fait passionnant pour tout francophone qui désire maintenir la vitalité de sa langue !