Non, ce n’est pas un canular anticipant la sortie du premier Mac tournant sur un processeur Intel, annoncé pour juin 2006, mais une simple précision de vocabulaire. PC veut en effet dire depuis l’origine, la fin des années soixante-dix, « personal computer » et on a longtemps parlé d’un « PC compatible IBM » pour parler d’un PC fonctionnant sous le système d’exploitation de… Microsoft et sur processeur Intel, d’où le nom désormais familier de plateforme « Wintel ».…
Revenons au singulier destin d’Apple, l’autre pionnier du PC, non compatible… Alors que le grand rassemblement des familiers de la marque annuelle Apple Expo vient de fermer ses portes sans annonce spectaculaire, on ne voit plus Apple communiquer que sur son produit fétiche, l’iPod, dans sa dernière livrée, le nano, encore plus beau et encore plus petit… et aucun produit nouveau n’est venu rafraîchir l’offre de portables et d’ordinateurs de bureau de la marque à la pomme. La fabrication d’ordinateurs est-elle toujours la priorité d’Apple compte tenu de son envol dans le business de la musique ?
Il faut dire que le succès de l’iPod est fracassant. Les derniers chiffres publiés par Apple, le 25 juin dernier, portant sur le troisième trimestre de l’année fiscale sont éloquents. Avec un quintuplement de ses bénéfices par rapport à 2004, un chiffre d’affaires trimestriel de 3,5 milliards $ contre 2 milliards $ pour la même période de 2004, un profit net de 320 millions $, la croissance est spectaculaire sur le marché plutôt stagnant du poste de travail. Car l’iPod en est le vecteur majeur. Il s’est vendu à 6,155 millions d’unités vendues en un trimestre, contre 860000 en 2004 et représente 31,2% des revenus. Les revenus de la vente de musique en ligne ont triplé en un an et représentant désormais 6,6% des revenus d’Apple. Mais les ventes d’ordinateurs, 1182000 Macintosh livrés, ce qui inclut les serveurs Xserve, , en croissance de 35%, contribuent encore pour 46% au chiffre d’affaires, contre 62% en 2004, et les logiciels produisent 239 millions $ de chiffre d’affaires, soit 7,3 %. L’informatique classique est donc encore dominante. Pour combien de temps ?
Apple continue d'innover, mais surtout dans le logiciel. Avec son système d’exploitation Tiger (OS 10.4), habile synthèse entre le monde du logiciel libre, auquel il emprunte les standards et les composants de base, et la patte propriétaire d’Apple avec son interface rajeunie, Apple présente une alternative aboutie et séduisante au monde Microsoft et convainc de plus en plus de convertis « les switch » attirés par l’élégance de l’iPod et tentés d'aller plus loin dans l'offre de la marque, conformément aux hypothèses de Steve Jobs. Plus encore, Apple s’est lancé avec succès dans l’édition de logiciels spécialisés dans la musique avec le célèbre iTunes, disponible aussi sous Windows, pour accéder à la plateforme de vente de musique en ligne qui a ouvert ce marché jusqu'alors balbutiant. Mais d’autres logiciels regroupés dans l’offre iLife 05 attirent vers les plateformes matérielles de la marque en offrant une suite complète et facile à mettre en œuvre d’outils pour la musique, la photo –iPhoto- la vidéo amateur –iMovie-, l'édition de DVD. L’ambition est plus forte avec Final Cut pro qui représente désormais la référence des professionnels et l’édition musicale avec Soundtrack.
Constructeur de matériels esthétiques et séduisants, éditeur d’un système d’exploitation moderne, et de logiciels spécialisés réussis, pionnier de la musique en ligne, fabricant brillant de l’iPod devenu objet culte, Apple sort des sentiers battus du monde plutôt terne du PC pour s’offrir un habit chatoyant de modernité et de séduction, ravissant ses aficionados de toujours, agaçant ses détracteurs fidèles. Steve Jobs a réussi son pari. Mais dans ce monde informatique cruel de l’hyper-compétitivité, nombreux sont ceux qui souhaitent mettre un terme à cette résurrection. La chasse est ouverte.
Rendez-vous le 11 octobre pour analyser les résultats du quatrième trimestre !