Cybersécurité, l'enjeu industriel

Science et usage, la dialectique de la transformation

1/ Le monde est bouleversé, hier comme aujourd'hui, par l'ingéniosité, la curiosité et l'instinct de survie des hommes qui les poussent à découvrir sans cesse de nouvelles réponses aux questions qu'ils se posent et aux problèmes qu'ils génèrent. Pour cela ils inventent des concepts, des outils, des méthodes qui repoussent les limites antérieures, défient les pouvoirs, mettent à bas les croyances... et font émerger de nouveaux problèmes, de nouvelles questions. Cela s'appelle le "progrès". Mais si l'humanité a toujours été secouée périodiquement par une remise en cause brutale de ses acquis, ce que nous vivons au XXIe siècle  est marqué par l'accélération sans précédent des savoirs.

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2/ Nous sommes les premiers terriens à vivre une révolution scientifique et technique, planétaire, qui nous permet de construire un "modèle artificiel "de notre existence, à travers des capteurs, des réseaux, des mémoires, des processeurs qui multiplient dans des propositions extraordinaires (c'est à dire imprévisibles) notre capacité de modélisation antérieure. Si Pic de la Mirandole avait connu Google, si Einstein avait eu accès au calcul à haute performance, si Leonardo avait connu la modélisation en 3D ! Avec ce modèle, nous pouvons mieux comprendre comment nous fonctionnons, nous pouvons mieux prévoir et agir sur notre environnement, et donc le modifier. Il est même devenu envisageable de propulser les terriens hors de notre planète. Nous sommes passés d'un progrès incrémental, avec des périodes de fortes poussées, comme la fin du XVIIIe siècle, ou les années 1890-1914, à un progrès exponentiel. Cela nous met ans une situation enviable par rapport aux 115 milliards de terriens qui nous ont précédé. Mais cela provoque aussi de nouvelles angoisses car nous touchons à l'essentiel de notre condition humaine, notre relation avec la mort. Nous commençons à considérer la mort non plus comme une fatalité, attachée à notre destin, et compensée par nos croyances religieuses, mais comme un accident technique évitable.

3/ Cette immense source de savoir  disponible est un défi considérable pour tous ceux qui faisaient commerce (lucratif) d'une fraction infime du savoir actuel, et parmi mille, les notaires, médecins, prêtres, politiciens, enseignants, contrôleurs de gestion et surtout les dirigeants politiques et économique qui avaient inventé le système hiérarchique pyramidal pour se mettre au sommet et cadenasser l'accès... ! Leur source de revenu et de pouvoir, la rareté de la connaissance, est tarie. Rendre facile l'accès au savoir et à la capacité de faire que cela apporte à chacun les fait frémir. Cette source de mépris et d'humiliation qui créait un fossé infranchissable entre les sachants et les ignorants n'a plus de raison être. Le cerveau d'œuvre fonctionne en réseau maillé collaboratif, sa capacité de reprogrammation est illimitée car elle s'appuie sur l'intelligence collective qui n'est plus verrouillée par une petite minorité.. 

4/ Cette situation révolutionnaire conduit à des violentes résistances, à de retours sanglants à la barbarie (Daesch prétend régler tous les détails de notre vie en fonction des pensées primaires d'un soldat du VIIe siècle) , au culte de l'ignorance (dont Trump est un grand prêtre). Les dirigeants les plus obscurs s'attaquent à la science, veulent remettre en cause les théories scientifiques comme celles de l'évolution au profit des croyances religieuses ... Bien sûr la technique qui est à l'origine de notre capacité actuelle doit être connue, enseignée à tous, pour être exploitée par tous à la source, le code, et démystifiée. Mais c'est bien l'usage qui est révolutionnaire, en sachant bien que sans Pascal, Babbage, von Neumann, Turing, et Vint Cerf , et quelques autres, nous n'en serions pas là. C'est dans l'usage quotidien d'outils de transports, de communication, de gestion de notre santé, de nos relations avec les autres que s'incarnent les avancées scientifiques, rapidement métabolisées par nos pratiques quotidiennes au point même que nous oublions les prouesses scientifiques qui ont rendu possible cette banalisation de l'usage.

C'est cela le système socio-technique, le ying et le yang de la science et de l'usage.

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Commentaires

Hugues Chevalier

Jean Pierre, d'accord avec ta vision...Sauf sur point de détail, Leonardo.
Avec la modélisation 3D ou Katia, Leonardo aurait de toute façon eu un problème, car aucun de ses engins ne peut fonctionner. Il leur manque un outil essentiel, la propulsion, la motorisation.
Un homme ne peut pas voler sans une force motrice supérieure à l'attraction terrestre et à la résistance de l'air. Pas plus, un sous-marin ne peut nager dans l'eau comme un poisson sans motorisation.
Leonardo disait inventer en imitant la nature, mais dans le cas de ses "machines", le problème, c'est qu'elles ne sont pas des machines. Qui plus est, il conçoit avec les matériaux connus à son époque, qui n'ont ni la résistivité ni la dureté requises pour être efficaces.

J'aime bien leonardo, comme peintre, mais comme inventeur, c'était un doux rêveur.
Hugues Chevalier.

JPCorniou

Merci pour ton commentaire ! -On peut aussi citer la très tragique histoire de Charles Babbage qui n'a jamais réussi à faire fonctionner ses machines, qui l'ont ruiné ! Le British Museum a entrepris d'en construire une avec les outils et matériaux actuels, et... elle marche ! Science, technique et usage progressent ensemble... IL y'a une cohérence indispensable entre le degré de maturité technique et le corps social.

Pi

Passionnante vision qui m'interroge sur bien des points :
1) "[...] le XXIe siècle est marqué par l'accélération sans précédent des savoirs". Que sait-on vraiment ? Nous modélisons aujourd'hui à une vitesse considérable et sans précédent. Nous, individus, avons à notre portée les moyens de calculs, gigantesques, pour le faire. Nous avons les moyens, autrefois réservés aux États ou aux grandes organisations humaines, d'imiter les processus du monde physique dans lequel nous vivons. Mais que savons-nous vraiment de l'objet de nos imitations ? Que savons-nous vraiment du "Pourquoi" ? En physique, nous définissons un concept appelé "énergie". De ce concept et du principe de moindre action, la physique peut quasiment être complètement réécrite. Ça fonctionne comme nous le voyons tous les jours ... pourtant que savons-nous de la nature de l'énergie ? De la matière ? Des ondes et de leur nature ? Et ces domaines sont "simples" comparativement à l'étude d'une société (par exemple). L'imitation et la modélisation sont-elles savoir ? Cette question est fondamentale car le savoir intègre la connaissance des conséquences, bonnes ou mauvaises, d'une invention. C'est la métaphore du jardin d'Eden, du péché originel : la pomme, issu de l'arbre de la connaissance, que l'Homme mange alors qu'il n'est pas prêt pour cela. Et soudain, l'Homme se trouve nu; il est démuni face aux conséquences de son acte. La pollution et le défi écologique découlent de la maîtrise de l'énergie. L'humanité sait-elle ? La question reste ouverte.
Concernant votre 2), nous sommes également les premiers terriens menacés par des dangers incommensurables. Il est important de nous interroger, individuellement, et de réfléchir sur les conséquences de la mise en œuvre de certaines théories, de certaines découvertes, même technologiques. Les grands scientifiques ont toujours été des philosophes avertis. Aujourd'hui, les êtres ayant les moyens financiers, humains de "créer" des avancées technologiques ou d'appliquer des théories mathématiques dans le monde réel ne réfléchissent pas toujours à la portée de leurs actions (cf. le débat Elon Musk - Mark Zuckerberg concernant l'IA, sujet évacué en quelques tweets; cf. les travaux de Facebook sur la réalité augmentée). S'il ne faut pas arrêter la recherche et la découverte de ce qui est, il ne faut pas arrêter de l'accompagner d'une réflexion profonde et éclairée. Il me semble que votre blog vise à réfléchir sur ces questions et c'est bien. Sans cette réflexion nous risquons de nous retrouver comme Adam et Eve dans le jardin d'Eden, avec des problèmes de même ordre voire d'ordres supérieures, au défi écologique, au défi atomique (Corée du Nord).
A la fin de votre paragraphe 2) vous évoquez la mort et vous estimez qu'elle sera bientôt "un accident technique évitable". Nous ne pouvons que vous suivre sur ce terrain, au vu des dernières recherches sur le sujet. Et là encore, individuellement, tant que l'humanité est contrainte de vivre sur la Terre, nous devrons nous poser la question de savoir si notre vie est plus importante que celles des générations qui viennent ? Nous devrons nous demander si nous avons le droit de préempter une part de l'humanité.
3) Je comprends votre point mais je ne le partage pas tout à fait. Je suis d'accord avec le fait qu'aujourd'hui, la connaissance est accessible par tous. On peut tout apprendre en ligne, de manière structurée. Toutefois, la segmentation de la société par le savoir est toujours là car les théories et/ou les technologies sous-jacentes, elles, sont de plus en plus hermétiques. Les experts ont changé de nature en somme. Les modèles mis en place par Apple, Facebook, Amazon, Google, Microsoft etc sont maîtrisés et verrouillés par la petite minorité des gens qui travaillent pour eux ou avec eux. Quelques exemples : le droit vous interdit de faire de la rétro-ingénierie sur les produits (fort heureusement, les hackers ne s'en privent pas); nous ne savons pas comment et pourquoi nous obtenons tel ou tel résultat suite à une recherche sur Google (Si la thèse de Larry Page et Sergeï Brin étaient en ligne, il y a quelques années, vous ne trouverez aucune information sur leurs algorithmes actuels); hier encore, vous pouviez démonter votre véhicule pour faire de la mécanique le dimanche avec vos enfants, aujourd'hui, même changer un feu demande l'intervention d'un garage, etc. La segmentation se fait, le savoir est toujours verrouillé ... la nature du verrouillage a changée.
4) Daesh, Trump et les mouvements sismiques que connaissent nos sociétés sont encore une fois, l'expression du mythe de la Caverne. Le changement est tel, et à une vitesse si élevée, que les êtres biologiques (donc produit de processus lents) que nous sommes ont des difficultés à s'adapter. L'inadaptation d'une majorité de la société provoque la peur et la peur provoque des réactions violentes.
Merci pour cette réflexion !

JPCorniou

Merci vivement pour ce long commentaire très documenté et qui me donne envie de rebondir... En effet le vaste débat de la connaissance est loin être simple. Tous les jours, au fil de mes rencontres et conférences, on me demande si je pense que la machine un jour surclassera l'homme. Evidemment je n'ai pas une réponse scientifique, car tout le monde ignore ce qu'il en sera et d'ailleurs se sent incapable de bien poser le problème. Ma croyance, en revanche, est que plus nous repoussons les limites, plus s'ouvre un champ immense d'investigation sur le "pourquoi". Et cette insatiable souci de comprendre le monde, la vie, l'univers est une caractéristique fondamentale de l'homme qui a été accélérée par la fin des croyances "révélées" au XVIIIe siècle. Nous n'avons pas de limite à notre désir de compréhension. Les machines surfont mieux que nous expliquer le "comment", mais je doute qu'elle parvienne à expliquer le "pourquoi".

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