Décryptages du CES, suite...
Le numérique est aussi une révolution managériale

Au-delà du CES... qui prend en charge la transformation numérique ?

La leçon majeure apportée par le CES est que transformation numérique de l’économie s’appuie sur deux composants indissociables : la pertinence du service rendu au client final et l’excellence technique. Tous les témoignages et démonstrations convergent vers ce constat. La révolution numérique résulte de la conjonction de la compréhension des attentes des clients et de la qualité de l’exécution technique. La fourniture de biens et services pointus implique un investissement technique majeur pour garantir une qualité perçue optimale, le client ne faisant plus preuve de tolérance envers toute forme de défaillance. C'est dire que la prise en compte du numérique est un travail collectif qui implique, partout, un changement profond de la culture managériale ! 

Mais la déclinaison de l’excellence technique, qui se fait tout au long de la chaîne de traitement de l’information, appelle de la part des DSI à une réflexion   sur le « réinvestissement » technique qu’implique la transformation numérique. En effet, après la phase de séduction que les solutions web, isolées, souvent en mode SaaS, ont apporté par la qualité visuelle et graphique des interfaces et la simplicité des développements et des déploiements, on constate que la transformation numérique soulève des problèmes de plus en plus complexes. Il faut attaquer la totalité du système d'information et en redéfinir les couches techniques souvent anciennes et ayant emprisonné dans leurs sédiments chaque strate d'évolution.

Pour garantir un accès mobile de tous, clients et collaborateurs, aux informations nécessaires à l’action, la « webification » du système d’information, dans son ensemble, implique une modernisation des applications comme des infrastructures. Ceci nécessite une révision des architectures pour permettre de délivrer un nouveau niveau de services. La nouvelle vague d’informatisation que va apporter l’internet des objets, l’augmentation considérable du nombre et de la diversité des données qui vont être collectées et les traitements qu’elles vont impliquer vont également accroître la complexité du système d’information. Le monde du web s’appuie sur l’excellence technique, gage de la qualité de service qu’exigent les clients, 24/24, sur toute la planète. Mais cette performance est désormais hors de portée des seules équipes internes et doit s’appuyer sur de solides partenariats.

 

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Quelques exemples de l’intensification technique captés au CES

La démonstration de Netflix a beaucoup apporté sur le rôle central des réseaux et de la maîtrise des protocoles de traitement de l’image indispensable pour distribuer en streaming sur tous les réseaux, tous les formats de terminaux et ceci maintenant dans 130 pays. L’expertise qu’ont développée les ingénieurs de Netflix est la pierre angulaire de la qualité de service qui est au cœur du modèle d’affaire du distributeur de contenus. Mais en dépit des investissements consentis par Netflix pour obtenir ce niveau de performance, Netflix a renoncé à opérer ses propres datacenters et a décidé en 2015 de s’appuyer sur les services d’Amazon. Ceci démontre que l’exigence technique implique des niveaux de performance de plus en plus critiques que seules des compagnies spécialisées peuvent garantir.

YouTube a exprimé le même engagement dans la technique, notamment en optant pour une diffusion à haute définition 4K et la norme HDR.

Intel, Qualcomm, Samsung et Nvidia ont démontré à quel point la conception des processeurs, coeur du système numérique, joue un rôle majeur dans la diversité des usages. En mettant en évidence par une pluralité d’exemples que la nouvelle frontière des usages – reconnaissance d’image, 3D, temps réel, gestion du mouvement, production de musique, conditions extrêmes dans le sport ou les drones, utilisation en biologie – est exigeante en termes de fiabilité, de performance et de consommation d’énergie, les concepteurs et fondeurs de processeurs sont clairement à la source de cette transformation. Or c’est une activité exigeante, fortement capitalistique et risquée. Les difficultés de SMT Microlectronics comme les résultats d’Intel, légèrement en baisse fin 2015, montrent que ces firmes dont les performances sont indispensables aux avancées numériques sont également vulnérables.

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Samsung, Bosch, Panasonic, parmi d’autres, ont démontré que l’intégration des potentialités de l’internet des objets pour fournir des services «  sans couture » aux clients rendait nécessaire une plate-forme d’interopérabilité. La Poste, qui n’est pas un opérateur technologique naturel, propose cette intégration avec son hub en y accueillant de multiples fournisseurs de services. C’est donc une tendance de fond qui dépasse les débats sur les composants et les protocoles pour proposer le cadre d’interopérabilité simple qu’attendent les clients.

La  technique permet de mettre le client au coeur du SI

Le CES met en évidence une transformation continue de l’environnement technique du traitement de l’information qui pour les DSI représente de nouvelles opportunités d’action. Cette poussée continue issue du monde de la consommation grand public a un impact immédiat sur toutes les entreprises en B-to-C qui doivent revoir leurs processus pour coller aux nouvelles exigences des consommateurs. Mais toutes les entreprises présentes ont également montré que même en amont de la chaîne de valeur elles doivent également intégrer les attentes du client final. La marche du B-to-B vers le B-to-C est inéluctable, même si la logique partenariale, qui est une autre composante illustrée par CES implique que la relation entre l’entreprise, ses fournisseurs et ses partenaires, devienne également une composante du système global tel que le définit la cadre industriel du manufacturing 4.0 porté notamment par Bosch.

Les DSI doivent donc se préparer à intégrer rapidement dans le système d’information la demande de traduction par les métiers de ces nouvelles pratiques. Elles doivent agir en amont sur la préparation de l’infrastructure aussi bien que, dans la phase de production, sur la vitesse de réponse aux sollicitations des métiers. Elles doivent aussi prendre sans délai les initiatives nécessaires pour identifier les partenaires nécessaires pour les accompagner dans cette mutation. Elles devront notamment élargir le cercle habituel de leurs partenaires informatiques pour s’ouvrir à de nouveaux acteurs, totalement immergés dans la culture du web.

Les DSI doivent donc considérer que la conjonction des tendances structurantes, identifiées ou confirmées lors du CES 2016, appelle une réponse cohérente en direction de l’ensemble des parties prenantes du SI d’entreprise. Car faut intègrer dans une vision unique la pérennisation du SI opérant actuel, avec les modernisations requises, et l’apport des nouvelles techniques.

Le CES a révélé et accentué le caractère critique induit par la transformation des comportements sur la capacité du SI.

1/ Prééminence de la donnée

La donnée est devenue l’élément central du système d’information. Elle est aujourd’hui interne comme externe, structurée comme non structurée, constatée ou calculée, produite par les humains ou des capteurs automatiques. Plus que jamais les principes du CobIT en matière de donnée s’appliquent parfaitement et ce dans un périmètre largement étendu par rapport aux origines du SI. La DSI doit garantir à l’entreprise que les données traitées répondent aux exigences définies par CobiT : efficacité, efficience, confidentialité, intégrité, disponibilité, conformité, fiabilité.

Captées, acheminées, traitées, restituées, stockées, archivées, protégées, ces données multi-formats représentent un capital dont la volumétrie ne va pas cesser de croître notamment avec le développement continu de l’IoT (Internet of Things). Ceci appelle de nouvelles compétences, notamment en matière de réseaux (Sigfox, LoRa) et en matière d’outils de traitement, comme Hadoop et de façon générale de connaissance du champ mouvant des méthodes d’analyse (« analytics »). L’utilisation des outils de l’intelligence artificielle trouve sa dynamique dans le contexte de la massification des données. Néanmoins, elle n’est pas d’un usage évident et implique l’acquisition de compétences nouvelles.

2/ Accroissement global de la technicité

La prééminence de la donnée, devenue cœur du SI, en modifie la technicité toute au long de la chaine de traitement. La DSI doit développer une compétence d’architecture technique intégrant tous les nouveaux composants issus du web et de l’IoT, des protocoles de communication et de l’IP V6 jusqu’aux nouveaux langages de programmation.

En matière de développement, aux côtés de s méthodes classiques qui subsisteront encore pour un temps dans les applications transactionnelles lourdes ressortissant encore du cycle en V, le développement agile et le DevOps vont s’imposer. Contrairement à ce qui a pu être recommandé dans le passé, l’existence de développeurs internes rompus aux nouveaux langages peut représenter un avantage concurrentiel direct grâce à la compréhension des attentes métiers et à la rapidité du développement.

Enfin la technicité du nouveau SI étendu passe par une véritable rupture en matière de fiabilité qui doit pour les applications critiques atteindre 99,999%

Dans ce cadre général, la possession et l’exploitation de données d’origines multiples pose de nouveaux problèmes de sécurité qui dépassent le cadre traditionnel de la protection anti-intrusion pour traiter des problèmes rigoureux de protection des données personnelles.

3/ De nouvelles frontières techniques pour la DSI

La DSI est née de l’automatisation des processus régaliens de l’entreprise et a graduellement étendu son champ de responsabilité. L’apparition de solutions issues du web a pu laisser penser que le travail de mise en cohérence et d’orchestration du système d’information avait conduit à des solutions lourdes et contraignantes pour les métiers qui pouvaient trouver très vite dans ce catalogue de nouvelles solutions en mode SaaS réponse à leurs besoins. Le nouveau chapitre de l’évolution du système d’information redonne à la DSI une légitimité qu’elle peut exploiter dès lors que la qualité et le niveau de service qu’elle délivre répond aux besoins et aux désirs des métiers. Le défi pour la DSi est d’étendre le spectre de son offre tout en faisant évoluer son modèle de service.

Il est évident que l’augmentation exponentielle du nombre des potentialités offertes par la technique ouvre de nouvelles perspectives aussi bien pour l’informatique dite de gestion que pour les outils de production, de biens comme de service. Le temps réel devient une réalité opérationnelle. Le champ immense de la production additive transforme les imprimantes 3D d’outils anecdotiques en instruments de production insérés dans la gestion de production. Même les drones trouvent un positionnement dans le monde de la production et du service qui en font un nouvel auxiliaire précieux du système d’information.

Les techniques dans lesquelles la plupart des DSI étaient peu engagées prennent désormais une importance clef dans la réponse de l’entreprise au marché. La reconnaissance d’image et de formes, la reconnaissance de la parole, démocratisée par les services d’Apple avec Siri mais aussi par Amazon avec Alexa, sont des auxiliaires du SI qui rendent possibles de nouvelles performances, comme le prédictif contextuel. L’ergonomie et le design, le soin apporté à la qualité des interfaces, l’obligation de gérer l’information dans des contextes multi-environnements sont aussi de nouveaux défis auxquels la DSI doit pouvoir apporter, seule et en partenariat interne avec les métiers comme en externe avec les spécialistes, les réponses appropriées.

4/ Un nouveau cadre de management

La DSI de 2020 sera profondément différente de cette de 2010. L’expansion illimitée de l’internet, notamment vers les objets, l’exploitation de la donnée sous toutes ses formes appelleront de nouveaux modes d’organisation et de nouvelles compétences. Ce n’est évidemment pas une surprise pour les DSI du CIGREF, organisation qui s’est donnée comme mission, il y a plusieurs années, de développer la capacité des grandes entreprises à intégrer et maîtriser le numérique.

La confrontation directe au CES avec les pratiques des acteurs de la société numérique comme avec les grandes entreprises en mutation, notamment automobiles, offre l’avantage de fournir sous un format compact de quatre jours une vue à la fois globale et incisive sur les transformations des usages et des techniques. Au-delà d’une connaissance générale, cette plongée dans le monde numérique à travers le prisme, certes imparfait, parfois biaisé par la culture de la démonstration spectaculaire, mais impressionnant du CES, permet de mesurer la vitesse de transformation et de comprendre les intentions et les pratiques des acteurs.

Pour le DSI, il est clair que ce choc doit conduire à une réévaluation des pratiques sur les domaines techniques clefs qui ont été identifiés mais, de façon générale, à une révision de la gestion des priorités.

Cinq points d’action émergent sans ambiguïté :

  • Le pilotage des partenariats est un levier majeur de la transformation numérique
  • Les nouvelles disciplines techniques doivent être comprises et acquises
  • Le cycle de l’innovation s’accélère et doit être piloté de façon proactive et partagée
  • Le mode agile implique une évolution majeure des comportements
  • La vitesse comme la qualité d’exécution, c’est à dire la culture du service, font de la DSI un centre d’excellence

On pourrait conclure que si la robustesse du SI socle, gage de la performance opérationnelle au quotidien de l’entreprise, ne doit pas être négligée, il faut conduire sa transformation avec l’audace et les méthodes des start-ups. Exacerber une sorte de rivalité entre CIO et CDO - Chief digital officer - est sans intérêt car il y a du travail pour tous dans cette transformation. Mais une des leçons du CES est qu'il faut l'engager sans délai avec une équipe de direction générale en ordre de bataille, identifiant bien les forces internes et externes, et mettant les ressources requises au bon endroit.

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