Le vrai prix de la sécurité informatique
Genève 2013, luxe et confort pour un marché en quête d’apaisement

Développer soi-même, un retour aux sources ?

 

Le monde de l’informatique connaît une adaptation plus rapide aux changements que les autres secteurs économiques car il est mû par la force de ses moteurs techniques qui connaissent une croissance exponentielle.  Que ce soient la puissance des microprocesseurs, la capacité des mémoires et la bande passante des réseaux, ces facteurs de performance évoluent avec constance vers des niveaux de performance sans cesse croissant pour un prix en baisse. En soixante années de développement, le monde informatique a ainsi connu plusieurs révolutions technologiques qui ont poussé de massives vagues de transformation dans ses propres entreprises. Ces mutations se sont ensuite propagées  dans tous les secteurs au rythme de déploiement de ces nouvelles solutions informatiques.  

Cette accélération du changement a été fatale pour de nombreuses entreprises du secteur qui, bien qu’un temps leader, n’ont pas su anticiper la révolution suivante et ont dû ou se vendre ou disparaître. La marche héroïque de l’informatique est peuplée de ces héros malheureux dont la liste est très longue. Ce film accéléré a permis de voir en quelques années sombrer des géants  et émerger de nouveaux champions, eux-mêmes contestés par des rivaux agressifs. Nul secteur économique n’a connu une telle mutation, qui est loin de se stabiliser.

C’est  la révolution informatique qui a contribué directement aux mutations des autres secteurs économiques plus que tout autre facteur.

Entre  l’informatique centrale et artisanale des années cinquante, le monde des mainframes des années soixante, la révolution des PC des années quatre-vingt  et les premiers  sites web des années quatre vingt-dix, il n’y a pas grand-chose de commun sinon une architecture remarquablement stable, le modèle dessiné par von Neuman en 1945 qui sépare données, traitements et interfaces.

Aujourd’hui l’informatique moderne hérite de ces vagues de transformations successives et certains peuvent reconnaître dans la vogue de l’informatique en nuage le retour au « service bureau » des années soixante qui visait à partager entre utilisateurs des capacités de calcul rares et coûteuses.

Si l’histoire des matériels informatiques est bien connue car elle se visualise aisément, et chacun aujourd’hui peut apprécier  les performances de l’industrie en exploitant au quotidien  les potentialités de son smartphone ou de sa tablette, l’évolution de la programmation informatique est moins connue en dehors des cercles de spécialistes. Certes les entreprises ont vu des progiciels succéder aux logiciels développées en interne pour la plupart des fonctions régaliennes et nul n’ignore aujourd’hui la place des grands éditeurs de logiciels comme Microsoft, Oracle, SAP ou IBM.

Mais si les ERP ont conquis en vingt ans les fonctions classiques de l’entreprise et permettent de gérer avec efficacité la comptabilité, la facturation, les ressources humaines, les  achats, le cœur de métiers des entreprises reste encore confié à des applications spécifiques ou à des éditeurs de niche.

Or le web est en train de bouleverser une situation qui paraissait stabilisée. Il y avait un consensus établi dans la profession entre vendeurs de solutions et DSI pour considérer que le développement spécifique n’était plus une option crédible même pour les logiciels de cœur de métier. La première cause de cette doctrine est bien évident la recherche d’économies d’échelle, les entreprises ayant  les mêmes caractéristiques métier pouvant mettre en commun, à travers un éditeur, leurs analyses fonctionnelles et le développement industriel des programmes informatiques qui les supportent. Le renouvellement incontournable des « vieux » logiciels maison ne pouvait se faire, à en coire le marché, qu’avec des solutions packagées. Les éditeurs  centrés sur les besoins métier ont ainsi pu développer une approche industrielle qui a eu un succès réel dans des domaines comme la conception assistée par ordinateur avec Dassault Systems ou la gestion des voyages avec Amadeus. Dans des domaines pointus comme la gestion des risques on a vu apparaître des éditeurs comme Fermat qui ont rapidement pris une importance majeure dans la stratégie logicielle des banques.

Mais le monde du web est en train de conduire les acteurs et notamment les DSI à reconsidérer cette vision « tout progiciel ».  L’observation des pratiques des nouveaux acteurs de l’économie apporte un éclairage nouveau et inattendu dans cette évolution du marché.

En effet, les grands acteurs du web ont dû leur essor et leur fortune au fait qu’ils ont eux-mêmes inventés leurs logiciels métier. Que ce soit Facebook, Amazon, LinkedIn, tous ont fait le choix de développer leur propre environnement logiciel. C’est parce que ces entreprises sont nées autour de la spécificité de leur logiciel qu’elles ont pu conquérir le marché, qui ne peut exister sans logiciel. C’est bien là l’immense différence entre l’économie classique des progiciels qui s’appuie sur la formalisation et la mutualisation de pratiques existantes et « l’économie numérique » ou « digitale » qui invente de nouvelles pratiques.

Non seulement ces entreprises s’appuient sur leur ingénierie logicielle pour développer une différenciation sur le marché, mais elles remettent totalement en cause les méthodes de développement classique. Pulvérisant la distinction conventionnelle entre maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre, qui a toujours un grand succès en France, elles cassent le cycle de développement en V pour associer étroitement leurs analystes et concepteurs  produits avec les informaticiens. Le développement « agile » est devenu le seul modèle de ces équipes. De même génération, partageant le même langage, les mêmes plateaux techniques, en petites équipes soudées, ils co-concoivent en temps réel  les applications informatiques qui donnent corps à leurs stratégie client. Ces équipes, compactes et calées sur les besoins métiers qu’elles mesurent en permanence, sont capables d’ajuster en continu les programmes informatiques pour épouser le rythme du métier.

Cette approche ne consiste toutefois pas à négliger l’intérêt d’une mutualisation. Si dans le monde des applications classiques, le grand espoir qu’avait suscité l’approche objet et les SOA (« service oriented architecture ») ne s’est pas souvent concrétisé devant la complexité de l’architecture, la discipline qui doit l’accompagner, et la mutualisation des financements entre projets, cette approche a un grand succès dans les développements web. C’est l’open source qui assure cette indispensable fonction de mutualisation. Or elle le fait mieux, plus vite et moins cher – qualités essentielles du développement informatique - que les éditeurs propriétaires. L’open source était le chainon manquant dans l’évolution  de l’informatique.  Les grands acteurs du web utilisent les solutions open source et nourrissent activement les communautés.

Si les idées de mutualisation étaient bien présentes dans les équipes de développement, elles se heurtaient à l’absence d’organisation d’un marché des composants logiciels. Or l’open source y pourvoie aujourd’hui et l’open source est le fruit du web. C’est la mise en relation des compétences à travers les forums, les échanges de code, qui permettent au développeur de produire des solutions novatrices. Tout développeur isolé, et talentueux, peut assembler de briques de composants en ajoutant à un édifice standard les logiques qui vont assurer l’originalité de son produit.

Agile-management-marketing

La révolution du web est donc également une révolution méthodologique qui bouleverse les bases de l’édition logicielle.

Mais le web a introduit un autre changement majeur : la place de l’utilisateur est devenue centrale. Dans une logique classique de développement informatique, le dialogue est surtout centré sur les représentants des métiers, qui vont exprimer leurs attentes, et les informaticiens, qui vont tenter d’inventer le code qui répond à ces désirs au prix d’ajustements lents et de compromis tactiques. L’utilisateur final n’est que peu présent  dans cette boucle de rétroaction et l’ergonomie applicative n’est généralement pas le facteur majeur de décision.

Or dans le monde du web, c’est l’utilisateur qui décide. Tout défaut dans l’affichage d’une page, tout délai intempestif dans le déroulement d’un menu, toute attente exaspérante d’une fonction, et il décide d’interrompre la transaction. Or contrairement à une idée courante, le problème ne vient en général pas du réseau mais de la conception de l’application.

L’ergonomie est le premier facteur de performance commerciale d’un site web. Les applications web sont donc toutes conçues pour plaire à leurs utilisateurs et la mesure de cette satisfaction est une activité centrale de l’exploitation informatique. Il est évident que ce soin accordé à la production de  performances crée une réelle satisfaction qui renvoie l’informatique classique à la préhistoire.

Cette exigence technique remet en lumière la nécessité de maîtriser l’architecture et le développement applicatifs. Ce sont des fonctions clefs pour créer des applications attractives qui vont, en interne, accroître la productivité, et développer le chiffre d’affaires et la satisfaction client. Il faut donc être en mesure de recruter des développeurs talentueux et de les retenir. C’est bien évidemment ce que font en priorité les acteurs du web, qui ont parfaitement compris l’enjeu économique réel qui n’est pas de réduire le coût de la ressource mais de maximiser la valeur créée. Ce modèle de développement rapide et efficient condamne, au moins pour ce type de service, les grandes concentrations de développeurs en off-shore. Il ne s’agit plus de faire massivement moins cher, il faut désormais faire vite ce qui est pertinent.

Pour conclure, il faut aussi mettre en évidence que la qualité des nouveaux développements ne serait pas suffisante si elle en s’appuyait pas sur une infrastructure puissante et efficace. Là encore les progrès ont été spectaculaires grâce à la virtualisation et au « cloud computing » qui permettent de disposer à tout moment d’une infrastructure d’exploitation et de distribution efficace et constamment mise à jour.  Il ne faut toutefois pas en sous-estimer le coût et, là encore, la nécessité de disposer des compétences requises, en interne et auprès des fournisseurs.

L’informatique du web change les méthodes de l’informatique classique et cassant les modèles lents et lourds. Plutôt que de porte-avions structurés et coûteux, l’informatique moderne requiert des flotilles de développeurs, et d’utilisateurs experts, légers, agiles, réactifs. La coordination de ces talents nécessite toutefois un changement dans les méthodes de management et de contrôle.

Mais c’est aussi toute l’entreprise qui serait bien inspirée de suivre ce modèle d’évolution.

Commentaires

Guillaume Breuzé

Malheureusement, trop peu de sites conçoivent leurs interfaces en se basant sur le comportement des internautes (néophytes comme experts). Les concepteurs de sites web et d'applications sont encore trop centrés sur leur vision du web qui n'est pas et ne sera jamais celle des internautes.
Le recours aux tests utilisateurs et à l'eye tracking devrait devenir un standard pour améliorer encore le confort, la simplicité (et la sécurité pour les intranets et logiciels professionnels).

Louis Nauges

Merci, Jean Pierre pour ces idées.

Le retour du "sur mesure" est une tendance de fond, en particulier pour les applications cœur métier, source de compétitivité et de différentiation.

On voit aussi renaître l'intérêt des personnes pour l'écriture des programmes.
Un nouveau site est né, https://www.codecademy.com/, où il est possible, gratuitement, d'apprendre à maîtriser les nouveaux langages du Web, PHP, Phyton, HTML5..
Ce site, communautaire, permet à tout le monde de proposer des cours sur ces langages.

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