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Paradoxes 3 : Réindustrialiser les pays matures, à quelles conditions ?

Un des thèmes qui a peut-être le plus marqué la prise de conscience collective sur la nature de notre économie moderne au cours de la campagne électorale est celui du « produire en France ». La réactualisation de ce thème est un signe d’un changement de perspective induit par la profondeur et la durée de ce qu’on appelle encore une « crise », mais qui est en fait une étape, tumultueuse mais naturelle, dans le processus de transformation de notre système socio-technique. Nous sortons de la seconde révolution industrielle qui a connu pour nos pays trente ans de croissance rapide et trente ans de croissance asymptotique pour atteindre avec l’effondrement du système financier en 2008 un point de rupture.

Unknown

Pour beaucoup, le recentrage de notre économie sur les services a longtemps été perçu comme un phénomène très positif qui avait le mérite d’éliminer du paysage ces lieux bruyants, polluants, dangereux et socialement instables que sont les usines. Sortir de l’usine, dans l’inconscient collectif, c’était échapper à la condition ouvrière peu enviable. Supprimer l’usine, c’était échapper au XIXe et au XXe siècle dans une démarche « hygiéniste » moderne. Néanmoins, le prise de conscience tardive que chaque fois que ferme une usine ce sont à la fois les emplois directs et les emplois indirects liés aux flux économiques engendrés par l’activité industrielle qui disparaissent irrémédiablement a fait réagir l’opinion et certains décideurs. Plus encore c’est la disparition des recettes fiscales et sociales associées qui, amplifiant l’impact immédiat visible, conduisent à des déséquilibres durables. Ces réactions en chaîne produisent non seulement un appauvrissement  des territoires touchés par la désindustrialisation et des distorsions démographiques mais aussi un assèchement  global de l’économie, qui se traduit notamment par un déséquilibre structurel de la balance commerciale dont l’impact systémique avait pu être un temps caché par la croissance. On constate aussi que disposer comme la France de champions mondiaux dans la plupart des secteurs ne dispense par en termes de créations d’emplois et de revenus d’un tissu actif de PME et entreprises de taille intermédiaire (ETI) dynamique et innovant.

Si la désindustrialisation a pu séduire, une marche forcée vers la modernité aseptisée, misant plus sur les footballeurs, les traders, le tourisme et le luxe que sur une population d’ouvriers et de techniciens attachés à la fabrication industrielle, n’apparait soudain plus comme une panacée car on commence à en mesurer le prix amer.

Aussi, dans un bel élan, est apparue comme une ardente nécessité la tentation de rembobiner le film et de retrouver le système industriel qu’on a laissé se déchirer depuis trente ans autant par paresse et fatalisme que par idéologie. Or ce n’est pas si simple car produire à nouveau en France pose des problèmes multiples. On n’efface pas des décennies de contraction de notre tissu industriel et de vulnérabilisation, voire de destruction,  des réseaux de fournisseurs et de sous-traitants spécialisés capables de  couvrir l’ensemble des besoins de la chaîne de valeur. Un tissu industriel constitue un système complexe d’interactions qui est vulnérabilisé par la défaillance d’un de ses composants. On a vu en septembre 2011 que les difficultés de production d’un « simple » fournisseur de boulons pouvait compromettre  la production de voitures. La dépendance envers des composants rares crée également une vulnérabilité pour les produits de pointe qui ont déserté le continent européen. Une grève de transports ou une chute de neige paralyse rapidement la production en flux tendu. Plusieurs marques textiles qui continuent à produire en France, comme la célèbre marque bretonne Armox Lux ne trouvent plus de personnel apte à la couture car l’appareil de formation, pour ce métier officiellement déprécié et sans débouché, a été démantelé.

Or, la réindustrialisation ne se fera pas, naturellement, à l'identique. Elle passe par une révision des schémas mentaux qui ont présidé à cette désaffection envers l’industrie. L’industrie du XXIe est une construction sophistiquée qui échappe aux clichés du passé. Elle est désormais entièrement numérisée, les liens entre fournisseurs sont en temps réel, la pollution, les consommations d’énergie et les risques industriels sont contrôlés et réduits. L’industrie moderne est beaucoup plus respectueuse de l’environnement que le secteur domiciliaire. Le niveau de compétences requis n’a cessé de croître au fur et à mesure de la sophistication technique et de la numérisation des outils et des processus et de la prise en compte des contraintes  ergonomique de la production.

L’industrie du troisième millénaire inspirée par le web

Aussi en ce début du XXIe siècle, il ne s’agit plus de résoudre, par la seule approche environnementale, limitée, les problèmes posés par la nature des processus industriels. Ils sont en effet, grâce à la législation et à l’engagement des industriels  de mieux en mieux traités, même s’il existe encore des marges de progrès. Il faut désormais totalement repenser l’industrie en fonction des technique numériques. La numérisation de l’ensemble des processus industriels, de la conception à la distribution, est en train de créer les conditions d’une troisième révolution industrielle qui va rebattre à nouveau les cartes de la géographie de la production mondiale. L’industrialisation des pays matures  ne consiste  pas à rêver d’un retour vers le passé, mais à réinventer radicalement  la production, comme la destruction, des objets et produits qui accompagnent notre vie quotidienne. C’est un défi qui implique un renouveau scientifique et technique de même nature que lors des révolutions précédentes, mais dans un cadre ouvert et décentralisé auquel internet et le web nous ont habitué. La toile est devenue à la fois le modèle structurant de l’industrie de demain et le vecteur de sa transformation.

Deux forces vont rythmer cette révolution : une révision de notre relation à la nature à travers une exploitation frugale de l’énergie et des matières premières et un changement de notre modèle de production centralisé de masse vers une logique décentralisée à la demande.

La troisième révolution industrielle vise à injecter de l’intelligence dans les produits et les services à la fois en amont dans les processus de production et en aval dans l’usage. Consommer moins de matières premières et d’énergie est le cadre fédérateur de cette démarche : produits plus légers, moins volumineux, recyclables, inspirés de la nature et sans empreinte sur elle, capables d’autorégulation et d’interaction avec l’homme et l’environnement. Il suffit de comparer le produit et les fonctionnalités d’un téléviseur à écran cathodique ou à écran OLED pour comprendre cette rupture majeure.

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L’industrie de demain ce ne sont pas non plus de vastes concentrations de capitaux et d’installations physiques. C’est un réseau polycentrique qui travaille à l’optimisation constante des flux matériels, financiers et immatériels afin d’optimiser sa performance globale multi-critères : satisfaction du client final, satisfaction des territoires en termes de revenus et d’impact sur l’environnement, satisfaction des personnels sur les axes revenus/compétences/reconnaissance, rentabilité à long terme des capitaux.

Pour parvenir à insuffler cette dynamique au tissu industriel français, il faut évidemment investir dans les équipements appropriés, machine outils numériques, robots de production, de transport et de stockage, systèmes d’information performants de gestion de production et de logsitique, conception et réalisation 3D, logistique automatisée… Il existe un savoir-faire français dans ces domaines. Il faut aussi que les universités et grandes écoles se réapproprient le champ industriel en attirant étudiants et chercheurs pour concevoir les produits et systèmes du XXIe siècle. Car il n’est plus possible d’imaginer un produit sans les services qui vont l’accompagner pendant toute sa vie. La conception des produits simultanément  au processus de production à travers la maquette numérique, dont l’éditeur Dassault Systems est un leader mondial permet d’ores et déjà une optimisation des relations entre parties prenantes et une amélioration majeure de la qualité finale.  Il faut également intégrer la maintenance, le démontage et le recyclage du produit. On parle donc de système industriel global.

Nouveaux produits, nouveaux process

La numérisation permet aussi d’inventer de nouveaux produits et matériaux et de nouveaux process. Par exemple, le moteur à explosion fait des progrès considérables grâce à la modélisation numérique de la combustion dans les cylindres et grâce au pilotage fin des cycles du moteur par informatique. De fait, de machine purement mécanique peu efficace il y a vingt ans, un moteur à explosion est devenue une machine thermique pilotée par ordinateur riche en logiciels. Tous les produits de demain, même les plus simples comme un interrupteur, seront dotés d’intelligence pour agir en interaction avec l’environnement et, notamment, optimiser la consommation d’énergie. Les composants passifs vont devenir actifs, en étant à la fois capteurs et actionneurs. Ainsi la température d’une salle de réunion réagira en fonction du nombre de participants et de l’intensité de l’éclairage naturel. Tous les appareils électroménagers adapteront programmes et usages aux prix de l’électricité. Les voitures électriques géreront leur autonomie et l’utilisation de leurs capacités de réserves dans les batteries en fonction des usages réels et des besoins énergétiques de leur environnement immédiat. Dans tous les domaines, les outils  employés auront pour mission de faire mieux, plus vite et moins cher en consommant moins de ressources, et seront dotés de l’intelligence nécessaire pour y parvenir.

Il est aussi indispensable d’imaginer des processus produits/process en rupture comme ceux exploitant l’intelligence de la nature, dont l’exemple le plus frappant est le fil d’araignée dont la résistance mécanique est infiniment supérieure à celle de la fibre de carbone. Ainsi la production de l’énergie pourra s’inspirer de l’extraordinaire rendement de la photosynthèse. Les carburants dits verts ne viendront pas se substituer à des productions alimentaires, mais seront des produits spécifiques issus de l’ingénierie biologique produits par des bactéries.

L’industrie de troisième génération, ce seront aussi de petites séries conçues et réalisées par de petites structures. Ce qu’on appelle « les imprimantes 3D », qui sont en fait des machines outils permettant de produire des objets finis à travers une conception numérique et une production locale permettent d’imaginer des petites séries à la demande du client. Là encore, alors que la seconde révolution industrielle raisonnait massification et séries longues, l’analogie avec le modèle du web viendra inspirer des productions locales en réseaux qui permettront des gains de coûts de transport et d’émission de CO2. La réactivité est devenue un axe prioritaire pour les industriels qui doivent disposer de circuits courts de conception et de production pour répondre  aux besoins du client sans dépendre de longs temps de transport par conteneurs venus d’Asie et donc de stocks rapidement obsolètes. On pense à l’industrie de la mode, dont fait partie de plus en plus l’optique. Atol, ainsi,  a réalisé par la numérisation complète du processus de vente et de production un système lui permettant de réimplanter dans la Jura une partie de la production de montures.

Certes cette industrie souple, dispersée, réactive, propre ne viendra pas se substituer aux grandes concentrations ouvrières du XXe siècle. Il y a aura très peu d’emplois de production non qualifiés dans cet environnement futur, mais une masse considérable d’ingénieurs, de designers, de systémiciens, de logisticiens et de concepteurs de logiciel comme de techniciens de maintenance. Aux Etats-Unis, l’industrie ne représente que 11% du PIB mais 68% des dépenses de R&D. Le modèle managérial approprié à la mise en synergie de ces compétences n’est plus l’antique système hiérarchique pyramidal, dinosaure de la pensée managériale inadaptable aux exigences de créativité et de réactivité, mais un modèle de gestion des compétences en réseau, infiniment reconfigurable et exploitant tout le potentiel du « sourcing de masse » (crowdsourcing).

La performance de ce système industriel permettra de générer des revenus dont il faudra inventer des modèles imaginatifs de répartition entre situation de travail et situation de non travail, qui est, comme nous l’avons vu, l’état largement majoritaire au cours de la vie. C’est là où la créativité se doit se déplacer du champ de la recherche et de la technique vers le champ politico-social. Le prototype est à inventer. Pour la série…

 

Quelques sources :

Dossier : The Economist, April 21st

Ouvrages :

“Biomimicry: Innovation Inspired by Nature”, Janine Benyus

"Natural Capitalism: Creating the Next Industrial Revolution », Paul Hawken

http://biomimicry.net/

 


La dernière élection présidentielle du XXe siècle

A l’heure du web, à quoi sert une campagne électorale au XXIe siècle ? Techniquement parlant, rien n’a changé par rapport aux pratiques antérieures. C’est une phase d’intense débat permettant, à partir d’un diagnostic documenté de la situation des grands paramètres de fonctionnement d’un pays, de faire émerger une vision stratégique et de proposer les moyens de l’atteindre. Comme nous sommes dans un mouvement continu, cette photographie doit surtout faire apparaître les contrastes, la dynamique des évolutions, et proposer des améliorations aux mécanismes opérationnels permettant de prendre les bonnes décisions pour se rapprocher de la cible visée. Un peu plus d’impôts ou un peu moins ne changera pas fondamentalement la donne mais pourra infléchir les comportements et les tendances. Chaque mesure, tel un médicament sur le corps humain, n’agit que marginalement par rapport au fonctionnement global et complexe du système politico-économique. Avec l’inertie d’un grand pays, due à la complexité de ses structures et de ses jeux d’acteurs, et à l’influence de paramètres hors du contrôle national, chaque élection n’est en fait qu’un nouveau départ lancé où les marges de manœuvre sont réduites et où l’impact des mesures nouvelles doit être relativisé. Il est des lors essentiel de comprendre la situation de départ et l’impact des paramètres de réglage… Ce débat est essentiel car il reste un des fondements de la démocratie. Il permet aux citoyens électeurs, pendant une période resserrée, de se plonger dans des analyses de la situation effective du pays, ou d’un territoire, pour comprendre les éléments macroscopiques qui influent sur leur destin personnel. De cette analyse, ils vont tirer les éléments de bilan, de diagnostic et de confiance sur les compétences et la portée des engagements pour choisir la personne, pour une élection présidentielle, ou l’équipe, qu’ils estiment les mieux à même de réaliser leurs objectifs à partir des éléments mis à leur disposition par les candidats, mais aussi en s'apputant sur la pertinence des analyses complémentaires apportées par les organismes compétents, dont la presse, les laboratoires d’idées, les instituts de sondage…

Le choix d’un président

Peu de commentateurs et de citoyens jugent intéressante la campagne pour la présidentielle française de 2012. Le jugement est encore plus sévère vu de l’étranger. Le contraste est en effet saisissant entre la gravité de la situation et la pauvreté du débat. Après quatre années de crise, la campagne électorale pour l’élection présidentielle aurait pu se révéler être un moment fort d’analyses, de diagnostic et de propositions. L’atonie durable de la croissance et le poids de la dette publique, comme l’abyssal déficit du commerce extérieur, remettent en cause le financement de notre modèle social. L’économie française n’a d’autre objet que d’apporter les ressources nécessaires aux ménages, aux entreprises et aux collectivités pour financer leurs besoins courants et leur permettre d’investir sur le futur pour défendre leurs positions actuelles et en acquérir de nouvelles. Or cette équation est durablement et profondément déséquilibrée. La richesse produite en France ne permet pas de couvrir les charges de fonctionnement du pays et d’engager les transformations nécessaires à la « production future» de nouvelles richesses. Le problème posé par la dette du budget de l’Etat, pour ne parler que de celle-ci, est que son financement vient amputer les recettes fiscales d’un montant de l’ordre de 50 milliards € au détriment des dépenses courantes et surtout des dépenses d’investissement. Le poids du passé plombe le futur. Personne ne peut remettre en cause ce constat implacable étayé par toutes les données statistiques. En théorie, cette situation imposerait une vision nouvelle, cohérente et collective, pour construire un nouveau pacte social permettant à la fois d’épurer la dette et de reconstruire les conditions d’un rééquilibrage entre les ressources et les charges.

Une drôle de guerre

Entre septembre 1939 et juin 1940, sur la ligne de front, personne ne voulait prendre l’initiative de l’offensive en observant l’adversaire… Il en est ainsi à la veille du premier tour. Le candidat sortant efface son bilan avec un mistigri magique, la crise. L’autre prétendant majeur se garde bien de rentrer dans le détail de ce qu’il ferait s’il était élu, conscient des contraintes, prisonnier de ses alliances, et s’apprête à sortir le premier argument de tout nouvel élu : l’héritage. Les idées qui auraient du se développer intensément pour ouvrir des hypothèses de travail pour le prochain quinquennat, pour esquisser des solutions aux problèmes posés par le règlement de la dette, la relance de la croissance, l’innovation sont restées au second plan de la campagne. La situation internationale, pourtant préoccupante après l’échec reconnu des opérations en Afghanistan, les tensions en Irak et Iran, l’instabilité du Maghreb et de l’Afrique centrale, a complètement disparu du débat. Protéger le territoire économiquement et politiquement reste bien la mission suprême du chef de l’Etat.

Cette drôle de guerre prend en effet des allures surréalistes. Le spectacle donné par la campagne électorale n’est pas satisfaisant. Il n’est ni à la hauteur des enjeux, ni de nature à alimenter l’indispensable réflexion sur le futur de la France en tant que nation souveraine. Car l’Etat est indispensable et le bon fonctionnement des institutions est un levier majeur de construction collective. Or même si l’omerta est de rigueur, la crise et les difficultés tangibles vécues au quotidien ont réveillé la prise de conscience collective que nous vivons une époque de rupture. Or pour reconstruire durablement, le modèle présidentiel "pur" est totalement inefficient et doit être remplacé par un réel système démocratique approprié à l'ampleur des enjeux de la vie collective et à la vitesse de résolution des problèmes requises par la "planétarisation" numérique.

Pourquoi un président de la République ?

Nous sommes appelés tous les cinq ans dans notre pays démocratique à choisir la personne qui en tant que chef d’Etat selon l'article 5 de la constitution assure la continuité de l'Etat. "Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'État. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités." A ce titre il nomme le Premier ministre et préside le Conseil des ministres. Mais voilà, on semble avoir oublié ce texte et son application par le Président Sarkozy a été très... personnelle. Il s'est en effet constamment conduit en Premier ministre induisant une confusion des rôles et des messages qui ont conduit à l’effacement du rôle du Premier ministre en titre. Cette interprétation de la constitution est en ligne avec l’image d’un président qui décide de tout, se met en avant sur toutes les décisions, intervient à l’occasion de chaque fait divers et n‘a de cesse de donner un avis personnel, qui a valeur de directive, sur tous les sujets. Toutefois, ce modèle d’hyper-président, qui a également des résonances dans certaines entreprises, doit être jugé sur sa seule efficacité et non pas sur des critères éthiques. Après tout, de Gaulle n’était pas un grand démocrate du quotidien… Mais peut-on raisonnablement penser aujourd'hui que les impulsions issues du seul sommet de l’Etat suffisent aujourd’hui à animer le processus de transformation nécessaire ? A fabriquer l’adhésion nécessaire pour assurer la démultiplication des actions ? Or nous devons rechercher avant tout l’efficacité des institutions. Construite en 1958 à son image par le Général de Gaulle pour casser le régime des partis qui avait conduit à une instabilité ministérielle chronique sous la IVe république, sanctuarisée par l’élection au suffrage universel en 1962, la fonction présidentielle, au-delà de ses titulaires successifs, fait peser sur la politique française une chape de plomb qui a paralysé l’évolution des structures politiques de la France et par là son adaptation aux transformations structurelles du monde.

Comment être président au XXIe siècle ?

Née en 1958, la Ve République est une construction d’un autre temps. Le monde a profondément changé en 1989 avec l’affaissement de la frontière idéologique est/ouest et en 2001 avec les attentats islamistes aux Etats-Unis. Il a changé démographiquement avec un recentrage de la population mondiale autour du Pacifique. Il a changé économiquement avec le développement du commerce international et la révolution du conteneur. Il a changé, enfin, technologiquement avec l’avènement du temps réel numérique. L'accessibilité de toute l'information, à tout moment, à partir de tout appareil fixe ou mobile change radicalement la donne de l'accès et du partage de l'information.

Sans être en échec, la place de la France rétrograde mécaniquement dans ce monde nouveau. En échec, elle ne peut que régresser. Ces transformations radicales de notre époque doivent être intégrées dans le modèle de fonctionnement de notre démocratie. On aurait pu débattre non pas seulement du bilan du quinquennat, mais surtout des causes de la situation actuelle et future de la France. Il est désormais trop tard, c’est une occasion perdue. Mais il est indispensable pour les élections législatives et au-delà de débattre de la méthode de résolution des problèmes. Ce n’est pas dans l’affrontement des solutions de papier nourries par des slogans du passé que nous pourrons trouver les réponses aux problèmes de notre pays. C’est au contraire en suivant un processus qui a fait ses preuves : analyser et hiérarchiser les causes, identifier des scénarios de solutions, les tester, mesurer et corriger… C’est le fameux PDCA (Plan Do Check Act) des processus industriels qui ont permis aux entreprises de considérablement progresser en efficience. La vie publique au temps du web ne peut plus se contenter de rester dans l’incantation et la dissimulation, mais doit se concentrer sur les moyens de résoudre durablement les problèmes avec méthode. C’est notamment le rôle du Parlement de mesurer, contrôler, corriger et proposer. C'est aussi l'occasion de redonner un sens  au  Conseil économique, social et environnemental qui doit devenir la tête de pont d'un réseau social destiné à animer la réflexion politique étayée par des études solides et non controversées.

Plusieurs décisions simples permettront de progresser dans cette transparence :

- Faire de l’INSEE un organisme totalement indépendant, dirigé par un président nommé par les deux tiers du Parlement

- Publier en ligne tous les comptes détaillés des ministères et organismes publics, la nature de leurs contrats et de leurs projets, les rémunérations des dirigeants

- Pratiquer une politique proactive d’opendata

- Publier les compte-rendus vidéos sur le web des commissions parlementaires

- Pratiquer sur tout sujet faisant l’objet d’une demande d’un tiers des parlementaires une consultation publique sur le web et en diffuser les résultats.

Comment créer plus de richesse collective pour couvrir le coût de fonctionnement de notre pays ?

Quelque soit l’intérêt des considérations sociétales sur la viande halal, les horaires des piscines ou l’homoparentalité, force est de reconnaître que le seul sujet sérieux est aujourd’hui la création de richesse. S’il est un domaine où le futur chef de l’Etat doit s’illustrer, c’est bien la manière dont il pourra susciter entre toutes les parties prenantes un débat cohérent pour intégrer la modernité du XXIe siècle dans notre modèle français de production de richesse. Comment stimuler l’attractivité des produits français et de la marque France sur le marché mondial ? Comment retrouver, comme à la fin des années cinquante, l’initiative technologique dans le monde du transport, de l’énergie, de l’habitat pour promouvoir une croissance moins consommatrice de ressources naturelles ? Comment financer les investissements à travers non pas un seul système de financement, mais plusieurs canaux correspondant à des échelles de temps et de rémunération appropriées, valorisant aussi bien le capital patient, la logique patrimoniale de l’investissement dans les PME et l’attractivité des flux de capitaux internationaux ? Comment attirer et retenir en France, de tous pays, les étudiants qui deviendront chercheurs, puis innovateurs et développeront à la fois des entreprises créatrices d’emploi mais aussi une image positive de la France comme terre d’accueil de l’initiative créatrice ? Comment exploiter le potentiel des technologies de l’information pour à la fois baisser le coût de la santé, développer des entreprises innovantes à vocation mondiale dans le secteur de la e-santé ? Comment exploiter notre avance en matière de véhicule électrique et des nouveaux usages de mobilité pour promouvoir l’électro-mobilité et en devenir leader mondial ? Comment reconnaître que le nucléaire, avec ses forces et ses limites, a permis à la France de détenir un avantage considérable sur le coût de l’énergie décarbonnée et continuer à exploiter ce potentiel scientifique en toute sécurité en diversifiant les sources d’énergie ? Sur le plan économique, il est grand temps de considérer qu'en économie mondiale ouverte, le pouvoir politique national n'est pas le seul responsable de l’industrialisation comme de la désindustrialisation de la France. Ce sont les dirigeants d'entreprises, et de façon générale ce qu'on appelle "le marché", qui arbitrent entre l'emploi en France et dans d’autres pays en fonction de coûts de production immédiats plus bas dans les pays émergents mais aussi de toutes les conditions qui aident les entrepreneurs à développer de la richesse. L’attractivité et la confiance sont le résultat d’une multitude de paramètres qu’il faut identifier et travailler sur le fond, et non plus en fonction des symboles archaïques. Il faut faire en sorte que la fiscalité, les règles de financement de la sécurité sociale, le droit du travail accompagnent la transformation sociologique et économique de la France, où on vit plus longtemps et où on travaille moins, comme dans tous les pays développés d'ailleurs, mais avec une productivité élevée… Seule une réflexion de fond, et non pas des "patches" fiscaux et sociaux pourront permettre de créer les conditions d’une nouvelle compétitivité économique à long terme du territoire française au sein de l'Europe, à travers une stratégie globale fondée sur la compétence, l'innovation et le soutien aux PME innovantes soutenues par des grandes entreprises en réseau.

Avant de se battre pour répartir la pénurie, il paraît plus judicieux de coopérer pour créer la richesse dont nous avons besoin. Dans les temps durs que nous allons traverser, pour s'entourer des meilleurs, sans exclusive, d'où qu'ils viennent, écouter les gens avec respect, essayer de trouver des solutions et non pas appliquer des recettes, il faut à tout prix transcender les schémas d'opposition droite/gauche qui viennent du XIXe siècle, accepter d’ouvrir le vrai débat, avec les vraies données, sur la réalité de notre situation politique, économique, sociale et engager avec réalisme le chemin d'un renouveau de la France adapté au contexte du XXIe siècle.


Investir dans les technologies du web est une condition fondamentale de développement pour les PME.
J'ai le plaisir de constater que les CCI bougent sur ce thème et de participer à un événement transfrontière organisé à Saint-Quentin le 19 avril...

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