Au moment où l’on pense à établir les bilans d’une année économique que beaucoup souhaitent rapidement oublier, il faut saluer, le 11 décembre, dans cette ambiance morose une bonne nouvelle pour l’industrie automobile, le premier anniversaire de la première voiture électrique produite en grande série et qui demeure, à ce jour,la seule : la Nissan Leaf.
2011 constitue un banc d’essai attendu qui permet de tirer des leçons précieuses de l’usage d’un véhicule électrique à grande échelle, notamment en matière d’autonomie et de fiabilité. Bien entendu l’Alliance Renault Nissan, qui est pionnière en matière de véhicule électrique, est très attentive à ces résultats. Elle vient de lancer à l'automne sous la marque Renault plusieurs véhicules, comme Fluence ZE ou Kangoo ZE, et bientôt l'intéressante Twizy. Certains visent la grande série comme le Kangoo ZE ou Zoe prévue en 2012. Les autres constructeurs, généralement sceptiques, et tous les candidats à l’achat, gestionnaires de flottes comme particuliers, regardent avec intérêt ces conclusions.
La production mondiale de la Nissan Leaf s’est élevée à 19000 unités ce qui pour une berline, classique dans la forme mais révolutionnaire dans le concept, est une performance très honorable d’autant plus que le périmètre géographique de vente était très limité. 10000 voitures ont été vendues aux Etats-Unis, dans seulement 30 états, et 60% en Californie. Nissan Leaf est maintenant vendue dans tous les pays, et 2012 sera évidemment pour le constructeur le véritable test de volume. Voiture de l’année au Japon et en Europe, la Nissan Leaf collectionne les trophées. Les Nissan Leaf auront parcouru en un an 56 millions de kilomètres et démontré que la distance moyenne parcourue est de moins de 16 km et pour les utilisateurs pendulaires quotidiens environ 60 km. La durée de charge moyenne est de 3 heures. L’autonomie étant le seul point faible des véhicules électriques, ces chiffres sont de nature à rassurer les constructeurs.
Nissan a fêté cet anniversaire par une campagne de publicité amusante qui souligne avec talent et humour l’importance de l’événement.
La Nissan Leaf, qui s’est faiblement vendue en Grande-Bretagne avec 800 exemplaires, sera produite en 2013 dans l’usine britannique de Nissan à Sunderland avec une capacité de production annuelle de 50000 véhicules avec le soutien de la Banque Européenne d’Investissement à hauteur de 420 m£ et du gouvernement britannique (20, 7 m£).
Nissan, particulière soucieux de la disponibilité des stations de charge rapide, multiplie les accords avec les producteurs de ces équipements et en propose un modèle à 1800 $ aux USA. La Nissan Leaf est vendue aux Etats-Unis 35200 $ et bénéficie d’une aide fédérale de 7500 $, donc 27700 $ net soit moins de 21000 €. Par comparaison Fluence est vendue en France 21000 € après aide publique, et 82 € de location de batteries par mois.
Quelle comparaison possible avec les concurrentes ?
Les concurrentes de la Leaf aujourd’hui sont rares car simplement il n’y a pas de voiture électrique de cette catégorie en vente dans le monde. La Mitsubishi iMiev est une petite voiture urbaine. Elle s’était vendue dans le monde à 17000 exemplaires en octobre 2011, dont la Citroën C-zéro et la Peugeot iOn.
Pour trouver une analogie il faut remonter aux débuts de l’hybride. La Toyota Prius s’est vendue la première année au Japon seulement à 17700 exemplaires et il a fallu sept ans pour atteindre les 60000 exemplaires par an.
La vraie concurrence de la Leaf pourrait venir des berlines hybrides plug-in, comme la nouvelle Prius ou la Honda hybrid électrique présentée à Tokyo et annoncée pour 2012. Ce sont des voitures qui visent une autonomie en tout électrique de l’ordre de 20 à 25 km, avec le confort du recours automatique au moteur essence lorsque les batteries sont épuisées.
Le statut de la Chevrolet Volt est particulier. Il s’agit d’une voiture électrique dotée de batteries lui conférant 60 km d’autonomie, mais qui bénéficie d’un moteur essence d’appoint pour produire l’énergie électrique nécessaire. Les commentaires aux Etats-Unis présentent la Volt comme la conuurente directe d ela Leaf et suivent mois après mois leurs courbes de ventes respactives, et encore assez erratiques pour tirer des conséquences fiables.
Le prix de la Volt est de 41 000$ US, moins une subvention fédérale américaine de 7500$ US ce qui est largement supérieur à une Leaf et très éloigné des prix habituels des Chevrolet. GM visait un niveau de ventes en 2011 de l’ordre de 10 à 12000 unités aux Etats-Unis, et 16000 dans le monde ; or les ventes devraient plutôt se situer aux USA autour de 7000 (6142 au 1er décembre).
Dans tous les cas, les chiffres s’ils marquent un réel décollage en 2011, sont très loin des ventes de voitures conventionnelles avec moteur thermique. On estime en effet que les ventes de l’année 2011 devraient atteindre 59 millions de véhicules !
Le chemin sera long à parcourir pour transformer la paysage automobile, d'autant plus qu'il est évident que les Etats ne continueront pas à subventionner massivement un produit comme le véhicule électrique quels qu'en soient les mérites. Mais un premier pas, décisif, est franchi, la réalité du marché.
Photos : Salon de Genève 2011, JP Corniou
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