Entreprises, numériques et... françaises ? Quel espoir en France pour ce secteur d'avenir... en Asie ? Le MEDEF a accueilli le 10 juin quatre entreprises innovantes pour montrer qu'on pouvait encore innover et réussir en France dans ce domaine. C'est réconfortant et méritait d'être souligné !
La désindustrialisation, un mal français
La France n’a plus d’industrie, constate-t-on souvent amèrement, et encore moins d’industrie numérique. L’industrie française a perdu 36% de ses effectifs en 30 ans, soit près de deux millions d’emplois, dont 1,5 million de destructions nettes, pour se situer fin 2007 à 3,4 millions. Avec la crise, ce phénomène structurel s’est accéléré. 200000 emplois ont été perdus pour la seule année 2009. L’emploi industriel tangente actuellement 3 millions. L’industrie ne représente plus que 14% de la richesse nationale. Notre balance commerciale est structurellement déficitaire dans le domaine des produits informatiques, électroniques et optiques et ne conserve qu’une taille mondiale dans les marchés professionnels.
La désindustrialisation française est le résultat d’une funeste combinaison de facteurs politiques, économiques et sociaux. Bien que pays leader industriel au début du XXe siècle dans tous les domaines, la France, après le bénéfique sursaut gaullien des années soixante, s’est détournée de l’industrie. C’est un mouvement complexe, qui résulte à la fois d’une volonté d’embrasser la modernité postindustrielle et du refus tacite de faire les transformations nécessaires pour perpétuer une tradition d’entrepreneurs dynamiques et innovants, tant sur le plan fiscal que sur le plan de la formation. Cette voie de la désindustrialisation a également été choisie avec enthousiasme par des décideurs séduit par le « tout-services » prometteur d’une fumeuse économie quaternaire. Car l'industrie dans les années quatre-vingt inquiétait, avec ses contraintes sociales et environnementales. Pour beaucoup, l'industrie reste toujours noyée dans les fumées du XIXe siècle et les revendications d’une classe ouvrière menaçante.
Mais la désindustrialisation a été aussi subie sous couvert d’une mondialisation réduite à la recherche de profits apparemment plus faciles grâce au seul critère de la réduction du coût de main-d’œuvre. Pour beaucoup d'entreprises, comme dans le secteur textile, fermer les usines en France pour en ouvrir en Tunisie ou au Maroc était la solution de survie à court terme. L'automobile devenue importatrice nette en France en 2006 voyait dans la construction de ses plus petits véhicules dans l'est de l'Europe le moyen de conserver une entrée de gammes compétitive. Cette désindustrialisation défensive, si l'on peut dire, conduit au final à de nombreux échecs. Elle a été alimentée par un débat permanent sur la fiscalité du patrimoine, le niveau des charges sociales sur les bas salaires et les contraintes réglementaires dont aucun gouvernement n'a réussi à se jour à se dégager positivement, contrairement à l'Allemagne qui a su entraîner ses entrepreneurs dans une stratégie globale offensive. Les tentatives pour déclencher un sursaut industriel n'ont toutefois pas manqué, comme les Etats Généraux de l'Industrie en 2009-2010.
Or l’industrie, on le constate dans les comparaisons avec l’Allemagne, reste le moteur de l’économie avec 30% du PIB. Or un emploi industriel génère trois à six emplois dans les services associés. Concevoir et produire des « objets » pour le consommateur final ou pour d’autres industriels implique une capacité d’innovation et de maîtrise des processus qui absorbe et nourrit des compétences multiples que la production finale reste entièrement locale ou implique des acteurs plus lointains. Cette entreprise étendue, ouverte aux partenariats multiples, implique imagination, sens de l’innovation, capacité de coordination des compétences et opiniâtreté. Car dans tous les cas de combinaison de facteurs, la maîtrise complète de la production d’objets industriels est un accélérateur de talents. Les secteurs industriels clefs pour le futur sont ceux de l’efficacité énergétique, de la sécurité, de la télésanté, comme l’immense champ de l’optimisation logistique, la régulation des circulations. L’industrie électronique est un des composants essentiels d’une croissance découplée de la consommation de ressources naturelles. Il n'est pas envisageable de se départir de ces actifs fondamentaux dans une compétition mondiale si nous voulons conserver notre indépendance économique et alimenter une prospérité durable.
La FIEEC, Fédération des Industries Electriques, Electroniques et de Communication rassemble 2300 entreprises et 400000 salariés, dont 200000 personnes dans des usines et des centres de R&D. Ceci constitue un tissu industriel de plus en plus fragile dont la consolidation est vitale pour notre avenir. Si l’on parle régulièrement des grandes entreprises emblématiques du savoir-faire industriel français, à l'empreinte mondiale, mais de moins en moins présente sur le territoire national, on évoque peu les petites et moyennes entreprises qui se créent dans l’innovation et incarnent le renouveau de notre tissu industriel sur les thématiques du XXIe siècle. Car c'est là le seul sujet majeur. On sait que les grandes entreprises suivront massivement leurs marchés vers les pays nouveaux consommateurs. Et sur le fond, ce n'est pas choquant. mais la régénérescence du tissu industriel passe par l'entreprenariat et la construction d'entreprises d'un nouveau type issu de la culture du web : ouverture, partenariat, flexibilité, réactivité, circuits courts. Tous les innovateurs français ne sont pas dans la Silicon Valley. Il est réconfortant de constater que des entrepreneurs français ont décidé de résister à des dogmes désormais surannés en produisant des objets numériques à la fois performants et porteurs d’utilité. La liste en est finalement assez bien fournie.
Dans le cadre de ses travaux sur l’économie numérique, le MEDEF a donné la parole le 10 juin à quatre entreprises qui méritent amplement d’être identifiées parmi ces jeunes pousses actives.
Taz Tag est une entreprise installée en Bretagne à Rennes depuis sa création en 2008. Elle a développé ses compétences dans le domaine du RFID et porté cette expertise dans le monde du sans contact en concevant des produits et solutions basées sur les normes NFC (quelques centimètres de portée) et Zigbee (quelques mètres). Son champ d’activité central est la création de produits hautement sécurisés par puce biométrique et multi-applications. La TazCard est une carte électronique pluri-usages, un « portefeuille électronique » qui permet de regrouper au sein d'un même objet communicant toute une série d'usages, de l’accès à des services, au paiement comme au couponing et aux outils de fidélisation. TazBox and TazKiosk sont des bornes de communication et des outils d’information et d’accès à des services, et le récent TazPad, la première tablette mondiale NFC (Near Field Communication) , tournant sous l’OS Android. Le champ d’usage de ces outils qui vont s’imposer dans le paysage est immense.
HPC-project, crée en 2007, propose des solutions de calcul à hautes performances et fabrique un objet industriel dont on avait oublié qu’il pouvait être produit par une entreprise française, un ordinateur. Il ne s’agit certes pas d’un PC bureautique standard mais d’un ordinateur à très haute performance, sous la marque Wild Systems, exploité pour les applications critiques exigeant capacité de calcul et vitesse d’exécution plus de cent fois supérieures aux configurations classiques. Mais surtout HPC-project développe les outils permettant d’exploiter toutes les capacités du calcul massivement parallèle dans un format compact et économique qui rend accessible « l’extreme computing » aux applications courantes.
Withings
Withings a la particularité d’avoir réinventé un objet familier, le pèse-personnes, en lui donnant des caractéristiques numériques innovantes. Passé entre les mains des ingénieurs de Withings le pèse-personnes est devenu un bel objet connecté au réseau, d’une facilité d’usage totale, sans manuel complexe ni apprentissage, ni bouton. La ressemblance avec l’approche d’Apple n’est pas fortuite, mais voulue. Design et simplicité sont pour le créateur de l’entreprise, Eric Carreel, les clefs du succès: "L’Internet des Objets est aujourd’hui une réalité concrète et les objets communicants démontrent leur supériorité par rapport aux objets électroniques classiques : à la fois plus simples d’utilisation et plus riches dans leurs services. "
La balance Withings est le premier pèse personne Wifi connecté qui enregistre automatiquement poids et impédance. Elle construit les courbes complètes de poids, masse graisseuse et masse maigre et calcule l’indice de masse corporelle IMC que l’on peut consulter à tout moment sur son espace en ligne sécurisé ou via l’application iPhone, iPad gratuite ou sur plate-forme Android. L’utilisateur peut par ailleurs s’il le décide, tweeter son poids, se fixer des objectifs et bénéficier de la motivation de ses amis, et accéder à de multiples services de coaching proposés par les acteurs qui ont perçu le potentiel de ce pèse-personnes.
Withings commercialise désormais un tensiomètre et à partir de septembre une caméra pour suivre les bébés qui répondent aux mêmes caractéristiques de connectivité et de design. .
Alioscopy
Alioscopy est un cas encore plus singulier car c’est une firme qui produit des téléviseurs en relief 3D sans lunette (“autostéréoscopie”) à partir de brevets deposes depuis 1986 par son fondateur visionaire Pierre Allio, En 2007, le Groupe Tranchant s’est engagé dans son enterprise pour lui donner des perspectives de développemnt international qui se sont traduites par la création d'un bureau à Singapour et un autre à San Diego. Les téléviseurs sont fabriqués à Paris où se trouve le siège.
Alisocopy a développé la chaîne complète de valeur qui permet de donner à l’image 3D une attractivité particulière, notamment en travaillant sur les contenus, ce qui est souvent une faiblesse qui justifie le décollage timide de cette technique pourtant exceptionnelle. Destinés surtout aux applications 3D qui ne permettent pas l’usage de lunettes, notamment la publicité sur les lieux de vente, les informations dans les musées, les presentations de produits ou d’entreprises, les produits Alioscopy atteignent un niveau de qualité remarquable grâce à la technologie qui traite huit images simultanément.
Ces exemples démontrent qu’il est possible d’imaginer et de produire en France des objets industriels innovants, répondant à des besoins nouveaux, insérés dans les nouveaux écosystème ouverts qui caractérisent l’économie numérique. Que ces industriels soient soutenus et réussissent !
Je trouve avec retard ton article. Nous sommes complétement sur la même longueur d'onde. Tu le verras sur le blog de l'Exansion :http://lexpansion.lexpress.fr/economie/les-grosses-entreprises-en-france-empechent-la-croissance-des-pme_264749.html
Ces quatre entreprises sont méritantes, pourvu que le contexte français ne les étouffe pas. Je vais mettre un lien sur la page Facebook de notre livre.
Amitié
André-Yves P
Rédigé par : André-Yves Portnoff | 19 octobre 2011 à 17:13