Avec la brillante consécration des tablettes, dont plus de quatre-vingt modèles étaient présentés au Consumer Electronic Show de Las Vegas, du 6 au 9 janvier 2011, le cauchemar des DSI confronté à la multiplication des plate-formes d’accès à l’information ne fait que s’amplifier. Naguère – et comme disait John Chambers, président de Cisco lors d’une table ronde du CES, « dans notre métier, deux ans c’est déjà de l’histoire » - le paysage était simple. Le choix des utilisateurs se limitait entre un PC fixe et un PC portable, et il fallait déjà effectuer des arbitrages parfois douloureux.
Les téléphones intelligents qui ont fait leur apparition avec le Blackberry ont déjà crée une brèche dans les politiques de standardisation des parcs de PC et de téléphones des entreprises. Comme le Blackberry est entré dans l’entreprise par le haut, le comité de direction, le DSI a eu quelque peine à en proscrire, puis à en cantonner l’usage à une population privilégiée. L’émergence de l’iPhone en 2007 a accéléré le phénomène en ouvrant un nouveau front dans la guerre PC/Mac, celui de l’affrontement Blackberry/iPhone, en général arbitré par l’acceptation de la coexistence des deux plate-formes aux mérites similaires.
Mais au-delà des flottes officielles de ces machines, dont il est difficile de cantonner l’usage à une population bien ciblée, les DSI ont dû se résoudre à accepter les pénétrations sauvages initiées par les utilisateurs se dotant eux-mêmes de ces objets, désormais abordables, et désireux de les connecter aux systèmes internes de l’entreprise. Puis, pour corser la difficulté, est apparu Google et son ambitieux système Android poussé par plusieurs acteurs innovants comme Samsung et HTC, sans négliger la contre-offensive de Microsoft avec Windows Mobile 6.5.
L’apparition de la tablette d’Apple, en mai 2010, seulement, a de nouveau bousculé les lignes à peine stabilisées des responsables de parc informatique. Cette fois ce sont les directions métier qui ont rapidement compris l’intérêt de ces machines dans de nombreux usages et l’ont rapidement imposé. Le nombre de tablettes offertes sur le marché va se multiplier, avec des sous-segments dans cette offre qui couvre déjà une large gamme de taille, de système d’exploitation (RIM vient d’y entrer avec sa Playbook) et donc d’usages.
Cette rapide transformation du paysage conduit aujourd’hui, à leur corps défendant, les DSI à devoir sinon intégrer, tout au moins prendre sérieusement en considération la coexistence de trois plate-formes distinctes, l’ordinateur personnel, le téléphone intelligent et la tablette, chacune pouvant fonctionner avec plusieurs systèmes d’exploitation, Windows, MacOS ou iOS, RIM, Android 3.0… Face à l’inventivité des industriels et aux désirs des utilisateurs, le rêve de la normalisation des systèmes d’exploitation et des matériels s’éloigne définitivement.
D’autant plus que vient s’inviter à ce modèle une quatrième couche, le « grand écran » haute définition, naguère appelé téléviseur, dont l’usage en entreprise est appelé à se développer à la fois pour projeter devant des auditoires élargis les informations et présentations, mais aussi pour servir de support à la visio-conférence de plus en plus exigeante en qualité d’image et de son, ou encore de point de contact client pour l’e-commerce et la publicité personnalisée. Le CES 2011 a consacré l’avènement de la télévision connectée à internet dont les usages sont multiples dans les salons domestiques comme en entreprise et qui va s’imposer comme solution de continuité entre le monde des « vieux médias » et celui du web.
Trois nouveaux écrans viennent donc, en quelques trimestres, s’imposer dans le paysage professionnel. Tous permettent de produire et d’échanger des données, du son et des contenus multimédia. Tous sont connectés au réseau internet. Face à cette offre, le traditionnel PC, lourd et pataud, perd de son attractivité dans tous les usages de consultation et d’échanges. Il demeure encore incontournable pour des tâches de saisies lourdes ou de calcul complexe, lui-même ayant remplacé les stations dédiées au calcul ou à la CAO. Mais l’émergence des « apps », la puissance de l’informatique en nuage vont rapidement donner aux autres plate-formes des caractéristiques similaires à celles du PC.
Le DSI doit donc repenser la stratégie de « poste de travail » pour raisonner sous un triple éclairage : taille et portabilité de l’écran, nature de l’interface homme/machine (clavier, écran tactile…), fonction. La politique du poste de travail doit devenir ouverte, flexible et très appropriée aux usages des différentes communautés. Elle doit non plus intégrer par défaut la mobilité mais servir avec conviction une politique de mobiquité des compétences et des acteurs.
Bien naturellement se posent les problèmes classiques qui freinent la pénétration en entreprise des innovations issues du grand public : la sécurité et le coût. Là aussi, la solution n’est certainement pas l’interdiction peu réaliste mais la pédagogie, l’incitation à la maîtrise des coûts, qui peuvent être partagés entre le salarié et l’entreprise et la recherche systématique et partagée de l’efficacité opérationnelle. Des salariés participant à la dynamique de l’aventure numérique seront reconnaissants à leur employeur, plus motivés et certainement enclins à moins mesurer leur amplitude de travail.
C’est d’ailleurs pourquoi de nombreuses entreprises se sont récemment engagées dans une politique totalement en rupture par rapport aux visions antérieures. Plutôt que de mettre en place un catalogue toujours dépassé par l’innovation, elles proposent le BYOD. Comprenez « Bring Your Own Device », apportez l’outil de votre choix. Après tout personne naguère ne nous a imposé de choisir entre Waterman et Parker ! Pour promouvoir cette continuité numérique qui est de toute évidence la nouvelle manière de travailler de la génération Y, et maintenant Z, de grandes entreprises donnent le choix à leurs salariés d’apporter au travail leur propre machine. Il ne s’agit pas de PME aventuristes, mais de firmes établies comme Kraft Foods avec 97000 salariés ou Procter&Gamble. De façon plus limitée, Cisco offre à ses salariés le choix entre PC et Mac. Ceci implique de fournir une infrastructure de réseau robuste, de gérer la sécurité de façon dynamique en responsabilisant les acteurs, car c’est plus une affaire de management que de technique, et de trouver une base économique équitable.
Pour démentir Alan Carr, il faut ouvrir l’entreprise au monde foisonnant de la technologie. L’ère des mainframes est définitivement achevée, inventons les stratégies qui permettront à tous les collaborateurs d’être moteurs de cette nouvelle ère, celle de la connaissance numérique.
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N'avons-nous pas auparavant connu quelques situations analogues ?
- années 60, mécanographie contre informatique ;
- années 70, "carte perforée + listing" contre terminal ;
- années 80, terminal en grappe contre réseau local de PC ;
- années 90, réseau local contre Internet...
Amitiés fidèles,
Michel
Rédigé par : Michel Volle | 01 février 2011 à 19:09
Tout à fait ! La marche triomphale du traitement numérique de l'information n'est pas une belle ligne droite, mais plutôt un chemin tortueux plein de querelles de standard, de positions commerciales sans lendemain, et beaucoup de morts en chemin ! Je pense que ce drame fracassant continue à s
e jouer et que nous ne vivons que le nième épisode...
Rédigé par : Jean-Pierre Corniou | 01 février 2011 à 19:42
la conclusion, maintes fois réitérée et démentie, me semble a nuancer.
Heureusement d'ailleurs, car l'article parle de faits, présentes les perspectives qui en découlent sont justes.
Là encore l'humain se trouve le moteur naturel du mouvement.
Mais derrière la façon dont le l'utilisateur final, ou dont la fonction finale influence l'accès, il y a la capacité à fournir et s'adapter.
Fournir la fonction demande des puissances domestiquées, une sécurité cela est dit maitrisée, une capacitée d'évolution rapide.
S'adapter aux l'utilisateurs finaux, adopter leurs modèles, capitaliser sur leurs know ledge, implique encore plus de puissance, et de réactivité.
Ainsi le combat dans l'arrière plan est le même.
Il ne faut pas confondre ce qui est fourni, et la forme où cela est consommé.
C'est une erreur qui avait conduit à une informatique ramenée à des serveurs isolés disséminés et conduit à la disparition de quelques entreprises.
La marche arrières n'a pas remis en cause l'adaptation aux savoirs des utilisateurs, mais a renvoyé vers les consolidations, virtualisations, appliances, le plus souvent à l'intérieur de systèmes qui ne sont autres que des "main frames".
Ceci que l'on les appelle juste "serveurs rassemblés' Balde center, main frame, ou mini selon les puissances demandées.
Ils sont comme hier sous le contrôle d'équipes spécialisées ou externalisés mais toujours stratégiques et décorélé de la relation à l'utilisateur final devenue une fonction stratégiques.
Cette dernière est effectivement éminement mouvantes,et mue par les plus hautes instances, comme les plus jeunes entrants de l'entreprise.
Elle en impose donc à ceux qui traitent la fourniture de "Fonctions" mais leur réponse en devient encore plus un modèle "main frame"
Rédigé par : yomemoy | 09 février 2011 à 10:43
Je pense que, dans une perspective d'histoire des techniques, les mainframes ne peuvent être dissociés des "terminaux passifs" qui rendaient les utilisateurs dépendants des seuls programmes et informations conçus par une entité centrale. Parler aujourd'hui de traitement centralisé de l'information est bien inexact car nous sommes libres de l'usage de ce que nous faisons sur nos outils décentralisés même si les données et traitements sont aujourd'hui réalisés et stockés ans des structures centrales. Cette dimension centralisée ne revêt pas du tout le même sens que naguère...
Rédigé par : Jean-Pierre Corniou | 13 février 2011 à 23:59