Previous month:
septembre 2010
Next month:
novembre 2010

L'économie mondiale ... vue il y a trente ans

La transformation douloureuse que vit l’économie occidentale, Europe et Etats-Unis, auxquels on peut associer le Japon, n’est pas le seul résultat de la crise financière. Il s’agit d’un phénomène de fond. Notre époque surdéterminée par le totalitarisme du court terme ne favorise pas la réflexion. Mais si nous n’avions rien vu venir, drapé dans nos certitudes, nos prédécesseurs  avaient déjà compris la mutation en marche.

La lecture dans la revue Science & Vie, d’un article sur « Les grands choix technologiques des nations », signé Jacques Angout et publié en mai 1979 ravit pour son actualité et sa fraîcheur.

Il faudrait le citer in extenso pour mesurer la lucidité de l’auteur.

« La France ne sait pas observer les changements du monde et surtout être industriellement présente là où il faut, quand il le faut. »

« Rien n’est plus aléatoire que la prévision technologique. Il est difficile d’évaluer à l’avance les produits techniques. Il paraît encore plus difficile de les contrôler. »

L’auteur cite également le propos visionnaire de Jean-Marcel Jeaneney, homme politique marquant des années soixante auprès du général de Gaulle, et mort récemment à cent ans, lucide et courageux, dans son livre « Pour un nouveau protectionnisme » paru en 1978 : « Quelle imprudence de fonder la prospérité de l’Europe, des Etats-Unis et du Japon sur un monopole de l’intelligence créatrice qui se révélera sans doute illusoire. Il est peu vraisemblable que la fécondité scientifique et technique se perpétue sans défaillance et s’amplifie toujours dans les mêmes pays et ne se manifeste nulle part ailleurs. »  Jacque Angout poursuit le raisonnement : «  L’obstacle de la technologie et du savoir-faire s’estompe. Son retard dans  ce domaine peut même accroître la compétitivité d’un pays en voie de développement. En achetant des brevets et des licences, il s’épargne des dépenses considérables de recherche et développement. Il réalise ainsi des gains de productivité. Les transferts de technologies ne proviennent plus seulement des pays industrialisés vers les pays en voie de développement, ils ne suivent plus uniquement l’axe Nord-Sud comme auparavant. Il existe maintenant un axe Sud-Sud, c’est à dire de l’Inde, par exemple, vers l’Afrique. En choisissant l’ouverture à l’extérieur (rappelons que nous sommes en 1979…) et en faisant appel aux techniques occidentales ou japonaises, la Chine ne fait que suivre l’exemple sud-coréen ou brésilien. Cette stratégie est souvent critiquée par les experts internationaux qui estiment qu’une économie ne peur progresser que par paliers ».

Ce dernier argument reste, curieusement, encore très actuel. L’occidentalocentrisme n’autorise pas les pays émergents à suivre à une autre voie de développement que celle que nous avons empruntée depuis le milieu du XVIIIe siècle ! L’idée que nous pourrions être ou redevenir le laboratoire du monde séduit, et rassure. Elle n’est qu’illusion. C’est ainsi que la Chine a pu acquérir en six ans le même degré de maturité dans la maîtrise de son système de train à grande vitesse que la France en trente ans, fait que décidemment les dirigeants occidentaux ont du mal à admettre.

L’auteur mesure bien comment les Etats-Unis, en investissant massivement dans l’informatique et les communications, vont d’une part se heurter au Japon, qui va prendre le dessus en matière de matériel, mais aussi à l’Europe par la maîtrise des bases de données. Pour la France, il préconise « d’abandonner les secteurs de production de masse pour se consacrer sur certains marchés spécialisés de haute technologie dans les domaines de la communication, de l’alimentation, de la machine-outil, de la recherche d’énergies nouvelles, du matériel anti-pollution. »

Certes l’article contient, a posteriori, plusieurs faiblesses explicables. Il n’anticipe pas l’atonie de l’économie japonaise, ni l’évolution industrielle des Etats-Unis et encore moins la brutale transformation de l’URSS. Pressentant le rôle majeur de l’informatique et des communications, il n’imaginait pas l’émergence d’internet, alors que dix ans après le lancement des travaux d’Arpanet,  la communauté scientifique avait commencé à identifier les promesses de cette technologie. Il faut reconnaître que cette ignorance a perduré en France… jusqu’à la fin des années quatre vingt-dix.

L’article conclut que seule l’innovation permettra aux vieilles nations industrielles de s’adapter au monde moderne ouvert mais que les chances ne sont pas égales entre concurrents.

« Tout progrès est orienté vers la réduction des coûts d’approvisionnement agricoles, énergétiques et industriels, vers la diminution des coûts des facteurs de production par rapport au travail humain, vers une plus grande diversité des objets proposés. Réduire le coût des approvisionnements, c’est utiliser les énergies nouvelles, contrôler le développement de la masse biologique. Diminuer le coût des facteurs de production, c’est mieux gérer ceux-ci et éviter le gaspillage. Diversifier les objets proposés, c’est miser sur les marchés spécialisés où on peut être le meilleur. » On ne saurait pas mieux dire trente ans plus tard….

L’effort didactique d’une revue aussi ancienne que Science & Vie, créée en avril 1913,  mérite d’être salué. Relire les visions passées est un exercice passionnant. Il force à l’humilité. D’une part certains de nos prédécesseurs avaient une vision claire du futur, mais étaient largement inaudibles. D’autre part, nous sommes aujourd’hui dans la même situation : incapables de mesurer pleinement l’ampleur des transformations à venir, et tout aussi  impuissants à accélérer les indispensables évolutions immédiates. Comprendre l’impact de la transformation scientifique et technique est encore plus difficile aujourd’hui car à chaque instant le savoir scientifique s’enrichit, s’approfondit, mais aussi se déforme. Ce qui était certitude peut être  balayé par une nouvelle approche, de nouvelles découvertes, notamment dans des sciences aussi mobiles que la biologie. Aussi investir dans l’enseignement des sciences et techniques, y exploiter les outils du web, développer une stratégie de développement du goût pour les sciences sont plus que jamais indispensables pour une nation soucieuse de son avenir.

Ceci doit conduire à réaffirmer avec force que l’immobilisme et le manque de courage sont les pires des solutions. Il vaut mieux prendre le risque de se tromper dans le mouvement que de se replier frileusement sur les fragiles  positions  du conservatisme, aujourd'hui "enrichies" par l'obscurantisme et le dogmatisme.

 


Retraite, travail et innovation : repenser la vie sociale

Depuis cinq ans, la raison d’être de ce blog est de concrétiser  et partager une réflexion continue sur l’innovation à travers les technologies de l’information, les produits nouveaux, les comportements des consommateurs, les pratiques managériales. Il s’agit de comprendre les moteurs de l’économie nouvelle en éclairant un des facteurs majeurs de la  transformation rapide que nous vivons depuis l’avènement du net, la globalisation numérique. Si je n’ai pas le moindre doute sur l’impérieuse nécessité de continuer à décrypter sans relâche les facteurs de transformation de notre monde, qui constituent, j’en suis convaincu, les fondements de l’émergence d’une civilisation nouvelle,  je m’interroge sur l’impact d’un tel propos aujourd’hui. Le débat public dans lequel notre pays est engagé  me paraît en effet irréel, et donc dangereux, et, une fois encore,  imperméable à toute analyse froide de la situation. Aussi, comment en effet ne pas voir dans la situation actuelle les ingrédients d’une crise morale majeure ?

L’urgence se déplace. Il ne s’agit plus de poursuivre une analyse documentée et académique,  mais tranquille, du monde. Il faut désormais entrer durement dans le vif du sujet : comment notre pays endetté, désindustrialisé, appauvri, alourdi par l’accumulation de ses héritages, construit-il les conditions du maintien de l’essentiel des conquêtes économiques des soixante dernières années ?

Ce qui se passe autour de nous est étourdissant : déficit abyssal des Etats-Unis, gangrénés par le chômage, la pauvreté, la montée d’un individualisme effarant, archaïque et désespéré, plan de sauvetage brutal  du Royaume-Uni aux conséquences imprévisibles, désastreux naufrage de la Grèce,  sauvée de façon symbolique par la Chine, anémie persistante de l’Espagne et du Portugal, mort clinique de l’Etat belge… Tous les pays occidentaux souffrent aujourd’hui, à des degrés divers, de la cassure d’un modèle de croissance largement dopé par les déficits publics et l’endettement privé et qui s’est effondré le 15 septembre 2008.

Aussi pour continuer à parler  d’innovation dans la France d’aujourd’hui il ne suffit plus de regretter le manque d’entrain pour l’économie numérique. Il ne s’agit plus d’entretenir un débat théorique sur les mérites comparés de produits ou de solutions. Dans ce pays plus enclin à distribuer des richesses qu’à en produire, l’innovation ne paraît pas à l’ordre du jour.  Clairement, les préoccupations de nos concitoyens sont ailleurs… La crispation d’une majorité de citoyens sur le dossier de la retraite, y compris des jeunes lycéens pour qui la question sera vraiment d’actualité… en 2060, intrigue et inquiète. Intrigue car on ne comprend pas très bien la cause profonde de la colère de la rue contre des décisions somme toute bien modérées qui laissent encore la France largement en tête des pays généreux en matière d’âge de départ à la retraite. Nos 62/67 ans en 2016 ne constitueraient, dans une approche rationnelle, ni une provocation ni un scandale compte tenu des paramètres démographiques et de la prise en compte des situations individuelles les plus fragiles. Le texte voté par le Sénat autorise le départ à 60 ans pour une incapacité permanente de 20% constatée à l’âge du départ à la retraite, et de 10 à 20% lorsqu’il s’agit de la conséquence d’une exposition à des risques professionnels.  Le système des carrières longues pour les personnes, certes de plus en plus rares, ayant commencé leur carrière professionnelle à 17 ans est maintenu.  Que cela puisse être perçu comme insuffisant est compréhensible, mais  ne donne pas de clef suffisamment convaincante pour s’en indigner.

Cette colère inquiète car elle traduit une impuissance rageuse… mais surtout désespère. Une fois encore - décembre 2005, mars 2006 – dans un passé récent une évolution du système social provoque une réaction violente du corps social. Comment peut-on se satisfaire de ce mode de protestation  coûteux pour la communauté alors que dans tous les domaines économiques nos marges de manœuvre en 2010  sont de plus en plus réduites ? Pourquoi serait-il impossible, à l’instar de tous les grands pays démocratiques européens, de créer les conditions d’un travail de fond permettant de s’approprier la problématique avant de choisir sans heurt ni drame une solution.

Aussi doit-on se résigner à  penser que cette colère traduit au moins autant un problème de forme qu’un problème de fond. Dans un pays aux nerfs à fleur de peau, toujours sensible à l’émotion générée par les manifestations  au rituel bien réglé - descendre dans la rue, bloquer les transports publics - alors que le processus démocratique d’élaboration de la loi est respecté fait partie des figures imposées aussi inefficaces que perturbantes. Il est troublant de constater que près des deux tiers de la population déclare soutenir ce mouvement. Cet aveu d’impuissance collective ne semble pas émouvoir grand monde. Tout se passe comme si cette canalisation rituelle de la tension sociale traduisait le constat de l’impossibilité fatale d’organiser un débat de fond, permanent et structuré sur les conditions de transformation de notre société. Car le débat sur la retraite n’est que le prétexte visible d’une vaste contestation du monde d’aujourd’hui avec ses excès et ses tensions. Tout y passe, pêle-mêle : les délocalisations, la mondialisation, l’inégalité des revenus, et donc du partage de l’effort, les erreurs répétées du gouvernement, les mensonges et revirements, le bouclier fiscal, le manque d’exemplarité. Toutes ces  causes d’irritation se concentrent dans ce qui est devenu l’affaire Bettencourt et qui fournit un feuilleton à rebondissements, synthèse de toutes les raisons de s’indigner…

Mais s’indigner, se mettre en grève, ne réglera aucun des vrais défis auxquels notre économie et notre système démocratique sont confrontés. Et c’est là où il faut bien  reparler d’innovation.  Car la vraie cause de nos problèmes est que pour produire plus il faut travailler moins…  C’est ce qui s’appelle depuis fort longtemps la productivité depuis Schumpeter et Fourastié. Or c’est un phénomène à la fois perturbateur et essentiel pour faire bénéficier au plus grand nombre d’une amélioration sensible de la condition sociale. Car la productivité est le moteur de la baisse des prix, et donc de l’accès par le plus grand nombre aux facteurs de bien être qui constituent le symbole habituel du progrès. Et pour accroître la rentabilité de l’activité il est devenu indispensable au système mondial d’allocation des ressources, dans une économie ouverte, de privilégier les pays où ce « moins »  de main d’œuvre est aussi moins cher. Ce schéma qui permet l’accession progressive des paysans chinois à la société de consommation est aussi celui qui pousse la classe ouvrière européenne et américaine vers une inévitable augmentation du chômage…

Mais cette vision de vases communicants n’est pas inéluctable si l’on invente de nouvelles activités et de nouveaux mécanismes de collecte de la part sociale du revenu qui ne reposent plus sur le seul facteur travail. Jean Fourastié estimait  en effet que l’homme ne travaillerait au XXIe siècle – nous y sommes - que 40000 heures au cours de sa vie, soit 6% de la durée moyenne de la vie.  Il est donc indispensable de repenser le cadre structurel du partage entre « activité productive rémunérée » et « non-activité subventionnée », formation, retraite ou chômage. Faute de réflexion sérieuse, on tâtonne dans la gestion du partage de la productivité au nom d’idéologies dépassées dont les trente-cinq heures et le « travailler plus pour gagner plus » sont des illustrations récentes de nature identique. on continue à confondre "travail" et "emploi". Le paradoxe de l’augmentation de l’âge de la retraite réside bien dans cette incapacité politique à générer des mécanismes de partage équitable de l’activité quand on constate que le taux d’activité des plus de 55 ans est structurellement en baisse. La seule réponse au problème de la gestion du revenu tout au long de la vie est un allongement de la durée de travail alors que techniquement la société  a besoin de moins de travail. La bonne nouvelle est  que cette évolution va continuer inéluctablement avec le déploiement des innovations que les technologies autorisent : paiement sans contact, véhicules électriques, automatisation des caisses de magasins, commerce électronique, télésurveillance, téléinterventions… Nous pouvons réduire la part du travail contraint dans nos sociétés grâce aux techniques qui vont nous permettre de générer plus de richesses en travaillant moins. Ceci n'implique pas de rejetter jeunes et vieux en dehors du champ social.

Tout continue dans ce pays comme si  le monde de 2010 était le même que celui de 2005. Cinq années, dans un monde en déformation exponentielle, c’est très long. Le changement majeur des forces qui régissent la  géographie économique et donc la géopolitique semble tout à fait absent du débat. Il ne s’agit pas seulement de craindre la Chine mais de comprendre pourquoi et comment le monde a changé en profondeur depuis vingt ans. La France continue à superbement ignorer l’environnement démographique, technique  et économique dans lequel  elle est engagée, qu’elle le souhaite ou non. Or cette ignorance engendre le fatalisme et donc, in fine, le nihilisme.

Le vrai et seul sujet qui doit nourrir la vie démocratique est bien de créer les conditions nécessaires au maintien durable de notre standard de vie européen. Ceci ne se fera pas par incantation mais par une analyse rigoureuse et sans complaisance des données, par le partage de cette analyse et par le débat sur les solutions. Ce processus doit être permanent et accompagner l’action résolue et courageuse des Etats mais surtout des chefs d’entreprise et de leurs collaborateurs pour reconstruire un modèle économique viable et générateur de suffisamment de richesses pour sauvegarder notre modèle social.

 


La voiture électrique star du Mondial de Paris 2010

On en parlait beaucoup depuis le début de la crise automobile, on ne la voyait que dans les salons et jamais dans la rue. La voiture électrique, cette arlésienne, va-t-elle réussir son entrée officielle sur le marché à l'occasion du Mondial de l'auto de Paris ? La couverture médiatique dont bénéficie la voiture électrique laisse penser que l'intérêt du public est sur le point de rejoindre l'engouement des professionnels.


Dans une schématisation coutumière  aux phénomènes de mode, la voiture électrique est présentée comme une alternative innovante à la voiture classique à moteur à explosion, parée de presque toutes les  vertus. 

Ecologique, sans rejet, nerveuse mais silencieuse, parfaitement adaptée au milieu urbain, elle apporte de multiples solutions aux problèmes lancinants de cohabitation entre des villes européennes ou asiatiques mal adaptées à l'intensification de la circulation. 

Elle offre une solution technique moderne et séduisante qui se prête notamment à l'auto-partage et au libre service. Elle  peut convaincre  les jeunes générations qui se détournent de la voiture classique.  C'est pourquoi la voiture électrique a séduit en premier lieu les autorités publiques, étatiques comme urbaines, qui ont décidé d'en financer largement la production et d'en faciliter l'usage.

L'heure de vérité : le marché

Mais ses vertus  encore théoriques vont devoir désormais se confronter à la réalité du marché. On va enfin savoir qui va acheter une voiture électrique face à l'abondance de l'offre conventionnelle, en pleine cure de modernisation... électrique ?  De plus, l'accalmie observée sur le prix du pétrole, même si elle n'est que temporaire,  comme la prise de conscience des conditions réelles de production de l'énergie électrique nécessaire aux voitures tempèrent l'enthousiasme des promoteurs exclusifs de la voiture électrique.

Le Mondial de Paris sera l'occasion de montrer des véhicules véritablement destinés  au marché grand public. La première voiture électrique française disponible sur le marché dès octobre sera... japonaise. En effet le groupe PSA a volé la vedette à son rival Renault en adaptant le modèle de son partenaire Mitsubishi, la iMiev vendue sous le nom de Citroën C-Zéro, puis Peugeot Ion.
 


Là où les deux groupes différent, c'est la stratégie commerciale. Alors que Renault a toujours déclaré vouloir offrir une voiture électrique au prix d'une voiture classique, Citroën positionne sa petite berline à un niveau de prix élevé (30000 € après bonus de 5000 €)  pour une centaine de kilomètres d'autonomie et les ambitions de volume de ventes restent confidentielles.









L'Alliance Renault Nissan, qui a fait du véhicule électrique son ambition majeure, présente la Nissan Leaf (image ci-dessous) qui sera proposée au marché européen à 28000 €. N'apparaitront la Kangoo et la Fluence électriques que fin 2011 et la Zoé, destinée à être un véhicule de masse, courant 2012. La Bolloré Pinifarina, que l'on voit depuis 2008,  comme la Lumeneo, devront enfin montrer qu'elles peuvent sortir des salons pour la rue.

















Une concurrence : les hybrides et les véhicules classiques adaptés

 
Derrière les véhicules électriques purs,  qui doivent faire la démonstration de leur pertinence de leur rapport qualité/prix, le marché est en train de réussir sans tapage l'électrification de tous les véhicules classiques.
On se trouve face à une palette de solutions qui ne font du véhicule  tout électrique qu'un cas particulier.

En premier lieu, la généralisation du système stop & start qui coupe le moteur à explosion quand il n'est pas utile, dans les embouteillages ou au feu rouge, concourt à une réduction de consommation en ville de l'ordre de 10%.  

Par ailleurs, toutes les gammes présentent des moteurs thermiques optimisés, bénéficiant d'une réduction de taille, de puissance et de cylindrée, entraînant une baisse significative de la consommation tout en conservant des performances attractives et l'autonomie propre aux véhicules à pétrole. Le plancher des 100 g/CO2 par km est maintenant dépassé par plusieurs véhicules.
 
De plus chaque constructeur décline son interprétation du véhicule hybride, soit pour réduire les consommations, soit pour accroître les performances. Les pionniers que sont Toyota et Honda généralisent leur solution sur l'ensemble de leur gamme.  Mais là où l'hybride classique est une voiture thermique bénéficiant de l'appoint d'un moteur électrique complémentaire, on voit apparaître avec l'Opel Ampera, cousine de la Chevrolet Volt, une autre solution. Il s'agit d'une voiture  électrique raccordée au réseau pouvant augmenter son autonomie grâce à un moteur thermique agissant comme générateur auxiliaire. Elle sera vendue en Europe fin 2011 au-delà de 35000 €.

Conservatisme éclairé ou rupture ?

Le consommateur au moment du choix de plus en plus difficile devra opter entre le conservatisme modernisé, rassurant et déculpabilisant des formes variées d'hybridation, et l'audace de la rupture, Le « tout-électrique » pourra être perçu comme une incursion dans un monde méconnu, marqué par la crainte d'une autonomie trop faible, même s'il est admis rationnellement qu'en dehors des vacances les déplacements quotidiens entrent sans difficulté dans le rayon d'action actuel de la voiture électrique.

Outre le plaisir d'être un adopteur précoce, ce sont surtout des considérations de coût qui feront la différence. La voiture électrique a des atouts évidents en fonctionnement quotidien, mais doit faire financer le surcoût actuel des batteries. L'aide publique peut y pourvoir pour un temps, mais il est évident que l'innovation technique devra être sollicitée dans les prochaines années pour offrir à un prix compétitif sans aide une autonomie rassurante, ou des moyens efficaces de la garantir, pour ceux qui attendent de leur automobile unique des services multiples.

 Article publié également dans l'Expansion.fr La Chaine de l'énergie