Les mastodontes du logiciel nous ont déshabitué à nous enthousiasmer pour leurs produits et leur stratégie. En cinq ans, le paysage des éditeurs de progiciel a été tellement rationalisé par une bataille féroce d'acquisitions que les quelques oligopoles qui subsistent ne séduisent guère par leur créativité et leur capacité à faire bouger le fonctionnement des entreprises. Si "It doesn't matter" c'est sûrement parce que fondamentalement on ne travaille pas différemment dans la vie quotidienne des entreprises avec les outils qui ont été conçus au XXe siècle et qui pour l'essentiel ignorent tout du monde du web. Absorbés par leur souci de neutraliser leurs concurrents et de construire un semblant de cohérence dans un catalogue hétérogène, les grands éditeurs - la bande des Quatre : Microsoft, IBM, SAP, Oracle - n'ont guère innové, malgré leurs vertueuses dénégations, et on attend toujours avec impatience les outils capables d'enthousiasmer et de donner envie de réinvestir dans les fondements dus système d'information. La tentation pour les DSI est bien de toucher le moins possible à ce socle historique en le laissant doucement vieillir et en prenant le risque, mesuré, de ne pas suivre le ryhtme des changements de version, coûteuses et peu créatrices de valeur.
Il y a une grande logique, technique et économique, dans cette situation de stabilisation forcée. Changer les habitudes des utilisateurs sans évolution majeure des fonctionnalités ne crée aucune valeur pour les entreprises, et apparaît aux directions générales soucieuses de réduire le budget informatique comme un impôt déraisonnable. Bien sûr les éditeurs s'en désolent, car la vente de nouvelles licences reste un moteur de motivation pour leur force de vente, et pour les actionnaires, plus stimulant que le lucratif marché de la maintenance. Néanmoins ils se consolent assez facilement en imposant dans des conditions controversées une augmentation des tarifs de maintenance et une obsolescence planifiée de leurs contrats de support pour générer un flux significatif de revenus récurrents. Certes, cela ne va pas sans réaction des clients, comme les utilisateurs de SAP ont pu le démontrer en déstabilisant même la direction générale de l'éditeur. Mais globalement, le marché de l'édition de logiciel a pu se maintenir en 2009 avec un taux de croissance faible mais positif.
Néanmoins, le marché est face à de nouvelles logiques. Les éditeurs doivent désormais se positionner face à la maturité de la demande qui les condamne à gérer un parc désormais stabilisé pour lequel le renouvellement est verrouillé par la complexité et les coûts de projets aléatoires. Le solutions nouvelles de type SaaS et cloud computing séduisent le marché des PME mais n'apparaissent pas encore comme une solution au renouvellement des grandes infrastructures logicielles. Il y a donc clairement une impasse où la demande et l'offre ne se rencontrent plus, ce qui conduit à un attentisme réaliste mais insatisfaisant pour les entreprises qui ont besoin de trouver de nouvelles poches d'efficience et d'innovation.
C'est dans ce contexte que l'annonce du rachat d'Exalead par Dassault Systems apparaît comme une vraie bonne nouvelle, la première depuis longtemps dans le marché des progiciels.
Au-delà de la vraie satisfaction que représente le rachat d'un éditeur français innovant et reconnu, même si sa taille ( moins de 20 millions € de chiffre d'affaires) reste modeste, par un autre éditeur français dont le succès dans les outils de conception et de gestion du cycle de vie du produit est désormais mondial. Ce rapprochement certes asymétrique est la preuve que l'industrie française du logiciel a un avenir propre, dans se dissoudre au sein d'éditeurs leaders non français comme Ilog dans IBM, BO dans SAP.
Mais la bonne nouvelle pour les DSI est ailleurs. Ce rapprochement va donner à Exalead des moyens de recherche développement et de commercialisation sans aucune commune mesure avec ses ressources actuelles. Le rapprochement d'Exalead avec un grand nom mondial va faciliter la pénétration dans les grands comptes de ses solutions dont l'efficacité a été largement démontrée. Mais la taille de l'entreprise, le caractère radical de ses solutions, inquiétaient les directions achats comme les DSI souvent plus soucieuses de pérennité que d'innovation.
Plus encore, s'esquisse entre le leader du PLM, et le promoteur de la 3D dans toutes les applications et du co-design, et le leader de solutions de "search based applications" un rapprochement d'architectures permettant une nouvelle vision du système d'information. En effet, si les systèmes d'information régaliens ne générent pas d'avantage concurrentiel majeur, tendant à uniformiser le niveau de prestations, il n'en est rien pour les progiciels qui touchent au coeur du métier.
C'est là où se joue vraiment l'avenir des entreprises : concevoir et mettre sur le marché des produits innovants, attractifs, en ligne avec les besoins des clients est la vraie -et seule- finalité des entreprises. Le faire en disposant d'un moyen ultra efficace pour rapprocher des informations structurées issues du système d'information interne, et les informations non structurées internes comme externes, donne une efficacité accrue au système de conception, qui bénéficie d'une nouvelle qualité d'exploitation du stock d'informations et de connaissances, souvent dormant. Gérer des images 3D n'est pas une distraction, mais un outil incontournable d'efficacité dans tous les métiers. Dassault Systems comme Exalead, acteur du projet Quaero, ont compris parfaitement le rôle de l'image dans les systèmes d'information de demain.
Veille technologique, analyses concurrentielles, suivi en temps réel du cycle de vie des produits, analyses fines de la réaction des clients sont les nouveaux outils de la performance qu'Exalead sait gérer efficacement. Puisant dans l'énergie du web, les solutions "web to business" sont absolument indispensables pour faire face à la croissance exponentielle du volume des connaissances et au souci des gestionnaires comme des concepteurs de piloter les entreprises dans une économie numérique temps réel exigeante mais riche d'opportunités.
Le rapprochement de Dassault Systems et d'Exalead ouvre indiscutablement la voie à de nouvelles perspectives. Il reste à transformer la promesse en produits et expliquer au marché que cette transformation de la conception des systèmes d'information est une vraie rupture porteuse de performances nouvelles. Les équipes agueries de Dassault Systems devront savoir intelligemment faire la place aux créateurs d'Exalead pour ne pas assommer l'imagination créatrice apte à explorer les chemins de traverse. L'alliance entre neurones est toujours un exercice délicat. Souhaitons que les dirigeants sauront mieux que d'autres faire naître des synergies créatrices dont le marché et l'économie numérique ont absolument besoin, et très vite...
Je suis tout fait d'accord, l'innovation des grands éditeurs reste relativement faible et quasi uniquement faite de rachat. En outre, la maintenance et les licences des produits phares permettent aux SAP, Oracle et IBM de générer des revenus confortables. Dans ces conditions, on comprend facilement que l'arbitrage entre innovation et statu quo soit rapide.
Mais de manière plus globale, est ce que la France ne pourrait-elle pas tirer son épingle du jeu en innovant et en inventant enfin son géant du progiciel?
Rédigé par : Jérôme Grignon | 13 juin 2010 à 12:28
Dassault Systems pourrait jouer ce rôle de cataluseur de l'industrie française du logiciel... Je ne vois pas d'intérêt à investir dans les mêmes domaines que les désormais incontournables SAP et Oracle pour les ERP classiques. En revanche tout ce qui touche la conception, en amont, les modèles collaboratifs, mais aussi le "customer care", en aval, sont des sujets où il y a encore place pour l'innovation fonctionnelle.
Il est aussi possible d'innover dans les solutions entièrement en ligne pour PME... Je suis convaincu qu'il y a une demande pour un outil de gestion intégré en ligne, efficace, moderne et accessible, pour PME/PMI...
Rédigé par : Jean-Pierre Corniou | 14 juin 2010 à 11:00
Oui, d'ailleurs dans cette optique de solution en ligne, il parait logique d'avoir un acteur français qui puisse garantir une sécurité des données localisé en sur le territoire et non soumis à l'évolution hasardeuse de la législation d'autre pays. Je pense que c'est aujourd'hui une limite à l'expansion du modèle SAAS que de ne pas pouvoir garantir une localisation physique des données sur le territoire.
Rédigé par : Jérôme Grignon | 14 juin 2010 à 12:27
Ben voyons, exalead est innovant et Dassault systemes est aguérie... Que de stéréotypes ...
Les deux sociétés sont innovantes, les deux sociétés ont des actifs immatériels importants et travaillent dans des domaines connexes.
Dassault Systemes veut se positionner sur le cloud et a aussi racheté exalead pour avoir des compétences sur ce sujet. En effet exalead indexe le web lui aussi.
Rédigé par : Welkaim | 15 juin 2010 à 14:44
Pardonnez moi Welkaim de considérer qu'une société comme Dassault Systems, créee en 1981 et ayant réalisé un chiffre d'affaires de 1,25 milliards d'euros en 2009 est plus "aguerrie" qu'Exalead crée il y a dix ans et qui n'en fait que 16 millions... Les deux sont innovantes, j'en conviens parfaitement, et cette alliance dissymétrique est tout à fait porteuse d'espoirs pour l'industrie française du logiciel et pour les clients.
Rédigé par : Jean-Pierre Corniou | 16 juin 2010 à 08:56
L'ouverture au web en guise d'innovation fonctionnelle ? :/
Rédigé par : DataWolf | 03 septembre 2010 à 22:00
The combination of Dassault Systems and Exalead undoubtedly opens the door to new opportunities. It remains to transform the promise into products and explain to the market that the transformation of the design of information systems is a real break new carrier performance. Teams Aguer Dassault Systems will need to know to intelligently place the creators of Exalead not to knock the creative imagination capable of exploring the back roads. The alliance between neurons is always a delicate exercise. Hopefully the leaders will be better able than others to create synergies with the marketing and creative digital economy desperately needs, and very quickly .Yeah,i think so.
Rédigé par : ffxiv gil | 21 septembre 2010 à 04:12
Merci pour ce superbe site que je viens de découvrir. Merci encore et bravo.
Rédigé par : chaussures nike shox | 25 octobre 2011 à 09:51