Si le rendez-vous annuel de l’industrie mondiale de l’électronique grand public à Las Vegas était marqué en janvier 2009 par la crise et l'absence de perspectives claires, le CES 2010 veut renouer avec l’optimisme. L’innovation est plus que jamais le mot d’ordre. La poussée numérique reste constante dans tous les segments de l'industrie. Si le CES présente depuis l'origine en 1967 toute l’industrie électronique dans un format unique, l’analyse des enjeux devient de plus en plus difficile tant l’électronique grand public recouvre désormais des champs de nature différente. Ainsi l'électronique de loisir partage les allées de cet immense salon avec les outils les plus pointus de la communication et de l'informatique. Les accessoires prennent une place importante et les gadgets sont nombreux, le kitsch voisinant le design le plus réussi. Le mélange des genres est inévitable. Il faut donc trier, organiser les informations collectées, hiérarchiser pour comprendre les lignes de force de l'évolution de ce puissant marché dans tous les domaines d'activité.
De la performance à l'usage
Il y a naturellement au coeur de cette manifestation qui su depuis ses origines identifier les courants porteurs de cette industrie une réelle fascination technologique. La surenchère marketing impose à tous les acteurs de déployer leur savoir-faire technique à ses limites extrêmes. Néanmoins le CES sait faire une place significative aux courants sociaux qui s'interrogent sur les conséquences de ce développement massif des produits électroniques, tant sur l'environnement que sur les comportements. La réflexion sur les usages est de plus en plus dynamique. Il n'y avait ainsi pas assez de places pour accueillir toutes les personnes intéressées par les thèmes de l'électronique et de la santé. Ce CES qui se positionne comme « post-crise » exhibe la technologie dans sa puissance et parfois sa démesure mais aussi rappelle que ces progrès ont pour finalité ultime de rendre plus facile la vie des hommes et pas seulement à séduire les passionnés de prouesse technique. Aussi les thèmes mis en valeur dans les conférences comme sur les stands insistent sur la dimension sociétale de le technologie et sur la responsabilité sociale de chaque acteur de la chaîne.
Ainsi au-delà des figures désormais imposées autour du "green", l’énergie est devenue une préoccupation centrale. Comment consommer moins au niveau de chaque appareil et surtout comment utiliser l’électronique pour rationaliser et piloter la consommation d’énergie des réseaux domestiques est la question abordée par tous les acteurs. Dépassant la seule logique de la prouesse technique, l’électronique apparaît de plus en plus comme un puissant accélérateur de performance dans chaque domaine d’activité, santé, éducation, sécurité des personnes, sécurité routière.
Aussi la lecture du CES 2010 doit se faire sous ces deux angles, les potentiels techniques et les logiques d’usage.
Or l’évolution des bases techniques qui sont les moteurs de cette industrie ne se ralentit pas et la poursuite de la transformation des performances comme leur démocratisation conduit l’industrie à se place dans une logique de croissance continue, chaque nouvelle étape technique ayant pour objectif de relancer l’intérêt des consommateurs par des produits plus performants et plus attractifs. C’est parce que la haute définition numérique s’est imposée en télévision que la 3D devient désormais possible à grande échelle.
Une croissance modérée tirée par l'Asie
Il faut dire que pour l’industrie électronique, les chiffres 2009 n’ont pas été aussi médiocres que ceux de la plupart des grandes industries. Toutefois le marché américain accuse en 2009 une baisse de 7,8% en valeur ( 164,9 milliards $) qui le ramène au niveau de 2007. On tablait il y a un an sur une croissance zéro et ce chiffre représente une déception pour l’industrie qui plus prudemment évoque une hausse timide de 0,3% en 2010. Les données disponibles font apparaître au plan mondial une baisse globale de 2% du chiffre d’affaires de l’industrie, soit 681 milliards $. Le marché mondial sera tiré par la Chine, avec une croissance de 10%, et les autres pays asiatiques. En 2010, ce sont les écrans LCD haute-définition, connectés à internet, les lecteurs Blu-ray, les tablettes, eBook et autres appareils connctables au web, les ordinateurs portables qui vont tirer le marché. Les téléphones portables représentent un segment toujours très actif du marché. Il s’est vendu 1,142 milliard de téléphones portables en 2009 et les prévisions s’établissent à 1,169 milliard en 2010. La croissance du chiffre d’affaires de l’industrie est néanmoins ralenti par la baisse continue des prix unitaires. Un ordinateur portable valait en moyenne 1200 $ en 2005 et moins de 800 $ en 2009 pour des performances sans équivalent.
Il est évident que ce marché est tiré par l’innovation accessible au plus grand nombre. Comme la demande s’est détournée en 2008/2009 des objets les plus coûteux - logement, automobile - elle se concentre sur les multiples promesses de plaisir accessible offertes par l’industrie des biens et services numériques. La spectaculaire démocratisation du progrès alimentée par la baisse des prix permet de déployer les outils de la société numérique au plan mondial et dans toutes les couches de la société. Le symbole de cette généralisation est le téléphone mobile dont la croissance est sans équivalent. Le taux d’équipement des pays matures a dépassé 100% et les pays émergents représentent encore un réservoir de croissance considérable. Avec la montée en gamme des appareils, tirée par le déploiement de l’internet mobile, le marché sera encore en croissance pour de longues années.
On retrouve le même enthousiasme dans l’industrie des écrans. Il n’a pas fallu plus de dix ans pour enterrer le tube cathodique et aujourd’hui les modèles présentés sont de plus en plus minces, de moins en moins consommateurs d’énergie et apportent une qualité d’image dont les limites sont sans cesse repoussées.
Si la valeur unitaire de chacun de ces objets numérique baisse, leur multiplication permet encore aux producteurs des marges satisfaisantes, même si la concurrence fait rage.
Ecrans, mobilité et énergie
Le CES 2010 confirme et amplifie plusieurs tendances lourdes déjà identifiées.
1/ Le marché renforce sa bipolarité Etats-Unis /Asie au détriment de l’Europe.
C’est le cas dans le secteur de la téléphonie mobile alors même que l’Europe, où est né le standard GSM et qui est encore la région du monde où la téléphonie mobile est la plus diffusée, avait réussi à maintenir son leadership dans les équipements d’infrastructure et les terminaux. dont le géant Nokia, malgré ses performances ( 40% du marché mondial) semble ne pas avoir capté l’essence de l’internet mobile. Son président, Olli-Pekka Kallasvuo, dans une intervention remarquée, explique toutefois que l’essentiel du marché de la téléphonie mobile se trouve dans les pays émergents où ni l’infrastructure, ni la solvabilité des clients ne permettent d’exploiter la 3G. Nokia table sur sa popularité dans ces pays pour faire graduellement évoluer le marché par une approche « low cost » fondée sur son architecture de services OVI en visant 300 millions d’utilisateurs de services en 2011.
Bien entendu l’iPhone d’Apple qui a crée les conditions de développement de ce marché grâce à son ergonomie et à son écosystème applicatif, les « Apps », est la cible de toutes les attaques, menées par Google qui cherche à prendre pied sur le marché prometteur de l’internet mobile tant en multipliant les partenariats (le plus spectaculaire étant celui avec Motorola, star déchue de la première vague de la téléphonie mobile, pour le Droid) que sous sa propre livrée avec le Nexus One.
2/ La mobilité est une préoccupation omniprésente dans tous les segments du marché. Tous les appareils sont désormais mobiles et connectés en réseau. La continuité numérique n’est plus un sujet de débat, c’est une évidence qui s’impose dans chaque offre. Le "Mobile Internet Device", permet de se connecter à internet en tous lieux et offre une fonction de géolocalisation qui se généralise dans tous les objets, menaçant le marché jusqu'alors très dynamique des outils dédiés de géolocalisation incarné par Garmin et Tom-Tom.
3/ La gestion optimale de l’énergie n’est définitivement plus une revendication militante isolée, elle est désormais une composante incontournable de chacune des offres.
Les grandes
firmes comme Samsung, LG, Panasonic, Sharp entrent toutes dans le monde de la
production de cellules
photovoltaïques. Elles accordent à l'énergie une place déterminante dans leur offre que ce soit au niveau de la production décentralisée ( solaire, éolien, piles à combustible), la modération et la régulation de la consommation et la recherche de produits beaucoup plus efficaces énergétiquement, comme les LED ou demain les écrans OLED.
Les systèmes de gestion automatique des appareils électrique domestiques - la "smart grid" après le compteur - se multiplient comme les systèmes domotiques de plus en plus intégrés soit en sans-fil (ZigBee) soit par le courant électrique (HD-PLC).
4/ La 3D sort définitivement de sa (longue) niche expérimentale pour devenir une solution industrielle à grande échelle qui dispose maintenant d'une chaîne complète d'acteurs, du matériel de prise de vue, professionnel ou amateur, à la diffusion, du stockage au traitement des images et à la restitution sur écrans ou par projecteur. Les premiers téléviseurs 3D vont apparaître sur les marchés courant 2010.
Foisonnant et intense, le CES apporte une vision toujours très riche de la contribution de l'électronique grand public à la transformation de notre environnement quotidien. C'est une source incomparable d'inspiration pour ceux qui veulent, d'un seul regard, embrasser la complexité systémique de cette industrie et des usages qu'elle permet de développer désormais dans tous les pays du monde et dans toutes les catégories d'utilisateurs.
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