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Internet, les présidentielles et l'économie de l'immatériel

Internet s’est imposé dans le débat électoral par deux canaux : en premier lieu comme outil de campagne des candidats et ensuite comme lieu privilégié de l’expression citoyenne directe.

La campagne électorale des candidats utilise tous les ressorts classiques et éprouvés – présence médiatique, affichage, meetings -. Ils accordent une place toujours centrale à la télévision, soit directement par leur présence dans les émissions spécialisées, soit indirectement par une gestion soigneuse de la relation télévisuelle de leurs déplacements et déclarations. Le renouveau des meetings, pourtant coûteux et au rendement aléatoire, est imposé par la gestion de l’image des candidats, chaque détail - couleurs, espace scénographique, musiques, vêtements – faisant l’objet d’une attention méticuleuse et professionnelle. Certes chaque candidat dispose d’un site internet, plus ou moins complet et dynamique. Mais l’analyse de la vie de ces sites montre qu’ils n’apportent ni une information ni une animation spécifiques, renvoyant aux supports classiques, tracts, affiches. La nouveauté se situe principalement dans le recours aux capacités multiples de la vidéo. Il est en effet possible de retrouver les enregistrements vidéos de leurs principales déclarations. Mais cette exploittaion multimédia du support ne change pas fondamentalement les conditions du débat. La tentative de Ségolène Royal de renouveler avec son site « Désirs d’avenir » la nature du débat politique en lançant une large place aux propositions des citoyens n’a pas donné lieu à une dynamique nouvelle. Elle a certainement été très utile dans la première phase, interne au PS, de sa campagne, apportant un voile de modernité face à la démarche conventionnelle de ses concurrents, mais se trouve aujourd’hui reléguée au second plan alors que le combat politique revêt une allure plus classique.

Internet en revanche se déploie dans le champ de la réaction citoyenne. L’opinion publique s’est emparé de cet outil pour participer activement à la campagne électorale. Les blogs organisés par les organes de presse, comme celui du Monde ou du Nouvel Observateur, sont des lieux de réaction à chaud aux événements de la campagne où les débats sont virulents. Sur les sites des candidats le débat est soigneusement filtré. Les blogs personnels sont le cadre d’une réflexion plus distanciée.

Les réflexions des candidats sur l’usage des technologies de l’information dans la compétition économique comme dans la transformation de la société se révèlent en revanche beaucoup moins riches.
Sur le plan des programmes, la découverte par les candidats des enjeux de l’économie numérique apparaît à la fois tardive et superficielle. Or il est grand temps de prendre conscience de l'ampleur du changement. L’économie classique n’est pas seulement transformée par internet, elle est profondément bouleversée dans tous ses processus clefs : recherche, innovation, production, distribution, consommation. Les services représentant aujourd’hui en France 75% du PIB contre 35% il y a quarante ans. C‘est une révolution de même ampleur que celle que la France a connu dans les années soixante avec la transformation brutale de l'économie agricole . La mondialisation est le fruit de la numérisation de l’économie qui accorde à chacun les mêmes possibilités d’accéder aux savoirs et aux marchés. C’est un potentiel infini de transformation mais surtout d’opportunités pour un pays qui alimente la Silicon Valley en ingénieurs mais qui n’est pas capable de les retenir en leur offrant un terreau favorable à l’innovation et à la créativité. Les 50000 français de San Francisco ne sont pas tous boulangers ou restaurateurs ! Hélas le retour en France des ingénieurs et post-doctorants se révèle un parcours épineux !

L'nalyse des propositionsdes principaux candidats donne des résultats assez maigres, même si Internet apparaît timidement, souvent, curieusement, à travers la problématique du logiciel libre et les droits d'auteur. Ségolène Royal a confié – in extremis – une mission sur le numérique à Michel Rocard, bien qu'aucune des 100 proposiitons n'y fasse directement allusion. D'ailleurs Michel Rocard qui a reconnu que sa mission était compliquée vient de fournir un premier rapport, au titre à la mode "République 2.0 bêta, vers une société de la connaissance ouverte". François Bayrou imagine un ministère "sociétal" aux contours aussi larges que flous qui intégrerait l’impact d’internet sur la société française. Toutefois son site est plus explicite et propose diverses mesures sur le développement de l'économie de la connaissance. Le moteur de recherche fait apparaître, dans ses textes, 70 citations relatives à Internet. Les sites de ses concurrents ne comportent pas de moteur de recherche permettant de faire une comparaison… Le site de Nicolas Sarkozy en semble pas mettre cette dimension en valeur.
Quelques initiatives récentes ont fortement alerté les candidats sur la situation de l’usage des technologies de l’information en France.
- Le "contrat d’avenir pour la croissance et l’emploi" du Syntec informatique propose une série d’actions concrètes pour la mise en œuvre d’une véritable politique industrielle, articulées autour de 3 priorités : « libérer les énergies de nos entreprises », « faire de la France la championne d’Europe en matière d’usage des TIC » et « ouvrir les voies de l’avenir ».
- La réflexion effectuée par la MEDEF au sein de sa commission de l’économie numérique, dont les travaux visent à proposer aux entreprises un cadre à la fois stratégique et méthodologique pour exploiter plus efficacement les TIC comme outil global de performance économique ont trouvé un écho dans l’ouvrage de synthèse de Laurence Parisot, « Besoin d’air ».
- Le rapport Lévy-Jouyet sur l’économie de l’immatériel fait apparaître nos insuffisances en matière de formation, d’universités , de recherche.
- Un groupe d’entrepreneurs du web a publié un livre blanc « 2010 L’Internet pour tous, 15 mesures pour réduire la fracture numérique en France ».

Les voies proposées par ces avis autorisés convergent : l'enjeu est au moins un demi point de croissance du PIB chaque année !

Malgré ces invitations pressantes à un renouvellement de la réflexion, les candidats apparaissent malgré tout plus à l’aise dans la distribution des gains de la performance économique que dans leur création avec les moyens nouveaux de l’économie numérique.

http://www.syntec-informatique.fr/import/Lettre_candidats_060307.pdf
http://www.finances.gouv.fr/directions_services/sircom/technologies_info/immateriel/immateriel.pdf
http://www.renaissancenumerique.org/
http://www.agoravox.fr/