Le blues de la hi-tech
Les enjeux politiques de la gouvernance d'Internet

Qui contrôle Internet ? Les bases techniques...

La question peut surprendre, car l’évidente réponse pourrait être « personne » tant Internet apparaît comme un monde facile, ouvert et libre de contraintes ! Internet s’est en effet construit pour échapper au modèle centralisé de l’informatique et des télécommunications des années soixante en édifiant un système souple, décentralisé, robuste qui n’impose pas une administration centrale ou un standard propriétaire.
Oui, mais…. il n’y a pas de miracle Internet. Pour implémenter ce système, il a fallu standardiser un certain nombre de briques techniques de même que définir des règles de fonctionnement garantissant l’interopérabilité de l’accès aux différents composants du système. La responsabilité de la définition de ces standards incombe, depuis le milieu des années quatre-vingt dix, à plusieurs structures mondiales au fonctionnement original, au carrefour de la recherche, de l’initiative privée et du rôle régalien des états. Toutefois, le succès mondial d’Internet remet en cause ses principes fondateurs, un peu trop idéalistes pour les états et surtout beaucoup trop américains pour tous ceux qui estiment que l’emprise historique de Washington sur Internet est désormais abusive.
Le système historique de gouvernance d’Internet, désormais considéré comme une « ressource publique mondiale », est donc aujourd’hui remis en question.

1. Internet est avant tout un système technique

- Internet a construit son succès sur la base de normes élaborées par la communauté scientifique dès la fin des années soixante. La première est TCP-IP, c’est à dire « transmission control protocol/internet protocol ». Ces protocoles permettent l’acheminement de fichiers informatiques par paquets à travers le réseau mondial jusqu’à leur destination finale. Au-dessus de ces normes de transport se sont édifiées d’autres briques organisant le contenu. Les plus fondamentales sont HTTP, protocole de transfert de fichiers, et HTML, langage universel de publication qui permet de décrire une page de document multimédia, et dont l’adoption a véritablement déclenché le succès populaire d’Internet à partir de 1995 en rendant facilement accessible des contenus multimédia riches à partir d’un simple clic de souris. Outre l’entretien de ces bases, le développement du web génère de nouveaux besoins et son enrichissement technique est continu. L’ensemble de ces outils techniques est géré par le W3C World Wide Web Consortium fondé en 1994 par Tim Berneers-Lee, inventeur du web. Le W3C est un consortium rassemblant 398 membres (au 2 octobre 2005), universités, entreprises du monde informatique, groupes industriels, appartenant à 28 pays. Il est opéré par trois structures universitaires : le MIT Computer Science and Articial Intelligence Laboratory aux Etats-Unis, le European Research Consortium for Informatics and Mathematics (ERCIM , qui fédère 18 laboratoires européens) et Keio University au Japon. Il faut souligner le rôle pionnier de l’INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et Automatique) qui dès 1995 a été la première structure européenne à rejoindre le W3C. Le W3C développe les technologies cœur du web, à travers un processus d’élaboration consensuelle de règles (« recommandations ») qui sont étudiées au sein de groupes et d’ateliers et coordonnées par un groupe d’architecture technique (W3C TAG). Le W3C entretient des relations avec toutes les autres organisations qui travaillent dans le monde du web afin de faire émerger ces standards. C’est une nébuleuse complexe de liens entre plus de quarante structures.

- Un de piliers d’Internet est son annuaire universel qui permet l’accès instantané à toutes les ressources contenues par les ordinateurs connectés. Ce code d’accès est une adresse numérique, attribuée à chaque ordinateur et appelée « adresse IP », mais l’astuce a consisté à lui donner un contenu signifiant (le « nom de domaine ») facile à mémoriser et accessible par les moteurs de recherche. Les principes du système des noms de domaine ont été élaborés en 1983. Mais pour éviter la redondance, et les usurpations d’identité, ces noms doivent être déposés auprès d’une instance chargée d’assurer la « résolution universelle » garantissant la validité et la cohérence des adresses et noms de domaine. Le choix de la communauté Internet a été de faire gérer ces noms, qualifiés de noms de domaine, par une société privée américaine sous tutelle du Département du Commerce, l’ICANN. « Internet Corporation for Assigned Names and Numbers.» créée en 1998. Cette structure originale regroupe des entreprises, des personnes physiques, des ONG, et fédère les institutions chargées d’attribuer les noms de domaine dans les pays. En France c’est l’AFNIC, (Association française pour le Nommage Internet en Coopération) créée par INRIA en 1997 qui est en charge de cette mission pour le domaine .fr. Mais le conseil d’administration de l’ICANN prend, au tournant de processus complexes, des décisions structurantes pour la communauté mondiale. En particulier, le choix des intitulés de noms de domaine donne lieu à des batailles épiques. Coexistent en effet deux types de noms de domaine : les pays comme .fr, .de, et des structures ou pôles d’intérêt (codes génériques) comme .gouv pour les administrations, . org, . edu, etc.. La dénomination des domaines représente des enjeux économiques, politiques et culturels qui conduisent les nouveaux pays également désormais acteurs majeurs de l’internet, l’Europe ou la Chine à contester cette suprématie américaine.

Commentaires

François

Cher Monsieur,

Il me semble important de rappeler qu'après le premier Sommet mondial sur la société de l’information, qui s’était tenu à Genève en décembre 2003 , Tunis a accueilli, du 16 au 18 novembre, à la demande de l’ONU, et organisé par l’Union internationale des télécommunications (UIT), le second Sommet mondial avec une préoccupation principale : comment instaurer un contrôle plus démocratique d’Internet ?

Internet est une invention américaine du temps de la guerre froide. Le Pentagone cherchait alors à élaborer un système de communication pouvant résister à une attaque atomique, et permettant aux responsables politiques et militaires ayant survécu de reprendre contact entre eux pour lancer la contre-attaque. Encore étudiant à Los Angeles, Vinton Cerf imagina, avec une équipe de chercheurs financés sur fonds publics, les outils d’un nouveau mode révolutionnaire de communication. Mais il n’était encore réservé qu’à une petite minorité d’universitaires, de militaires et d’autres initiés.

Plus tard, en 1989, les physiciens Tim Berners-Lee et Robert Cailliau, chercheurs au Centre européen pour la recherche nucléaire (CERN) de Genève, mirent au point un système hypertexte et inventèrent le World Wide Web, qui allait favoriser la diffusion des informations et l’accès du grand public à Internet, ainsi que sa formidable et fulgurante expansion.

A l’heure actuelle, et depuis 1998, le réseau mondial est géré par l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann), un organisme de droit privé à but non lucratif basé à Los Angeles, soumis à la loi californienne et placé sous le contrôle du département du commerce des Etats-Unis. L’Icann est le grand aiguilleur du réseau. Il s’appuie sur un dispositif technique constitué de treize puissants ordinateurs, dits « serveurs racines », installés aux Etats-Unis (quatre en Californie et six près de Washington), en Europe (Stockholm et Londres) et au Japon (Tokyo).

La principale fonction de l’Icann est la coordination des noms de domaine (Domain Name System, DNS), qui aide les usagers à naviguer sur Internet. Chaque ordinateur relié à Internet possède une adresse unique appelée « adresse IP » (pour protocole Internet). Au départ, ces adresses IP sont des séries de chiffres difficiles à mémoriser, mais le DNS permet d’utiliser, à la place de chiffres, des lettres et des mots plus familiers (le « nom de domaine »). Par exemple, au lieu de taper une suite de chiffres, on tapera www.monde-diplomatique.fr. Le DNS convertit le nom de domaine en la série de chiffres correspondant à l’adresse IP, ce qui connecte l’ordinateur au site recherché. Le DNS permet également le bon fonctionnement du courrier électronique. Tout cela à l’échelle de la planète et à une vitesse ultrarapide.

Selon ses propres termes, l’Icann « a pour mission de préserver la stabilité opérationnelle d’Internet, de promouvoir la concurrence, d’assurer une représentation globale des communications Internet et d’élaborer une politique correspondant à sa mission suivant une démarche consensuelle ».

Mais, depuis quelque temps, il n’y a plus consensus. La mainmise américaine sur le réseau est contestée. En septembre, à Genève, lors d’une négociation préalable entre les Etats-Unis et l’Union européenne, avant le sommet de Tunis, les Etats de l’Union ont été unanimes à réclamer une réforme de la gouvernance d’Internet à l’occasion de l’arrivée à échéance, en septembre 2006, du contrat qui lie l’Icann au ministère du commerce américain. La rencontre s’est soldée par un échec, Washington se refusant à tout changement.

Le Brésil, la Chine, l’Inde et l’Iran, par exemple, se retrouvent, mais pas toujours pour les mêmes raisons, sur d’identiques positions que l’Europe. Certains menacent même de créer leur propre organisme national de gestion de la Toile, ce qui conduirait à une désastreuse fragmentation d’Internet.

Ce différend possède une dimension géopolitique. Dans un monde de plus en plus globalisé, où la communication est devenue une matière première stratégique et où explose l’économie de l’immatériel, les réseaux de communication jouent un rôle fondamental. Le contrôle d’Internet confère à la puissance qui l’exerce un avantage stratégique décisif. Comme, au XIXe siècle, le contrôle des voies de navigation planétaires avait amené l’Angleterre à dominer le monde.

L’hégémonie sur Internet donne aux Etats-Unis, en théorie, le pouvoir de limiter l’accès à tous les sites du réseau dans quelque pays que ce soit. Ils peuvent aussi bloquer tous les envois de messages électroniques de la planète. Jusqu’à présent, ils ne l’ont jamais fait. Mais ils ont la possibilité de le faire. Et cette simple éventualité inquiète au plus haut point de nombreux pays.

Le temps est donc venu de réclamer que l’Icann cesse d’être sous contrôle de Washington. Et devienne enfin un organisme indépendant relevant des Nations unies.
cordialement,
François

alphonse

non mais c'est malade. on sait de quoi va avoir l'aire la troisième guerre mondiale.

Lolyloll

Merci pour l infos super interressant. On l utilise tous les jours sans vraiment savoir qui sont les acteurs de la regis.
Ip, dns, megauplaod pour moi c est deja vachement plus clair, merci encore

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